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Bru: « Je devais vivre cette aventure »

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C’est officiel : Yannick Bru sera le prochain entraîneur des avants de l'équipe de France. D’abord partiellement, durant le Tournoi des 6 Nations, puis définitivement à l'issue de cette saison. En exclusivité et pour la première fois depuis de sa nomination, il se livre à RMC Sport.

Le choix de quitter Toulouse a-t-il été difficile à prendre?
Oui, c’est forcément compliqué après dix-huit ans au Stade Toulousain, le club de mon cœur. En quittant brutalement l’aventure, je peux mettre le club en difficulté. Après, on ne peut pas parler de choix. Il me fallait vivre cette aventure. Mais je voulais que les intérêts de tout le monde soient ménagés. Sur le plan affectif, finir la saison avec Toulouse tout en mettant les deux pieds dans le projet national, c’est un compromis idéal.

On oppose souvent l'équipe de France et les clubs. Votre vécu d'entraîneur à Toulouse sera-t-il important ?
Le complexe politique autour de l’équipe de France est toujours compliqué, avec cette dualité entre les intérêts du XV de France et du Top 14. D’avoir vécu cette pression à l’intérieur d’un club comme le Stade Toulousain sera un atout. Mais le souhait principal de Philippe Saint-André sera d’avoir une relation apaisée, proche, intelligente avec les clubs. Ce serait une erreur de rester figés dans une bulle de verre à Marcoussis.

Peut-on donner un style à une sélection, comme on le fait pour une équipe de club ?
Non, l’impératif dans une équipe nationale, c’est de gérer l’urgence. On travaille tout le temps sur du court terme. Il y a peu de matches, peu de rassemblements. Il faut donc optimiser le temps passé ensemble. Les résultats à très court terme sont très importants et on n’aura peut-être pas le temps de trouver une cohérence sur le long terme. Mais nous avons tous le souhait de donner une image positive de l’équipe nationale.

En finale de la dernière Coupe du monde, les huit titulaires du pack étaient trentenaires. Peuvent-ils tous faire partie de cette nouvelle aventure ?
Il faudra d’abord s’appuyer sur les meilleurs joueurs du Top 14, et dans un deuxième temps essayer d’anticiper cet avenir à long terme. Il faudra faire preuve d’intelligence et ne pas écarter des joueurs qui peuvent s’inscrire dans un futur proche. Pour ceux qui ont déjà basculé dans une « ultra expérience », ceux qui sont plus près de 35 ans que de 30 ans, la question va se poser.

Est-il possible de voir de nouveaux visages dès le prochain Tournoi ?
Evidemment. Dans cette optique de panachage entre l’urgence de résultats et l’envie de se projeter vers le futur, il y aura forcément de nouveaux visages.

Après cette annonce, par rapport au Stade Toulousain, la période du Tournoi et la fin de saison ne risquent-elles pas d'être délicates ?
Les choses sont aplanies. Il était important de respecter les intérêts du Stade et de l’ensemble du staff sportif avec lequel j’entretiens une très grande complicité depuis presque cinq ans. Je voulais continuer à travailler avec eux honnêtement. Avec les joueurs, je ne pense pas qu’il y aura de difficultés particulières.

Allez-vous échanger avec Didier Retière, votre prédécesseur ?
J’espère pouvoir échanger avec Didier, oui. Il a fait du très bon boulot et il serait stupide de ne pas s’appuyer sur son expérience. Je sais qu’il aura la gentillesse d’échanger librement avec moi.

Il y a pénurie de jeunes joueurs français en première, voire en deuxième ligne. Est-ce un souci ?
Oui. Pilier droit, gauche, deuxième ligne, ça va prendre un peu de temps avant de coucher cinq noms. Le réservoir n’est pas très dense. C’est une difficulté supplémentaire mais c’est comme ça.

Enfin, quel regard portez-vous sur les critiques qui se sont abattues sur Marc Lièvremont ?
Je n’ai pas envie de commenter ce qui s’est passé, surtout dans une intimité que je ne vivais pas. Marc est resté debout avec ses convictions et quelque part, il a été récompensé de sa droiture puisqu’il a atteint un niveau de performance que peu avaient atteint.

Propos recueillis par Wilfried Templier