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Où est passée la Chabalmania ?

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Il y a deux ans, son énorme plaquage sur Chris Masoe lors de la tournée des Bleus en Nouvelle-Zélande, l’avait propulsé au rang de star. Le nouveau joueur du Racing Métro est de retour au pays des Blacks. Dans un étonnant anonymat.

L’entraînement des Bleus se termine à peine. La trentaine d’enfants de l’école bilingue de la région d’Auckland a le droit de s’approcher des joueurs et entraîneurs du XV de France. Au milieu du terrain, un membre de la délégation française retient toutes les attentions. Cible de ces paparazzis d’un jour, Marc Lièvremont se plie dans la bonne humeur à cette séance de dédicaces improvisée. Quant à Sébastien Chabal, c’est la tête basse et visiblement bougon qu’il quitte le terrain. Sans s’arrêter auprès des enfants. Non pas que le fameux barbu refuse la sollicitation, mais tout simplement parce que ‘‘The Caveman’’ (l’Homme des Cavernes, son surnom aux Antipodes) n’intéresse pas les foules. Ni pendant les entraînements, ni après.

Pas même les journalistes. Ces mêmes journalistes qui n’avaient pas hésité à utiliser son image pour créer un « buzz » incroyable lors de sa précédente visite en Nouvelle Zélande, en 2007. Le phénomène tombait du ciel pour intéresser le public local à la décevante tournée de l’équipe de France.

Cette année, le nouveau joueur du Métro Racing n’affole guère le paysage médiatique. Quelques lignes et une photo dans le magazine de la compagnie aérienne Air New Zealand, KiaOra. Rien dans le populaire New Zealand Herald. « La seule attraction à laquelle nous pouvions nous raccrocher pour vendre des billets ou des journaux, c’était Chabal », résume Erin Healy. Et le journaliste sur les ondes néo-zélandaises de questionner taquin : « Au fait, il a gagné quoi depuis 2007 à part des millions ? »

C’est ce statut qui interpelle en Nouvelle-Zélande. Pendant que certains parlent de « bête de foire », d’autres s’étonnent qu’il soit devenu le joueur le mieux payé de France (1 000 000€ annuels en prenant en compte ses droits à l’image) depuis son transfert au Racing Métro. Et ainsi de supplanter les Dan Carter ou Jonny Wilkinson, capables, eux, de jouer au pied, prendre des initiatives et changer le cours d’un match. C’est tout simplement la dimension du personnage public qui échappe aux Néo-Zélandais. « Ici c’est parce que vous êtes le meilleur que les contrats publicitaires, les portes des médias s’ouvriront. Ça été le cas pour Carter et McCaw », murmure-t-on.

Juste avant le deuxième test de 2007, Chabal, assis au bar de l’Holiday Inn de Wellington en compagnie de son ami Olivier Milloud, avait découvert la fameuse Une du Wellington Post titrant « Caveman comet ». « C’est drôle, en Afrique du Sud, je suis devenu leur mascotte, en Angleterre je leur ai fait chanter la Marseillaise, ici ils me mettent en Une. Il n’y a qu’en France où il n’y a rien ! Je dois être un bon produit à l’exportation ! » avait-il lancé dans un éclat de rire. Deux ans plus tard, la tendance s’est inversée. De la « Caveman comet », il ne reste en Nouvelle-Zélande qu’une poussière d’étoile.

La rédaction - Pierrick Taisne et Laurent Depret