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Boudjellal : « Je n’aurais jamais pensé vivre ça dans un taxi »

Mourad Boudjellal

Mourad Boudjellal - -

Mourad Boudjellal, le président de Toulon, n’a pas vu la fin du match face à Clermont ce samedi (16-15) en finale de la H Cup. A bout de nerfs, il a quitté le stade de Dublin pour se réfugier dans un taxi. Avant de revenir faire la fête avec ses joueurs.

Mourad Boudjellal, quel est votre état d’esprit après ce titre de champion d’Europe ?

On se réveille champion d’Europe, c’est agréable. Je reconnais qu’il y a pire dans la vie. A partir d’aujourd’hui, c’est le RCT premier parce qu’on est vainqueur de la H Cup et qu’on va jouer dans un stade de notre royaume vendredi prochain face à Toulouse, champion de France. Pour moi la saison est finie, car je ne pense pas faire quelque chose contre Toulouse en ayant produit ce match en finale, où on a tout donné, dans la tête notamment. Je crois que physiquement, les joueurs sont allés au-delà de leur limite. Ils n’étaient même plus dans le rouge. Je suis un enfant de Toulon et je suis fier de ramener ce trophée sur la Rade. (…) J’espère que Marine Le Pen en prendra de la graine de voir que les enfants d’immigrés, quand on leur donne accès au savoir et à la culture, qu’on leur fait confiance, ils arrivent à faire quelque chose pour leur pays et pour leur ville. Mais quand on les parque dans une cité et dans la pauvreté, ils ont un peu plus de mal.

Frédéric Michalak nous disait que le doublé était possible, vous nous dites que la saison est terminée. Vous faites votre Guy Roux, votre Guy Novès ?

Tout d’abord, je vais demander de me parler mieux ! Vous devez dorénavant m’appeler « Monseigneur ». J’hésitais entre Mourad Le Grand et Mourad Le Pieux, mais je vais prendre Mourad Le Grand. Je suis réaliste, Toulouse, c’est Toulouse, c’est énorme, c’est plus qu’une belle équipe. Est-ce qu’on est capable de produire deux matches de suite de ce niveau à cinq jours d’intervalle ? Si on bat Toulouse vendredi soir, ça remettra en question 53 ans de pensée sur la non-religion, ce serait biblique ou coranique, ce qu’on veut. Ça me parait impossible.

A quoi avez-vous pensé au moment où le score était de 15-6 en faveur de Clermont ?

Je suis parti à ce moment-là, je suis monté dans un taxi. Quelques minutes plus tard, j’entends à la radio qu’on marque un essai, je ne sais même pas si c’est pour nous ou Clermont. Vu le bruit, j’ai vraiment l’impression que c’est pour Clermont car ils sont plus nombreux, puis j’entends que Wilkinson transforme. Là je dis au taxi : « toi, tu es ma chance sur Terre, je ne te quitte plus, tourne ». Je comptais lentement jusqu’à 60 pour qu’une minute passe. J’ai reçu un texto pour me dire qu’on était champion d’Europe et j’ai explosé. A ce moment-là, j’ai demandé au taxi de revenir au stade, des tas de Clermontois sortaient donc je me suis planqué sous la voiture. J’ai imaginé 1 000 fois la joie du coup de sifflet final sur une victoire comme ça, je n’aurais jamais pensé la vivre dans un taxi. Une chose est sûre, c’est ma plus belle victoire et c’est la plus belle fois où j’ai pris un taxi. Je crois qu’au final, je ne l’ai même pas payé !

Pourquoi êtes-vous parti ?

C’était impossible à vivre physiquement ! C’était une douleur, c’était insupportable, je pouvais plus suivre le match. Je ne suis pas un président désigné par les actionnaires, j’ai tout mis dans ce club : ma vie, mes tripes, mon argent, même si ce n’est pas le plus important, mes enfants que je vois peu… J’ai un tel degré d’émotion avec ce club que par moments, c’est compliqué de voir un match. Hier (samedi), pour ma santé, il valait mieux que je parte.

A quoi a ressemblé cette nuit de célébration ?

On était tous assez groupé, on avait réservé une boite de nuit. Les joueurs ont été assez sages mais ces c… sont venus me réveiller à 2h du matin. Ils avaient récupéré la clé de ma chambre pour récupérer la coupe et j’ai découvert ce matin qu’ils avaient bu toute la nuit en donnant le numéro de ma chambre. Il y aura des choses qui se régleront après le Top 14.

Existe-t-il un métal assez précieux pour réaliser la statue de Jonny Wilkinson ?

Ce serait compliqué, je l’ai toujours dit. Jonny devrait avoir des collants bleus, une cape rouge et voler de tours en toits pour sauver la planète. Je ne sais pas ce que fait ce mec dans le rugby, c’est un super héros. J’ai vu qu’à Toulon, il s’était passé un truc de fou, les jeunes ont fêté pour la première fois la victoire car ils n’avaient jamais vécu ça. Pour les plus anciens, c’était la machine à remonter le temps, on est retombé en 1992 ou le 12 juillet 1998. On a tous des gens qu’on aime beaucoup, qui sont âgés et c’est mieux que ce genre de chose arrive quand ils sont vivants. Ils l’auront vu. Rien que pour ça, je suis heureux.

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Propos recueillis par Laurent Depret à Dublin