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Coupe d’Europe: "Six années productives", Vincent Gaillard explique pourquoi il va quitter l’EPCR

Après six années à la tête de l’EPCR, l’organisateur de la Coupe d’Europe, Vincent Gaillard quittera ses fonctions cet automne. Pour RMC Sport, il dresse un bilan de son action et revient sur de nombreux sujets de ces derniers mois.

Vincent Gaillard, pourquoi allez-vous quitter l’EPCR? Est-ce un choix mûrement réfléchi?

C’est un choix qui s’est imposé pour deux raisons. D’abord, le fait que cela fait maintenant six ans que je suis à l’EPCR et que nous entamons bientôt un nouveau cycle pour l’organisation. Ça paraît donc être un moment naturel pour faire une transition et permettre à l’organisation de repartir avec une nouvelle gouvernance. Et deuxièmement, ça s’explique aussi par des raisons plus personnelles, des opportunités de carrière. Dans les affaires tout d’abord, et également des fonctions dirigeantes non-exécutives liées au sport (ndlr: il assumera, entre autres choses, un nouveau rôle en tant qu'investisseur et développeur d'une marque en cours de lancement aux États-Unis, en vue de son développement international début 2022, ainsi que des fonctions non exécutives auprès du Centre pour le Sport et les Droits de l'Homme). Pour toutes ces raisons-là, oui, ça a été mûrement réfléchi.

Quel bilan tireriez-vous de vos années à la tête de l’EPCR?

Un bilan positif, me semble-t-il. L’installation et le développement d’une nouvelle organisation et d’une équipe en Suisse, après une transition très compliquée avec l’ERC à Dublin. La réputation, l’accessibilité et les audiences de nos compétitions en expansion continue à travers le monde, avec des plateformes attractives et un mix optimal de payant et de gratuit, notamment en France et au Royaume-Uni, nos marchés clés. Par ailleurs, l’élément financier ma paraît satisfaisant puisque l’EPCR a su générer plus de revenus pour ses parties prenantes que l’ERC ne le faisait en son temps avec la Heineken Cup. Ces six années ont été, selon moi, productives pour les Coupes d’Europe et pour l’ensemble de nos actionnaires. Surtout, nos compétitions brillent maintenant sur le plan international.

Vos derniers mois ont surtout été marqués par la gestion du Covid entraînant quelques polémiques…

C’est certain, mais je ressors globalement très satisfait de la manière dont nos parties prenantes et nous-mêmes avons géré la pandémie et ses conséquences diverses. Oui, certaines discussions ont été compliquées avec nos partenaires. Et oui, la crise va entraîner une baisse ponctuelle des revenus. Mais, néanmoins, vu la complexité du contexte, on peut être satisfait d’avoir su terminer la saison précédente, avec un champion particulièrement méritant et légitime (Exeter), et d’avoir réussi à faire la même chose cette saison bien que nous ayons dû reformater la compétition. La saison a été crédible d’un point de vue sportif avec un très beau champion, le Stade Toulousain, consacré dans le stade mythique de Twickenham devant des spectateurs. Bien évidemment, j’espère qu’une troisième saison européenne ne sera pas impactée par cette pandémie.

Malgré tout, beaucoup regrettent le manque d’intérêt du grand public avant les phases finales de la compétition et mettent en avant les faibles revenus financiers de cette Coupe d’Europe. Qu’en pensez-vous?

J’ai entendu les commentaires, et il restera toujours des choses à améliorer. Nous travaillons justement à plusieurs scenarios depuis quelques mois qui nous permettent de penser que les Coupes d’Europe seront encore plus excitantes pour les spectateurs dans le futur. Mais certains commentaires récurrents sont contredits par les faits, notamment au sujet des audiences sur toutes les phases de nos compétitions, en augmentation constante depuis quelques années. Idem pour les revenus financiers générés, comme je le disais précédemment. Nous avons des plans d’avenir qui nous permettent d’être très optimistes, dont la Coupe du monde des clubs, mais aussi la possibilité d’intégrer des clubs sud-africains dans un futur proche, ou le fait d’avoir résigné nos accords cadre jusqu’en 2030. Tout cela témoigne d’un satisfécit général des fédérations et trois ligues qui nous gouvernent.

Vous évoquiez l’intégration de clubs sud-africains en Coupe d’Europe. Si elle ne sera pas effective avant au moins 2022-23 en Champions Cup, elle devrait l’être en Challenge Cup dès la saison prochaine selon nos informations. Qu’en est-il?

Rien n’est confirmé à ce stade, mais nous sommes maintenant en discussion très constante avec la SARU (fédération sud-africaine) pour envisager tous les scénarios possibles quant à leur participation future. Il n’y aura pas de clubs sud-africains en Champions Cup la saison prochaine (2021-22), c’est certain, mais pour le reste, c’est en discussion, dans un contexte très positif. Il y a intérêt mutuel. Tout le monde pense que c’est une bonne chose, pas seulement d’un point de vue commercial mais également sportif, avec la perspective d’amener les quatre plus grosses provinces en Coupe d’Europe. S’il est trop tôt pour annoncer quoique ce soit, les discussions devraient se conclure favorablement d’ici quelques semaines.

Comment expliquez-vous les relations tendues avec certains clubs, surtout Toulon, sachant que l’EPCR avait été condamné en appel pour diffamation dans l’affaire Mourad Boudjellal? Avec son successeur, Bernard Lemaitre, là aussi les relations ont été compliquées ces derniers mois…

On ne peut pas le cacher, les choses ont été compliquées avec le RC Toulon, ou en tout cas avec ses présidents. Mais ces relations difficiles n’ont jamais eu de répercussions dans le domaine sportif contrairement à ce que j’ai pu entendre. Les relations entre les personnels de l’EPCR et du club ont en tout cas toujours été très bonnes. Entre les dirigeants, effectivement ce n’était pas la même chose. Je me serais personnellement attendu à plus de sérieux de la part du RCT, notamment dans le cadre de la fameuse "affaire Boudjellal" ou des polémiques liées au Covid la saison passée. La première suit son cours en justice, mais je ne vais pas trop m’étendre sur ce sujet: la réalité est que nous avons le plus grand respect pour le RCT, club trois fois champion d’Europe, et que les choses vont tôt ou tard rentrer dans l’ordre, j’en suis convaincu. Nous avons toujours traité le club de la manière la plus juste, malgré les polémiques, et continuerons évidemment dans cette voie. On avance.

Pour terminer, où en est le dossier de la Coupe du monde des clubs? Votre vision n’était pas tout à la fait la même que celle de Bernard Laporte, le président de World Rugby qui s’était dit favorable à une compétition organisée tous les ans ou tous les deux ans…

Cette compétition prend tout son sens pour les deux hémisphères, pour les clubs concernés, les Ligues, les Fédérations, etc... Il n’y a pas eu de désaccord avec World Rugby. Il y a eu effectivement quelques propos de Bernard Laporte qui nous ont surpris, mais c’est du passé. En réalité, les discussions sont maintenant très constructives avec toutes les parties prenantes, dont World Rugby, et nous avançons sur un format commun. Nous ne sommes pas encore arrivés au bout de ces discussions, mais avons convenu d’une date possible pour un premier événement, qui serait 2024 ou 2025. Il n’y a pas de désaccord, ni sur le principe, ni sur le format. Au contraire, un consensus se forme maintenant autour d’une édition tous les quatre ans. Des développements très encourageants, dans tous les cas. Mais d’ici là… je me réjouis surtout, à titre personnel, de Marseille 2022!

Jean-François Paturaud