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Philippe Auclair, 25 avril 2011

Un billet inhabituel, aujourd'hui. Oublions les resultats, place a l'emotion!

J’ai souvent essayé de vous présenter un tableau aussi complet de chaque journée du championnat d’Angleterre tout au long de la saison. Et ce week-end, je l’avoue, la matière ne manquait pas.

Le premier but de Fernando Torres en bleu, qui ouvre tant de questions sans apporter de vraies réponses à celles qui ont trait au visage de Chelsea l’an prochain.

Chicharito, le demi-Gignac, encore décisif pour un Manchester United qui pensait déjà à mardi prochain et à Schalke, et a été tout près de le payer très cher.

Arsenal parvenu au bout de sa série de 16 matches sans défaite, au terme d’une rencontre magnifique, et qui dit adieu à un titre qui aurait été le sien si Asrsenal n’était pas Arsenal, justement.

Maxi Rodriguez qui se découvre goalscorer.

West Brom sauvé, désormais, une plume de plus que Roy Hodgson pourra épingler à son chapeau.

Adel Taarabt qui amène QPR un tout petit peu plus près du paradis.

Mais tout cela, dont nous parlerons sur le chat des DDD, et dans l’after, évidemment, je voudrais le laisser à l’arrière-plan ce soir, car ce week-end a aussi été celui de l’émotion, pour moi, en tout cas, et comme cette chronique est écrite à la première personne, j’espère que vous me pardonnerez d’y donner libre cours.

La plus grosse aura été de regarder ce soir ‘United’, une dramatique de la BBC consacrée à la catastrophe de Munich et au rôle joué par Jimmy Murphy, l’adjoint de Matt Busby, dans la renaissance de Manchester United après cette tragédie. United atteignit la finale de la FA Cup cette année-là, ce qui reste sans doute le plus grand exploit que ce club ait réalisé en plus d’un siècle d’existence. Vous tous, fans des red devils, vous tous, amoureux du football anglais, faites tout pour voir ce chef d’oeuvre, qui en dit plus long sur ce qui fait de United un club à part que quelque DVD de compilation des très riches heures d’Old Trafford. Le football anglais est d’abord une histoire humaine (pas seulement une histoire d’hommes), écrite dans le chagrin autant, sinon plus que dans la joie. La mort de Herbert Chapman, emporté par une pneumonie alors qu’il était au sommet de sa gloire avec Arsenal. Hillsborough. Bradford. Le destin de cette comète appellée Robin Friday. Et Munich, le moment qui, plus que les trophées remportés par Duncan Edwards et les Busby Babes, a fait de United une entité qui dépassera toujours ses avatars, même ceux inventés par Sir Alex Ferguson. Le jour de la finale de la FA Cup de 1958, Bobby Charlton, survivant malgré lui (la croix qu’il a toujours portée est de ne pas être mort ce soir-là), avait endossé un maillot rouge sur lequel était brodé l’image d’un phénix – aucune explication n’est nécessaire. L’homme qui attisa le feu d’où ressurgit United, et qui le définira à jamais, s’appellait Jimmy Murphy. Ce film d’une pudeur exemplaire en avait fait son héros, justement. Je ne connais pas de pays dans lequel on aurait pu le tourner, et le diffuser en ‘prime time’, et le dimanche de Pâques en sus. Rien que le choix des couleurs – un décor en gris, vert et marron, si évocateur des années 1950, contrasté avec le rouge saturé du maillot des joueurs de United – montrait suffisamment que nous avions affaire à un réalisateur, un scénariste, des acteurs qui avaient pleinement conscience de ce que le football est pour un fan anglais, à la dimension de rêve, à la piété, dirais-je même, qui habite quiconque accepte un club comme un monde dans lequel on vit dans la plénitude de ses émotions, que l’on supporte Stevenage ou Manchester United.

L’autre moment d’émotion pure, ce fut le but de Tamir Cohen pour Bolton contre les Gunners. Tamir ôta son maillot pour révéler l’image de son père Avi, l’ancien joueur de Liverpool décédé quelques mois plus tôt, et craqua complètement. Ses coéquipiers savaient ce que ce but représentait pour lui, et la manière dont ils l’entourèrent ensuite, les mots qu’on devina dits dans cette mêlée, nous rappellaient que le football doit sa noblesse à certaines valeurs collectives qui n’ont rien à voir avec l’argent, et que ces soi-disant ‘mercenaires’ ne sont pas devenus footballeurs en s’imaginant que ce serait la façon la plus rapide de s’offrir une semaine de vacances en Floride ou à Dubaï, mais, d’abord, parce qu’ils aiment le ballon autant que nous. “Un cynique”, a dit Oscar Wilde, “ est quelqu’un qui connait le prix de tout et la valeur de rien”.

Ce ne fut pas un week-end pour les cyniques, Dieu soit loué.

A très vite sur le chat, les ami(e)s.