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Lièvremont : « Je n’ai aucune aigreur »

Marc Lièvremont

Marc Lièvremont - -

Un an jour pour jour après la finale de la Coupe du monde perdue face aux All-Blacks, l’ex-sélectionneur revient sur cette « aventure merveilleuse ». Premier volet de cet entretien : son mandat à la tête des Bleus, son Mondial néo-zélandais et ses rapports avec les médias.

Ce Mondial a-t-il changé le cours de votre vie ?

Non, pas pour moi en tout cas. C’est une chose que je m’étais promis, en acceptant cette mission, de ne pas changer. Quand je me retourne, j’ai l’impression d’avoir eu la chance de vivre plusieurs vies avec le rugby en fil rouge. Quand je me retourne, et c’est assez rare, j’ai l’impression que c’est une autre personne qui a vécu ces vies-là.

Vos deux mois passés en Nouvelle-Zélande sont-ils un condensé de vos quatre années passées à la tête de l’équipe de France ?

Par rapport à la Coupe du monde, avec le contexte, les relations avec les médias, la pression, les résultats chaotiques, le contraste d’émotions, ces 2 mois de compétition sont à l’échelle 100 de ce que j’ai vécu pendant quatre ans. Je ne m’attendais pas à vivre quelque chose d’aussi intense. Si on m’avait donné avant que j’accepte cette mission, les résultats secs, je me serais dit : « Mais c’est quoi ce plan pourri dans lequel je m’aventure, cette galère ? ». Mais si j’avais pu ressentir toutes les émotions que j’ai vécues en particulier durant ces 2 mois, j’y serais allé en courant.

L’absence de communication des joueurs en dehors des points presse, était-ce une volonté des joueurs, du staff ou un peu des deux ?

Je me souviens avoir demandé à l’attaché de presse de durcir les relations avec la presse volontairement. Même si j’avais de l’empathie voire de la sympathie et de l’amitié pour un certain nombre de journalistes, j’ai tout verrouillé. Ça ne m’a pas empêché de passer, selon les calculs de certains, au total 48 heures avec la presse durant toute la compétition.

Vous souvenez-vous de cette question qui a fait le buzz durant la Coupe du monde et du contexte ?...

Pour en avoir reparlé avec le journaliste, ce n’étais pas lui, systématiquement, qui posait la question. Mon ambition et mes espoirs étaient de devenir champion du monde. Cette question (« tu m’emmerdes avec ta question ? »), c’est surtout une question de timing, de spontanéité de ma part. On sort d’un résultat sec, ce match de poule en Nouvelle-Zélande, une défaite assez lourde. Cette réponse était mal polie, spontanée. Ce n’était pas prémédité, ni agressif. Je ne voulais pas faire le buzz, encore moins être grossier.

Et votre moustache ?

C’est une connerie. Je me souviens, j’étais tout le temps le premier au petit déjeuner. Je me retrouve face à David Ellis (entraîneur en charge de la défense) face à moi avec sa tête d’anglais ô combien sympathique, on se dirigeait vers un ¼ de finale face aux Anglais et par boutade, j’ai dit : « Dave, si on joue les Anglais, je me laisse pousser la moustache ». Ce qui est marrant, c’est que j’ai dû préparer la moustache car je n’ai pas la pilosité de Sébastien Chabal ! Certains de mes proches me voient en conférence de presse, déprimé, triste, énervé et mal rasé, j’ai donc reçu pas mal de textos : « Bats-toi, ce n’est pas fini ! Rase-toi, ne te laisse pas aller ». Concernant les messages des confrères, je n’ai pas été dupe. Je connais la sensibilité, le peu d’empathie qu’ils avaient pour moi ou l’équipe. 

Restez-vous persuadé aujourd’hui encore qu’une partie de la presse française souhaitait une défaite rapide des Bleus ?

Oui, je le dis sans aigreur. J’ai suffisamment d’arguments, y compris de certains proches de la presse. L’Angleterre, certains mangeaient leur chapeau de voir malgré tout qu’on passait en demie. Certains l’avaient tellement promis, jurer, qu’on allait vivre un cauchemar. A part en 2003, où le parcours a été linéaire jusqu’à la défaite en demi-finale. A chaque fois, ça été chaotique, compliqué et souvent, l’équipe de France a su être compétitive le Jour J. Pour certains (journalistes), ça faisait longtemps qu’elle n’existait plus, l’objectivité, l’honnêteté intellectuelle, la déontologie. Mais je n’ai aucune aigreur.