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La Dream Team dézingue Saint-André

Bernard Laporte

Bernard Laporte - Crédits photo : nom de l'auteur / SOURCE

Déçus par le niveau de jeu affiché par le XV de France lors de sa victoire en Ecosse (19-17), les membres de la Dream Team RMC Sport se montrent très critiques envers le sélectionneur et son déni de réalité dans sa communication.

Une victoire sans saveur en Ecosse (19-17) quinze jours après la débâcle au pays de Galles (27-6). Ces dernières semaines ont offert le constat d’un XV de France en terrible manque de repères, de certitudes et d’idée de jeu. La faute à Philippe Saint-André ? S’il ne peut être le seul réceptacle à critiques, le sélectionneur reste dans l’œil du cyclone des spécialistes rugby de la Dream Team RMC Sport. Avec, au premier rang des reproches, une communication où le déni de réalité semble l’emporter sur le reste. « Philippe Saint-André nous parle de très haut niveau, entame Vincent Moscato. Mais quel haut niveau ? Il y a deux ans qu’on se fait tous des politesses. Maintenant, il faut le dire : on est bidon complet. Sur la communication de Philippe, pourquoi dit-il qu’on a maîtrisé le match ? Ce n’est pas un homme politique, il n’est pas obligé de mentir. C’est du rugby, il aurait pu être sympa et nous dire la vérité : ‘‘on a eu un coup de bol, on a été mauvais comme des cochons mais on s’en est sorti’’. Mais il ne va pas se faire virer car personne ne l’est à ce poste en équipe de France. Donc il s’en fout. »

Connaisseur du poste pour l’avoir occupé, Bernard Laporte va dans le même sens : « Comment peux-tu dire, quand tu es entraîneur de cette équipe de France : ‘‘on a maîtrisé le match’’ ? Il se fout de notre gueule là… On n’a rien maîtrisé du tout. Si l’Ecossais ne fait pas faute à la fin, tu as perdu. Et là, on aurait aussi dit qu’on avait maîtrisé le match ? Soyons sérieux. Je préférais sa rébellion quand il disait qu’il allait convoquer les joueurs, gueuler et leur rentrer dedans. Là, quand je l’entends parler, j’ai l’impression de voir l’entraîneur de l’équipe d’Italie : on s’accroche, on va essayer de faire un grand match… C’est l’équipe de France, oh, il faut se réveiller ! Ce n’est pas la question d’être triste mais celle d’être enthousiaste et vrai. Au bout d’un moment, j’ai l’impression que les joueurs sont à son rythme. C’est-à-dire que comme dans ce qu’il nous dit, il n’y a rien de vrai. Il nous dit qu’on a gagné trois fois sur quatre mais on s’en fout de ça. Parle-nous de la réalité de ce que tu as vu. Dis-nous les choses comme elles sont. J’ai croisé dix personnes aujourd’hui qui m’ont dit qu’il devait arrêter de parler car on voit qu’il ne dit pas la vérité. »

« Qu'est-ce que le coach ou le staff leur disent pour qu'ils aient si peur ? »

Ancien international, Sébastien Chabal tourne plus ses critiques vers le fonctionnement du staff : « Je ne comprends pas leurs choix ni comment ils travaillent. Il y a des choses illogiques. L’équipe de France, je l’ai toujours connue avec un entraîneur de la défense. Aujourd’hui, tu n’en as pas. Qui le fait ? Il y a Saint-André, Lagisquet et Bru. Des trois, je ne vois pas un spécialiste de la défense. Dans le rugby professionnel, c’est important d’en avoir un. On voit aussi des joueurs qui ne prennent pas d’initiatives, recroquevillés sur eux-mêmes. Qui est-ce qui fait ce schéma de jeu ? Qu’est-ce que le coach ou ce staff leur disent pour qu’ils aient si peur d’envoyer du jeu et de se faire plaisir ? Tu les vois gagner, ils ont presque honte. Ça fait de la peine et je ne sais pas où on va. Je suis inquiet. On est dans la merde et il faut se ressaisir. »

Seule quelques choix individuels dans la liste de 30 joueurs pour la réception de l’Irlande ce samedi – notamment Parra absent et Picamoles de retour – permettent à certains de défendre PSA sur la question de sa cohérence ou de son absence. « Tout se discute. Cela ne veut pas dire que les sélectionneurs ont tort, chacun a le droit d’avoir son avis, estime Laporte. De l’extérieur, on sent certains joueurs meilleurs mais on ne vit pas avec eux. Je veux défendre les sélectionneurs là-dessus : c’est facile de se demander pourquoi ils ne les prennent pas mais ils ne sont pas plus cons que nous. Ils voient ceux qui font des bons matches et ceux qui en font des mauvais. Ils ont leur raison. Ils ne font pas des choix juste pour se faire plaisir. » Un son de cloche qu’on ne retrouve pas chez Chabal : « On a tous notre avis de sélectionneur mais si tu prends une majorité de gens qui connaissent un peu le rugby, on est tous d’accord. » Et pas avec Saint-André, apparemment.

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Alexandre Herbinet