RMC Sport

Les Fidji au cœur de la tourmente

-

- - -

En conflit avec le gouvernement néo-zélandais, la junte militaire fidjienne se sert du rugby comme d’une arme politique. Elle menace de boycotter la compétition si elle ne peut envoyer ses meilleurs joueurs au Mondial.

Le Kazakhstan, l’Uruguay ou la Tunisie découvriront-ils la Nouvelle-Zélande l’automne prochain? Une de ces trois formations pourrait remplacer le XV fidjien lors de la prochaine Coupe du monde de rugby. L’équipe du Pacifique, cinq participations en Coupe du monde au compteur, est en conflit ouvert avec le pays organisateur. La brouille remonte à 2006 et au coup d’état militaire du contre-amiral Franck Bainimarama. Depuis, la Nouvelle-Zélande accuse la junte de violations des droits de l’homme et de sans cesse repousser les élections promises.

Wellington a adopté des sanctions contre le régime fidjien. Elles interdisent notamment aux officiers de l’armée et à leurs familles d’entrer sur son territoire. Cela pourrait priver plusieurs joueurs fidjiens de Coupe du monde, puisque treize des quarante-trois présélectionnés évoluent au pays, la plupart dans des clubs liés aux militaires ou à la police. Et ce sans compter les officiels, qui se verraient eux aussi bloqués à l’aéroport.

Vidhya Lakhan, le président du Comité olympique fidjien, craint que « la Nouvelle-Zélande nous empêche de sélectionner notre meilleure équipe ». Il menace : « L'IRB devrait délocaliser nos matches dans un autre pays. Et si l'IRB n'est pas d'accord, les Fidji envisageront le boycottage du Mondial. » Un chantage qui laisse de marbre le Premier ministre néo-zélandais : « Nous ne prenons pas nos instructions de l’IRB », a déclaré John Key, intraitable à quelques mois des élections législatives.

En Nouvelle-Zélande, les éditorialistes s’étonnent de cet « opportunisme politique de la pire espèce » et du deux poids, deux mesures adopté avec les Fidjiens. Les All Blacks sont en effet censés affronter le XV îlien lors d’un match de préparation en juillet. Sans oublier que les deux pays se rencontrent régulièrement en rugby à 7...

Quoi qu’il en soit, l’équipe qui avait poussé le futur champion du monde sud-africain dans ses derniers retranchements en 2007 est sur le point de se priver de la seule grande compétition à laquelle elle participe. Un calcul incertain de la part de la fédération fidjienne, désargentée, et qui sera dans tous les cas incapable de payer les primes de ses joueurs.