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Philippe Auclair - 23/08

Des buts comme s'il en pleuvait, le genie de Paul Scholes, et pourquoi Gareth Bale aurait du naitre en Angleterre...

Voici un blog anticipé, la faute à un emploi du temps surchargé demain lundi. Ou aujourd’hui lundi, au cas où vous le découvririez un peu plus tard. Et pourquoi ne pas l’écrire au retour de Craven Cottage (mon stade préféré, vous le savez peut-être), où, assis sur mon siège en bois, j’ai assisté au meilleur match de la saison à ce jour?

Oui, au meilleur, parce qu’il s’agissait vraiment d’un match, comme à chaque fois que Manchester United se déplace à Fulham. Un voyage qui n’est pas de tout repos, puisque sur les 9 points à y prendre au cours des deux années passées, Man U n’en a ramené qu’un. Comme d’habitude, une ambiance magnifique. Or Fulham remporte chaque année le prix du public le plus ‘fair play’ et le plus accueillant de la Premier League; comme quoi...mais bref. Au passage, bravo aux supporters mancuniens, très en voix cette après-midi.

Les hommes du match avaient pour nom Paul Scholes, Bobby Zamora et Brede Hangeland. ‘Scholesy’, qui a commencé sa carrière avant-centre, la finit en beauté dans une version post-moderne du bon vieux ‘half-back’. Un peu de tactique? Et pourquoi pas? Les latéraux, O’Shea et Evra (très loin de sa meilleure forme) se placent si haut quand Man U a le ballon que Scholes assume une position juste devant le ‘back two’, et derrière les deux ‘récupérateurs’ (Park et Fletcher ce dimanche); depuis cette position très en recul, il orchestre le jeu comme un quarterback derrière son ‘scrum’, avançant quand le jeu le lui permet, racourcissant ses passes alors, et frappant au but quand il doit le faire. Quelle intelligence! Et quel plaisir pour les amateurs de ballon...Zamora, lui, fut énorme, Heskey puissance dix, plus beaucoup de finesse technique dans sa recherche constante de la déviation. Il sera un élément clé de l’Angleterre newlook de Capello. Hangeland, enfin, après avoir muselé le ‘Chicharito’, qui a encore beaucoup à apprendre de son nouvel environnement (il y parviendra), méritait largement d’effacer le but qu’il avait inscrit contre son camp. Mais bref: on s’est régalé au Cottage, comme d’habitude.

Si je donne tant de place à cette rencontre, c’est qu’elle fut l’une des seules à ressembler à une véritable opposition. Ailleurs, que de buts (34, si je ne me trompe, et en 9 matchs)...que de raclées. Blackpool n’a pas été ridicule, mais que faire à dix contre un Arsenal remonté à bloc par Theo Walcott et le génial Tomas Rosicky (l’homme du match, pour moi)? Wigan a craqué face à la machine à broyer qui s’appelle Chelsea, qui joue ok, sans plus, mais a ce don de tuer ses adversaires par des contres d’école. Grand match de Drogba, une fois de plus, au passage. Les Blues ont un calendrier très favorable; et d’ici leur premier ‘gros’ rendez-vous, contre Man City fin septembre, ils auront eu le temps de régler le bulldozer. Chelsea de nouveau champion, c’était ma prédiction, et je ne vais pas la changer aujourd’hui. Un bref post-scriptum pour les Blues, qui est bien triste: Sam Hutchinson, qui m’avait séduit l’an passé, et en qui le club tout entier voyait un futur titulaire, a dû mettre un terme à sa carrière a l’âge de...21 ans. Ses genoux ont lâché. Chelsea, plutôt classe, le conservera dans son staff, afin qu’il serve de ‘mentor’ aux jeunes de l’équipe. Bonne chance, Sam.

Et puis il y a le cas Aston Villa. Il y a une semaine, après le 3-0 passé à West Ham (0 point, prochains matchs: MU et Chelsea. Bonne chance, Avram), on disait, ‘O’Neill? Le passé’. Et voilà les Villans qui en prennent six à Newcastle, dont trois signés du Chippendale de la EPL, Andy Carroll, un numéro 9 taillé dans la masse et tout droit sorti de la double de Playgirl. Ou du Gay Times. Kevin McDonald aura du mal à s’accrocher au poste de manager, pour lequel mon favori demeure Bob Bradley; et où est passée la défense de Villa? On a assisté à un remake du désastre de Stamford Bridge la saison dernière. La Ligue des Champions? Une équipe qui sombre ainsi n’a pas la moindre chance. Pour Newcastle, bonne nouvelle: Joey Barton a rasé sa moustache. Il a aussi, accessoirement, placé une mine dans la lucarne de Brad Friedel. Voyou ou simple ‘bad boy’? Le jury n’a pas encore encore rendu son verdict (les tribunaux, si); mais quand il ne pense qu’au football, Joey a du répondant.

Everton, enfin, continue de faire déprimer ses partisans, dont je suis, en sabordant ses débuts de saison comme un élève qui a trop révisé et ne sait plus quoi écrire une fois dans la salle d’examen. Les Wolves étaient morts, crevés, empaillés, mais sont revenus à la vie parce que les Toffees leur ont envoyé un acte de (re)naissance en ne sachant pas comment les enterrer pour de bon. Everton se réveillera, comme d’habitude; mais probablement trop tard. Comme d’habitude, encore. C’est désespérant.

Gareth Bale – pourquoi n’es-tu pas anglais, nom de Zo? Vous avez vu sa reprise du gauche sur le centre de Lennon? Ca nous viendrait du Brésil qu’on crierait au génie, et avec raison, d’ailleurs. Le geste était sublime. Et on se dit: oh, Fabio, ça ne sera pas de la tarte d’aller se frotter aux Gallois en éliminatoires de l’Euro, surtout que Ramsey sera rétabli alors. Avec Bellamy, Ledley, Ramsey et Bale, les Gallois ont une vraie chance de faire dérailler le pullman de Capello. Tottenham, de son côté, va devoir apprendre à gérer l’équation à deux variables: Angleterre + Europe. Ce n’est pas gagné. Mais la chance est du côté des Spurs en ce moment, à preuve le but – indiscutable – de Stoke dont les Potters ont été volés, la faute à ce fossile de Blatter, qui se fait une crédibilité bon marché auprès des pseudo-romantiques en refusant de faire appel à la vidéo. Si le ridicule tuait, le Sepp serait mort depuis longtemps. Mais, hélas...

En conclusion – avez-vous eu vent des derniers rapports comptables du football européen? Surprise, surprise...Contrairement à ce qu’assuraient les ‘experts’ de l’UEFA en mai dernier, ce n’est pas la Premier League, mais la Liga qui décroche le pompon question endettement, à hauteur de 3 milliards et demi, un milliard de plus que ces ‘tricheurs’ d’Anglais. Et à la différence de l’Angleterre, où les droits TV sont répartis de manière équitable, depuis le champion jusqu’à la lanterne rouge, on ne voit vraiment pas comment les clubs espagnols peuvent espérer équilibrer leurs budgets d’ici 2013, lorsque les nouvelles réglementations de l’UEFA entreront en vigueur. Que les supporters du Real et du Barça se calment: je ne retire aucun plaisir de rappeller quelques vérités aux ennemis du modèle anglais, qui n’en est pas un, d’ailleurs. J’en ai juste assez qu’on en fasse une crapule de mélodrame, quand les autres acteurs ne font pas mieux, ou, en fait, font encore pire.

On en reparle à l’antenne, mon Fred chéri?