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Benazzi : « Je me suis posé la question... »

Abdelatif Benazzi

Abdelatif Benazzi - -

L’ancien capitaine du XV de France donne son sentiment sur les informations de Mediapart accusant le football français d’envisager des quotas à l’encontre des noirs et des arabes. Pour la première fois, celui qui est membre du Haut conseil à l'intégration révèle le moment où lui aussi a pensé être victime d’une discrimination du rugby français.

Abdelatif Benazzi, quel est votre sentiment sur cette affaire des quotas qui empoisonne l’atmosphère du football français ?
Disons qu'on n'a pas besoin en ce moment. Je ne veux pas croire qu'il y ait quelque chose d'officiel là dedans. Si Médiapart lance ça, ils prennent leurs responsabilités. J'imagine qu'un imbécile a dû lancer ça lors d'une réunion, bien sûr pas officielle, mais il n'y a pas de fumée sans feu. Je ne veux pas croire que c'est vrai. Ce serait renier l'histoire de la France, pays colonialiste devenu multiculturel, fier de ses couleurs et de ses identités différentes. Il faut s'habituer à la différence, ne pas renier l'histoire. Quand on parle d'un arabe ou d'un black, je préfère qu'on parle d'un Français. J'espère que c’est une bêtise. J’espère aussi qu’avec l'enquête lancée par le ministère de la jeunesse et des sports, on saura ce qu'il y a derrière tout ça.

Lorsque vous étiez joueur, avez-vous été confronté au racisme ordinaire, à la bêtise ?
J'ai toujours gardé un petit peu ça pour moi. Je ne peux pas croire que la France soit un pays raciste. Il peut y avoir quelques idiots par ci par là, et ça m'a toujours motivé pour aller vers l'excellence et répondre sur le terrain. Oui, il y a bien eu quelques idiots sur les terrains et dans les tribunes. Attention, la France est un pays très ouvert et dans sa grande majorité respectueux des différences. Mais pour parler de mon cas, rappelez-vous en 2007 ! Je trouve légitime qu'après une Coupe du monde de rugby ratée, je me présente avec un projet pour être candidat au poste de manager du XV de France.

Que vous a-t-on répondu ?
Le président de la fédération de l'époque me rétorque : « Abdel, tu es quelqu'un qui dérange ». Je ne sais pas ce qui se cache derrière ces propos. Je dérange par ma personnalité ? Pour ce que je suis ? Ça m'a beaucoup blessé. Quand ça vient d'un idiot, bon... Mais quand ça vient de Bernard Lapasset, président de la fédération et depuis devenu président de l'instance internationale... Je n'en ai jamais parlé, c'est la première fois. J'espère que c'est une bêtise. Même les personnes importantes qui gèrent les grandes instances peuvent faire des bêtises. Mais moi, je l'ai gardé pour moi.

Pourquoi en parlez-vous aujourd’hui ?
Parce qu'il y en a marre ! Quand on a été capitaine de l'équipe de France, qu'on s'est mis au service de plein de choses, quand on a servi les couleurs de ce pays qu'on aime tous... Moi, je m'étais offusqué sur l'instant. Je me suis posé beaucoup de questions, mais je sais aussi que j'ai beaucoup interprété ces propos : « Abdel, tu déranges... » Ma franchise dérange beaucoup, ce n'était peut-être pas ma race... Mais je me suis posé la question !

L.D.