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Clermont-Toulon : la finale en cinq questions

Fritz Lee (Clermont) aux prises avec Drew Mitchell (Toulon)

Fritz Lee (Clermont) aux prises avec Drew Mitchell (Toulon) - AFP

Un stade de Twickenham qui sonnera creux, une rencontre franco-française : la finale de Champions Cup entre Clermont et Toulon, au premier abord, n’est pas forcément la plus attrayante qui soit. Et pourtant, entre triplé historique, possible consécration et échanges courtois, ce choc ne manquera pas de piment. RMC Sport vous en dévoile les principaux enjeux.

Toulon va-t-il entrer dans la légende ?

Double champion d’Europe en titre, Toulon vise clairement la passe de trois. Jamais rassasié, toujours friand de nouvelles émotions, le club de Mourad Boudjellal entrerait dans l’histoire du ballon ovale en ajoutant une troisième couronne consécutive à son palmarès, ce qui n’a jamais été fait dans la discipline. Un challenge forcément excitant pour les Rouge et Noir. « Ce serait quelque chose d’historique, tout simplement, assure Mathieu Bastareaud. On est peut-être à 80 minutes de quelque chose d’exceptionnel, ça donne envie, c’est excitant. » Même envie chez Maxime Mermoz, forfait malheureux pour ce choc - remplacé par Juan Martin Hernandez - mais pas moins ambitieux pour ses partenaires.

« Ce serait marquer l’histoire et notre histoire, parce qu’il y a un groupe génial et une aventure exceptionnelle, insiste le trois-quarts centre toulonnais. On a vraiment envie d’écrire notre histoire. Je pense que le jour où on sera blasés, soit on ne sera plus au RCT, soit on ne jouera plus au rugby. » Une notion de plaisir largement mise en avant, vendredi en conférence de presse, par son entraîneur Bernard Laporte. « Ça ferait plaisir à toute une ville, un département, une région, confie ce dernier. On transmet des émotions. On sait que tout le bonheur qu’on donne, en dehors du nôtre, ça n’a pas de prix. On fait du sport de haut niveau pour ça. Je ne sais pas si ça augmentera ma libido mais cela ferait plaisir à beaucoup de gens et ça, c’est le plus important. »

L’Europe va-t-elle enfin parler auvergnat ?

Plus qu’une revanche. La défaite concédée sur le fil il y a deux ans est encore dans (quelques) têtes clermontoises. Mais promis, juré : l’ASM est passée à autre chose. « On n’est pas trop là-dessus, assure l’entraîneur clermontois Franck Azéma. C’était il y a deux ans. Il y a un tiers de l’effectif au moins qui n’était pas sur la feuille. Je ne pense pas que les joueurs soient touchés par ça. » Son capitaine, Damien Chouly, appuie l’idée. « Depuis deux ans, on n’a pas les mêmes joueurs, les mêmes entraineurs, relève le troisième ligne clermontois. On ne regarde pas trop en arrière. On a construit une nouvelle aventure au mois de juillet et on ne regarde pas plus loin. » Certes.

Mais les Auvergnats n’ont clairement pas l’intention de passer à côté, après avoir battu les Saracens en poule et en demi-finales, mais aussi avoir donné une leçon tactique à Northampton en quarts. « Tout ce qui s’est passé avant ne sert strictement à rien, martèle Morgan Parra. Tu es allé gagner au Munster, tu as gagné à Saint-Etienne, tu as pu faire vibrer des gens mais si tu ne ramènes rien au bout, cela ne sert strictement à rien. » « Gagner, ce serait simplement valider tout ce qu’on fait, les bonnes choses qu’on a pu faire, souligne Julien Bonnaire. Le travail sera récompensé s’il y a le titre au bout. On se rappelle toujours de celui qui gagne. » Parfois, de celui qui perd. Comme Clermont il y a deux ans.

Quels grognards auront droit à une sortie triomphale ?

Quoi qu’il arrive samedi, à Twickenham, une page se tournera à Clermont. Julien Bonnaire, Julien Pierre, Jean-Marcellin Buttin, Julien Malzieu et Napolioni Nalaga (en partance pour… Toulon !) quitteront l’Auvergne cet été. Alors forcément, ces derniers auront envie, face aux Toulonnais, de terminer avec panache leur histoire clermontoise. D’autant que pour certains, c’est peut-être leur dernière chance d’accéder au Graal européen. Mais attention, plusieurs stars du RCT s’apprêtent à raccrocher (Ali Williams, Bakkies Botha, Carl Hayman…) et seront donc également motivées.

« Les carrières passent très vite, rappelle Bonnaire, qui rejoindra Lyon en fin de saison. Le palmarès, personne ne le construira à notre place. Il faut prendre les choses quand elles se présentent. On n’avait pas su le faire auparavant. Moi, ce sera ma dernière occasion. Je souhaite aux autres d’en avoir d’autres. Mais ça ne sera pas tout le temps le cas. On ne va rien nous donner. Ça ne tombera pas tout cuit. On en a les moyens mais il va falloir se bouger pour aller le chercher. »

Comment le RCT va-t-il gérer sa première finale sans « Wilko » ?

Il y a un an, il contribuait largement au doublé historique Top 14-Coupe d’Europe qu’allait réaliser le RCT. Depuis, Jonny Wilkinson, s’il joue les conseillers en tant que membre de l’encadrement du club, s’est éloigné définitivement des terrains et de son rôle de buteur-sauveur des Rouge et Noir. Son absence sera forcément l’une des clés du choc face à Clermont, tant l’international anglais (91 sélections) avait marqué l’épopée toulonnaise de son empreinte la saison passée. « Il n’est plus là depuis huit mois. Quand je vois que l’équipe est première et en finale de la Coupe d’Europe, ça veut dire que ceux qui ont joué ont tout fait pour suppléer Jonny, note Bernard Laporte. C’est ce que je retiens. Après, dire qu’on a remplacé Jonny Wilkinson et qu’il ne nous manque pas, ce serait un mensonge. C’était un joueur hors norme, qui manquera toujours. C’était le premier quart de finale sans lui, la première demi-finale sans lui, ce sera la première finale sans lui. »

Avec Matt Giteau ou Frédéric Michalak pour buter, Toulon semble armé pour pallier l’absence de Wilko. Mais sur un match d’une telle intensité… « En quart et en demi-finale, Frédéric Michalak est passé à côté, mais Matt Giteau n’a pas forcément été meilleur quand il l’a remplacé, estime notre consultant rugby Denis Charvet. Je pense même qu’il a été moins bon. Là où manque Jonny Wilkinson, c’est dans la stratégie, dans la gestion du jeu. On sait que le poste de demi d’ouverture aujourd’hui est tellement stratégique pour remporter les matches qu’à ce niveau, un Brock James est en pleine maîtrise. »

Qui est favori ?

C’est LA question principale avant cette finale : qui est favori ? Toulon, au regard de ses deux titres consécutifs en Coupe d’Europe, « la plus belle équipe d’Europe des années passées et d’aujourd’hui » comme aime à le rappeler Morgan Parra ? Ou Clermont, un modèle de régularité, un club qui, « depuis dix ans, est toujours en quart de finale, demi-finale, finale » selon Bernard Laporte ? Forcément, à quelques heures du choc, chacun tente de faire basculer la pression sur le voisin. Et on peut compter sur Mourad Boudjellal pour le mettre dans les meilleures conditions.

« Les Clermontois sont favoris incontestables du match, assure le président du RCT. Ils le doivent à leur ville, ils le doivent à leurs supporters, ils le doivent même à leur histoire de groupe. S’ils ne gagnent pas cette finale, je ne vois même pas comment ils pourraient continuer à jouer ensemble, ils se le doivent entre eux. Cette équipe a été trop dominante, elle a montré de trop belles choses. Ils n’ont pas le droit aujourd’hui de ne pas gagner ce match. »

A.D avec L.D et J.T