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Champions Cup : Toulon écrase l’Europe

Toulon est entré dans l’histoire en devenant la première équipe à remporter une troisième Coupe d’Europe consécutive grâce à une victoire contre Clermont (24-18), samedi à Twickenham. Le RCT a construit ce nouveau succès sur sa conquête, son expérience et le talent de ses stars.

Le tournant du match : l’essai de Mitchell 

A dix minutes du coup de sifflet final, Drew Mitchell met un véritable coup de poignard à Clermont. Après une touche bien négociée, Tillous-Borde transmet à hauteur à Mitchell qui perce et élimine six défenseurs avant d’aller aplatir au terme d’un slalom monumental. Et pourtant, à la 62e minute, on aurait pu penser que les Clermontois avaient renversé la vapeur. Un peu l’agonie, ils envoient enfin du jeu. Après 17 phases de jeu, le ballon est perdu dans les 22 mètres toulonnais mais sur la récupération, Habana rate son dégagement. Abendanon perce et file entre les poteaux après un petit coup de pied par-dessus Hayman. Sur le renvoi, Drew Mitchell est le plus prompt au rebond et va filer le long de la ligne. Avant d’être éjecté en touche, il envoie une chistera qui est contrée par un pied clermontois. Ali Williams a suivi mais il lâche le ballon avant d’aplatir. Nigel Owen refuse l’essai après arbitrage vidéo. De quoi atteindre le moral du RCT ? C’est sans compter sur la classe de son ailier australien, qui n’aurait même pas disputé cette finale sans la blessure à la main de Delon Armitage.

L’homme du match : Leigh Halfpenny 

Avec 14 points au compteur, l’arrière gallois a permis au RCT de rester dans la partie. Puis de laisser l’ASM à bonne distance. Un 5-7 qui fait la différence dans les rencontres de haut niveau. Il a également été très bon sur les ballons hauts, dont les Clermontois ont abusé. Pour gagner des titres, il faut des champions. Leigh Halfpenny en est un. Et même orphelin de Jonny Wilkinson, le RCT est sorti vainqueur grâce à son nouveau buteur de classe mondiale.

La clé du succès de Toulon : la puissance et la conquête

Un match commence devant. Cette finale n’aura pas mis à mal les fondamentaux du rugby. Pour Laurent Travers, « le RCT a maitrisé la conquête : la mêlée, la touche, mais aussi les renvois ». Après dix première minutes de flottement, la machine toulonnaise s’est mise en marche. La mêlée a notamment retrouvé de la stabilité. Mais c’est surtout la puissance des Varois qui a fait mal aux Clermontois. « C’était la guerre des rucks, aussi bien défensifs qu’offensifs. Et Toulon a pris un ascendant », ajoute le co-entraîneur du Racing. Et pour cause, Lee a été sonné en première mi-temps, idem pour Cudmore, sorti pour protocole commotion en première mi-temps (10e), mais aussi en seconde (58e). Même si le deuxième-ligne de l’ASM est revenu sur le terrain, ce sont les costauds du RCT qui ont avancé à l’impact. On pense surtout à Steffon Armitage, Mathieu Bastareaud et Chris Masoe. Mis à part le premier quart d’heure, les Toulonnais ont matraqué les Clermontois. Et rappelons au passage que l’essai de Fofana n’a été inscrit qu’après un contre… C’est dans cette guerre des rucks et des impacts que le RCT a forgé son succès, infligeant au passage un 16-0 aux Auvergnats. Car à l’inverse des hommes de Franck Azéma qui ont buté sur la défense des Rouge et Noir, les protégés de Bernard Laporte ont toujours avancé.

La perte de Clermont : l’efficacité 

La dernière action résume peut-être ce qui a causé une nouvelle désillusion en finale à Clermont : un ballon rendu alors que les Clermontois avaient la possibilité d’aller arracher la victoire. Mais Camille Lopez a tapé au pied et Habana a fait un arrêt de volée. Et finalement, durant toute la rencontre, surtout pendant la première mi-temps, les Clermontois ont rendu trop de ballons. Camille Lopez a trop abusé des chandelles. Au final, l’ASM n’a pas été assez efficace dans ses temps forts. La différence entre les deux équipes est là. 

La blessure de James a-t-elle changé la donne ? 

Le match s’est-il joué avant le coup d’envoi, lorsque Brock James a stoppé son échauffement ? Touché à la cuisse, le demi d’ouverture a laissé sa place à Camille Lopez. « Au regard de l’entame de match de l’ASM, je n’ai pas l’impression que son forfait de dernière minute ait influencée le sort de la rencontre, explique Laurent Travers. En effet, lors des dix premières minutes, les Clermontois ont été très entreprenants « mais ils ont manqué d’efficacité », glisse l’ancien talonneur. De plus, Camille Lopez a été bon au pied en première mi-temps avec un sans-faute. Mais avec un Brock James en grande forme, l’issue de la rencontre aurait été peut-être différente…

L’œil de l’expert

Laurent Travers (entraîneur du Racing-Métro, champion d’Europe avec Brive) : « Les deux mi-temps sont un peu un copier-coller. En première période, Clermont a manqué de précision. Et en seconde période, c’est un peu la même chose, notamment à des moments cruciaux. Dès qu’ils ont eu un temps fort, ils se sont remis en danger dans la foulée. Le tournant du match est le renvoi après l’essai d’Abendanon où Williams est à deux doigts de marquer. Le RCT était au bord de la rupture après l’heure de jeu. Mais ils ont fait le dos rond. Clermont aurait pu tuer le match. Au final, ils prennent un essai de Mitchell. C’est un coup de massue. Ça se joue uniquement sur le talent du mec. Car à ce moment, si Clermont avait pris le score, je ne suis pas certain que les Toulonnais seraient revenus dans la partie. La clé de la rencontre a également été la bataille des rucks. Clermont a dépensé trop d’énergie en consommant à chaque fois trop de joueurs pour conserver le ballon. Ils n’ont donc pas pu avoir de second souffle pour faire la différence en fin de match et marquer un essai pour faire basculer le match. Le RCT l’a joué à l’expérience. Ils avaient un peu moins de pression et ça s’est senti. Pour conclure, je retiendrais trois mots pour qualifier la victoire du RCT : expérience, talent et pragmatisme ! »

Maxime RAULIN