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Double Contact: "On partage les mêmes valeurs", Hatik et Bilel Jkitou, la rencontre rap et boxe

RMC Sport a sa rubrique "culture-sport" baptisée "Double Contact". Tout au long de l’année, on vous propose des entretiens intimes et décalés, avec des artistes qui font l’actualité. Pour cet épisode collector, réalisé en collaboration avec le podcast "RMC Fighter Club", on a réuni le rappeur Hatik et le boxeur Bilel Jkitou. L’occasion de faire le lien entre le monde des studios et celui des rings.

Assis l’un en face de l’autre, ils s’interpellent, se chambrent et se répondent comme deux potes d’enfance dans notre studio. Leur amitié saute aux yeux. Elle n’est pourtant pas si vieille. Hatik et Bilel Jkitou se connaissent depuis un peu plus de trois ans. RMC Sport les a réunis lors d’un épisode collector, réalisé en collaboration avec la rubrique Double Contact et le podcast RMC Fighter Club. L’occasion d’en apprendre un peu plus sur les liens qui unissent le rappeur et le boxeur, tous deux âgés de 30 ans et originaires de la région parisienne.

>> Écoutez l'intégralité du podcast "RMC Figther Club" avec Hatik et Bilel Jkitou

Après s’être branchés sur les réseaux, Hatik et Bilel, qui ont des connaissances communes, se sont rencontrés pour la première fois à la rentrée 2019. Dans la salle de Nanterre où Jkitou a ses habitudes. Et ils ont tout de suite enfilé les gants. "Il m’avait fait travailler les crochets. Des crochets à la Jkitou avec le poing à l’horizontale, à l’américaine", s’amuse Hatik, qui sortira bientôt son nouveau projet "Niyya" et sera à l’affiche du film "La Tour" en février.

"On a grandi dans les mêmes univers"

"On a le même âge et on vient des mêmes endroits, complète le héros de la première saison de la série Validé. Bilel est du 92 et mois du 78, c’est la banlieue ouest donc il y a une certaine proximité. Culturellement, on a grandi dans les mêmes univers, on écoute les mêmes musiques, on partage les mêmes valeurs humaines."

Hatik est l’un des premiers supporters de Bilel Jkitou. Il s’est d’ailleurs rendu au Zénith de Nantes, fin novembre, pour assister à son combat face à David Papot pour le titre mondial IBA des super-welters (défaite aux points): "Dès qu’il m’a donné la date, je l’ai bloquée dans mon planning et j’ai dit à Bilel: ‘Je suis là’. J’ai pris ma voiture et je suis venu. J’avais besoin d’être présent pour supporter mon fréro."

"Ça donne une force de fou, apprécie Jkitou, dont le prochain combat est prévu le 25 février. C’est grave touchant. Il ne se rend pas compte. Il était déjà venu me voir en 2019 à Nanterre. Et là, le fait qu’il fasse la route pour venir à Nantes, ça m’a fait vraiment plaisir. J’ai une photo où il est en train de crier en tribunes. Il vit le truc à fond, ça me touche."

Hatik cagoulé pour soutenir Bilel

Hatik ne s’est pas contenté d’hurler dans les gradins, il était également présent aux côtés de son pote lors de son entrée dans la salle de Loire-Atlantique (près de 10.000 places). Le visage masqué. Sans que Bilel soit au courant. "Au moment, ils vont rentrer sur le ring, je filme de loin et je vois qu’ils ont tous des cagoules. Et là, un de ses gars vient et me file une cagoule. Il me dit: ‘Rentre avec nous fréro’. Du coup, je me suis retrouvé au milieu des mecs de Nanterre", raconte le punchliner d’origine guyanaise avec un grand sourire.

Hatik
Hatik © RMC Sport

Les mois précédents, Clément (le vrai prénom d’Hatik) a pu participer au camp d’entraînement de Bilel en Californie: "On était ensemble à Los Angeles, quand il préparait le combat. On a fait deux-trois séances, on est allé courir, on a boxé. Je suis allé avec lui à Wild Card, une salle mythique. J’ai serré la main de Freddie Roach (l’ancien coach de Manny Pacquiao, ndlr), c’était chan-mé."

Bilel Jkitou: "Hatik peut boxer quand il veut"

Même s’il a fait du sport toute sa vie, Hatik s’est mis au noble art assez récemment. Vers l’âge de 25 ans. Et il a tout de suite accroché: "A l’époque, j’ai besoin de faire le vide dans ma tête par rapport à pleins de trucs et je trouve dans la boxe une éthique de vie incroyable. Ce que j’aime dans la boxe, c’est que c’est total. Tu es obligé de faire attention à ton cardio, à ta muscu, bien manger. Et si tu n’es pas là comme il faut, tu vas manger des coups."

Adepte du défi et du dépassement de soi, l’artiste des Yvelines a pris goût à la confrontation sur le ring. Quitte à tourner avec des initiés et rentrer chez lui avec des cocards sur le visage. A force d’enfiler les gants, il a acquis un niveau intéressant, d’après Bilel Jkitou (15 victoires et 2 défaites en carrière). "Hatik est très explosif. Il a des jambes très développées et il frappe fort. C’est un extrémiste lui, il fait tout à fond. C’est un athlète. Physiquement, il est impressionnant. Il s’entraîne vraiment comme si c’était un professionnel. Dès fois, il s’entraîne plus que moi. Il fait deux séances par jour. Et la progression est là. Il a grave progressé, il peut boxer quand il veut là."

Hatik se prépare pour un vrai combat

Au point de se laisser tenter par un vrai combat? "J’avais un projet qui a été retardé parce que je me suis fissuré le ménisque il y a quelques mois, sur un mouvement de proprioception, raconte l’intéressé. Moi, j’ai besoin de tout le temps changer pour ne pas m’ennuyer. La musique, je commence à avoir fait un peu le tour donc je vais passer à autre chose. Là, je suis sur un projet ciné. Et après, j’enchaînerai peut-être sur un projet sportif. Je me prépare vraiment pour faire un combat, comme ça si demain on m’appelle, je peux le faire. Je ne vais jamais le faire demain mais j’essaie d’habituer mon corps à ça. Si je le fais, ce sera aux États-Unis."

Avec le risque d’écorner son image en cas de scénario défavorable. "Le risque, c’est de perdre, tranche Hatik, qui est également proche de Tony Yoka et de plusieurs autres boxeurs français. Si tu tombes sur un mec plus fort, c’est que tu dois travailler plus. Tu te relèves et tu reviens." Bilel complète: "Quoi qu’il arrive, il a tout à gagner. Qu’il sorte du ring en perdant ou en vainqueur, dans sa tête, il aura gagné parce qu’il sera monté sur le ring."

Bilel Jkitou
Bilel Jkitou © RMC Sport

"La boxe, c'est inné pour Médine"

En attendant, Hatik peaufine ses entraînements et teste ses limites en s’exerçant à perdre du poids sur des courtes périodes. Il y a deux ans, il a pu mettre un peu les gants avec Médine sur le tournage du clip "Grand dla tess". L’occasion de mesurer au rappeur du Havre, fils d’entraîneur de boxe et président d’une structure de sports de combats au Havre (La Don’t Panik Team). "C’est le rappeur qui le plus de liens avec la boxe, estime Hatik. Tu sens qu’il en a fait toute sa vie. C’est inné pour lui. Il boxe depuis qu’il a 5 ans, tu vois tout de suite que c’est naturel."

D’autres artistes, comme Ninho ou PLK, se filment régulièrement en train de s’entraîner. Certains ont même un bon niveau, à en croire Hatik: "Il y a des mecs qui sont vraiment forts. Rohff, Kery James, ce n’est pas tout le monde qui monte dans un ring avec eux. J’ai juste vu des vidéos et je peux te dire que techniquement, ça fait des années qu’ils boxent. De ce que je sais de Kery, il est très branché boxe. Tout ce groupe-là, ça fait des années qu’ils boxent en anglaise."

Jkitou: "Je dois beaucoup au rap français"

Bilel Jkitou acquiesce. Lui aussi a ses connexions dans la musique urbaine. Après avoir été pris sous son aile par Disiz, il est apparu dans le clip "Glaive" de Booba, tourné il y a trois ans à Nanterre. Connecté à SDM, le boxeur d'origine marocaine (qui organisera un gala à Marrakech le 4 mars) est également proche de Maes, avec qui il a même enregistré un morceau pour le plaisir. "Ce qui m’a fait connaître du grand public, c’est le rap, résume le fighter aux nombreux abonnés sur les réseaux. J’ai peut-être été l’un des premiers boxeurs à faire des vidéos sur des sons de rappeurs et ils me repartageaient. Je dois beaucoup de choses au rap français".

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Alexandre Jaquin (avec Alexandre Herbinet)