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Pour les Bleues, quand c'est « footu », c’est « footu »…

C'est l'histoire d'un rendez-vous raté. Le coup de sifflet final, hier, a sonné le glas des espoirs dorés de nos footballeuses. Elles peuvent toujours monter sur le podium, mais le sentiment d'être passé à côté de quelque chose de grand va rester. Une demi-finale olympique, c'est bien, mais ça garde un goût d'inachevé. Comme ce stade de Wembley à moitié rempli seulement pour accueillir les Bleues et les Japonaises. Seules les tribunes filmées par les télés étaient pleines, de l'autre côté, c'était le désert... Il faut croire que le temple du football et ses 90 000 places est encore un peu grand pour les convertis au football féminin.

Je crois que c'est exactement maintenant que la France avait besoin de croire en ses footballeuses et de vibrer avec elles. Parce que ses footballeurs l'ont laissée tomber, une fois de plus, sur les terres orthodoxes de l'Ukraine, pendant l'Euro. Fric, insultes et défaites, la sainte trinité des Bleus au masculin, a fini par éloigner les fidèles. Des fidèles qui se sont tournés vers les filles, Madones en short porteuses d'un message plus positif. Et si c'était elles, et leur immaculée conception du football, qui pouvaient sauver l'image du sport le plus populaire ?

Déjà l'an dernier, avec leur demi-finale de Coupe du monde et la victoire des Lyonnaises en Ligue des Champions, on avait senti frémir le public. Les audiences télé du foot féminin se sont mises à grimper, on a même vu une ou deux footballeuses participer à la grand-messe du 20 heures. Et dans la bouche du public, se pâmer devant les exploits des Lyonnaises ou des Bleues avec un « e » est devenu à la mode. Pour mieux les opposer à leurs collègues masculins, on a trouvé toutes les qualités à ces femmes talentueuses et volontaires qui portaient aussi haut les couleurs de la France. Elles se sont qualifiées pour les Jeux Olympiques, et Londres 2012 était sans aucun doute le moment idéal pour transformer l'essai et définitivement installer le foot féminin dans le cœur des Français.

Bien sûr, nos footballeuses sont allées jusqu'en demi-finales et elles sont toujours en lice pour une médaille. Et pourtant, j'ai l'impression qu'elles sont passées à côté de leur tournoi olympique. Pas à cause de leurs performances, d'ailleurs. D'abord, pour une question de dates. Le football est le seul sport à commencer plusieurs jours avant la cérémonie d'ouverture, parce qu'il faut le temps de pouvoir jouer tous les matches de poule. Egalement pour une question de géographie. Les footballeuses ont passé quinze jours à Glasgow et à Newcastle. L'Ecosse et le Nord de l'Angleterre, ça n'est pas exactement Londres. On vit la compétition, on sait qu'on participe aux JO, mais on a du mal à ressentir les choses de la même manière que si on était en plein cœur de l'événement, au stade olympique par exemple.

Les Bleues l'ont dit elles même : quand elles sont arrivées à Londres samedi, au Village des athlètes, tout de suite, elles ont vécu autre chose, elles ont fait partie intégrante de ces Jeux Olympiques. Manque de bol, c'est à ce moment-là qu'elles perdent. J'ai envie de dire, juste au moment où il ne fallait pas... Quand de nombreux Français avaient le regard braqué sur elles, avec ce match à 18h, une demi-finale, et à Wembley en plus !

Première partie de match ratée. Elles se sont bien rattrapées à la fin en dominant totalement les Japonaises dans le dernier quart d'heure. Mais peine perdue, ça n'a pas fonctionné. Une passe mal assurée, quelques cafouillages et les supporters se mettent à dire que le foot féminin, parfois, ça ressemble à la cour de récré. Oui, en France, on a parfois tendance à brûler très vite ce qu'on s'est mis à adorer soudainement quelques mois plus tôt. Bruno Bini, le sélectionneur des Bleus, a beau dire que les filles n'ont pas à prouver plus que les garçons pour se faire aimer du public, pour installer définitivement le foot féminin dans le paysage sportif français, moi j'ai tendance à dire que si. Le foot masculin, c'est de l'inné pour le public. Le foot féminin, ce serait plutôt de l'acquis. Il y a encore du travail d'éducation à faire. Et une finale olympique, ça aurait pu aider les fans de foot à écrire Bleue avec un « e » à la fin.

Virginie Phulpin

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