RMC Sport

Novès : "Ça ne peut que me séduire"

Guy Novès, sélectionneur du XV de France, a loué avec beaucoup d’enthousiasme le comportement de ses joueurs lors de la victoire face à l’Irlande (10-9), ce samedi au Stade de France. Il estime que ce succès a d’autant plus de valeur que le XV du Trèfle a aussi réalisé une belle prestation.

Guy, cette victoire a-t-elle une autre saveur que celle face à l’Italie la semaine dernière ?

Oui, elle a une saveur différente. Ça reste une victoire avec le même nombre de points à l’arrivée. Elle est différente parce que la semaine dernière, il y avait eu un peu plus de jeu mais des lacunes défensives importantes. Mais cette semaine, elle est acquise sur l’engagement physique en particulier avec une défense de fer de la première à la dernière minute. On a passé 30 minutes à subir. On aurait dit que les joueurs faisaient exprès de perdre les ballons pour travailler la défense. On l’a travaillée pendant 30 minutes. Et puis, jusqu’à la fin du match, on a commencé à voir des séquences de jeu importantes, une mêlée de plus en plus forte, des plaquages offensifs. On n’en avait pas vu la semaine dernière. La ligne est montée en permanence. Je suis très fier des joueurs, ce qui n’était pas le cas la semaine dernière. J’étais content mais pas fier. Le staff a encore fait un travail formidable. On a bien bossé tout au long de la semaine. Cette victoire représente les 31 mecs qui ont bossé avec un superbe état d’esprit. C’est ce que je retiens pour l’avenir.

Quel a été le tournant du match pour vous ?

On d’abord montré qu’on était prêt à ne pas lâcher le moindre centimètre. On l’a fait tout au long de la partie. Et ils ont essayé pourtant ! Ils ont beaucoup usé de remises intérieures mais nos joueurs étaient en place. Le véritable tournant stratégique a été la décision de ne pas prendre trois points à 9-3 mais de prendre la touche. Ça s’est terminé par plusieurs mêlées successives sous les poteaux et ce magnifique essai. Ça ne peut que me séduire de voir qu’ils croient en eux et qu’ils aient envie de rivaliser pour gagner le match et pas pour faire match nul. Cet essai, c’est le fruit de leur état d’esprit et de l’ensemble du travail. Je suis ravi pour tout le monde : pour la Fédération qui est là pour nous aider en permanence, pour l’ensemble du staff - beaucoup de gens travaillent depuis le début de semaine et ce genre de victoire, c’est le fruit de ce travail - et évidemment les joueurs.

Qu’avez-vous pensé de l’Irlande ?

Je l’ai trouvée comme elle sait être : pragmatique, solide et immédiatement précise par son jeu au pied. On a vu des chandelles millimétrées. Ils ont été très bons dans les impacts et notamment en première mi-temps quand ils ont tenu le ballon. On aurait très bien pu flancher. On a battu une bonne équipe d’Irlande. On va les féliciter et les remercier de ce combat. Ils donnent un peu plus de valeur à cette courte victoire.

« On a l’impression de ne pas travailler pour rien »

Le bilan de ces deux premières rencontres est-il encourageant ?

Je ne sais pas si c’est encourageant. On a l’impression de ne pas travailler pour rien. A Marcoussis, on travaille beaucoup du dimanche au dimanche. Le bilan, ce sont les techniciens qui vont le faire : Yannick (Bru), Jeff (Dubois), Gerald (Bastide). On va faire un bilan. Les victoires font prendre conscience à cette jeune génération qu’elle a son mot à dire. Ne vous attendez pas à ce qu’on gagne tous les matches mais au moins ceux-là, on les a gagnés.

Craignez-vous que la journée de championnat la semaine prochaine remette tout en cause ?

Ça fait partie du rugby français. J’ai été suffisamment entraîneur de club pour le comprendre. La qualité des joueurs, c’est aussi le fruit du travail des clubs. Si on a des joueurs avec le talent qu’ils ont montré sur ce match, il faut remercier l’ensemble des clubs et leurs présidents qui ont eu la gentillesse de nous laisser les premiers lundis. Il y a de très bons rapports. On peut imaginer que la majorité des entraîneurs comprendront que les joueurs sont fracassés et qu’ils ont besoin de récupérer. Nous avons beaucoup de respect pour les clubs.

Allez-vous respirer gallois dès demain avant le choc dans deux semaines à Cardiff ?

A partir de demain, je vais respirer famille si vous le permettez. Je vais retrouver les miens. A partir de la semaine prochaine, on va se pencher sérieusement sur le pays de Galles. Mais j’ai besoin de penser à autre chose. Avez-vous hâte de voir vos joueurs dans le Millennium ? Sincèrement non. Je ne suis pas du tout impatient. Je connais un peu puisqu’on y a fait une finale de Coupe d’Europe (en 2008, le Munster avait battu Toulouse 16-13). J’y ai aussi joué quand j’étais en équipe de France il y a très longtemps. Pour sourire, je suis content d’être invaincu devant l’Irlande puisque je les ai battus deux fois et j’ai fait un match nul quand j’étais joueur. Pour le moment, je suis invaincu !

Wilfried Templier