RMC Sport

Super Rugby. Gonzalo Quesada: "Je me suis éclaté"

Gonzalo Quesada avec  Nahuel Mayco Vivas

Gonzalo Quesada avec Nahuel Mayco Vivas - AFP

Entraîneur en chef des Jaguares, Gonzalo Quesada a conduit son équipe en finale du Super Rugby. Malgré la défaite face aux Canterbury Crusaders, il ne cache pas sa fierté. Courtisé par le Racing 92 voilà quelques semaines, il explique pourquoi il a préféré continuer sa mission au pays. Explications pour RMC Sport.

Gonzalo Quesada, malgré la défaite en finale du Super Rugby contre les Crusaders, vous devez être fier de votre saison?

Oui, forcément. C’est assez surprenant de réaliser un parcours pareil qui nous a mené jusqu’à la finale. On est arrivé avec un nouveau staff, on a bossé très dur pour réaliser une très belle saison. On s’est appuyé sur une méthode de travail insistant sur l’identité de l’équipe et sa culture. Ensuite, sur une philosophie claire de jeu, avec l’état d’esprit au cœur de tout. Le groupe a adhéré. Et dans ce staff, vraiment pas nombreux, il y a beaucoup de qualités humaines. Puis l’équipe a progressé de week-end en week-end avec de très bons résultats à l’extérieur avec, pour la première fois, des victoires chez les Bulls et les Sharks en Afrique du Sud, mais aussi en Nouvelle-Zélande et en Australie. C’était déjà extraordinaire de jouer un quart de finale à la maison, puis cette demi-finale devant plus de 30.000 personnes au stade pour un moment inoubliable. Enfin, on a rivalisé avec les Crusaders en Nouvelle-Zélande. C’était une saison extraordinaire.

A titre personnel, avez-vous pris énormément de plaisir?

Oui, bien sûr. Je sortais de deux dernières années un peu différentes. J’ai pris du plaisir au Stade pendant des années, grâce à un président et un DG avec qui je m’entendais très bien, avec un groupe de joueurs et un staff très forts avec qui on a vécu des moments inoubliables aussi. En 2017, on avait gagné le Challenge européen mais la saison avait été mouvementée avec plusieurs annonces, quelques départs et enfin la fusion avortée avec le Racing. Ensuite, à Biarritz, je me suis régalé grâce à un très bon groupe de joueurs et un excellent staff, c'était une aventure courte mais forte. Mais au niveau des actionnaires et dirigeants, c’était vraiment compliqué, avec des changements incessants qui nous ont rendu la tâche très dure. Avec les Jaguares, je me suis complètement éclaté avec une Fédération qui a un projet très clair et qui est derrière nous. Il n’y a pas énormément de moyens, surtout si on compare avec des clubs en France, mais il y a une vision, une certaine stabilité et tout est fait pour que les Jaguares évoluent dans les meilleures conditions.

Mais n’est-ce pas une frustration de ne plus faire partie du staff des Pumas pour la Coupe du monde?

Au départ il y avait cette possibilité mais ce n’était plus le projet ensuite. Aujourd’hui, je pense que c’est pas mal que ce soit comme ça. Il y a un staff très compétent qui va préparer l’équipe pour le Rugby Championship puis la Coupe du monde. Moi, je suis focalisé sur les Jaguares, c’est beaucoup de boulot et de voyages. C’est vraiment différent de ce que j’ai vu avant. Quand tu joues à l’extérieur, tu te tapes 12 ou 13 heures de vol mais aussi le décalage horaire. La meilleure façon de donner un coup de main aux Pumas était de faire une grosse saison avec les Jaguares, que les joueurs prennent des repères et de la confiance. C’est bien pour la suite.

"Mon idée est de respecter mon engagement et bien d’aller au bout de mon contrat"

On a beaucoup parlé de vous voilà quelques semaines au Racing 92. Pourquoi n’avez-vous pas rejoint le club francilien où vous aviez déjà entrainé de 2011 à 2013?

J’étais forcément touché par l’intérêt du Racing. Je sais à quel point c’est un projet ultra-ambitieux. L’effectif est de très, très haut niveau. Pour les infrastructures, c’est peut-être le plus beau centre d’entrainement en France. Et pour le stade, c’est une des plus belles enceintes. J’ai gardé une relation d’amitié avec le président Jacky Lorenzetti et sa famille. J’étais en contact avec Yannick Nyanga et Laurent Travers avec qui je m’entends très bien, et la possibilité de travailler avec eux c’était un point positif pour moi aussi. Tout était réuni pour réfléchir très sérieusement. Financièrement, il n’y a aucune comparaison non plus et c’était plus intéressant que l’Argentine. Mais j’avais fait la démarche de revenir il y a à peine un an. Je voulais vivre cette expérience en rentrant au pays et apporter ma pierre à l’édifice de ce qui est en train de se faire en Argentine.

Quand on m’a appelé l’an dernier, j’ai senti que c’était le moment de rentrer et de me mettre au service de mon pays, d’abord avec les Pumas et ensuite les Jaguares. Cela aurait été prématuré de revenir en Europe si vite. La semaine où l’on jouait les Highlanders (au mois de mai), j’ai eu une conférence téléphonique avec Yannick Nyanga et Laurent Travers. Je leur ai expliqué ça, que j’étais vraiment touché et que j’avais vraiment réfléchi, mais je ne me voyais pas repartir au bout d’un an, alors que je m’étais engagé pour trois saisons. Et ce même si on m’avait fait comprendre en Argentine qu’on aurait pu trouver une solution si cela avait été mon souhait. Ils l’ont compris au Racing. Les semaines suivantes m’ont permis de me dire que je pouvais être soulagé et on verra si l’opportunité de revenir en Europe reviendra dans quelques années. Je voulais respecter mon engagement.

On imagine pourtant que vous avez envie de revenir en France, pays que vous adorez…

Mon idée est bien d’aller au bout de mon contrat mais la fédération, connaissant mon histoire avec la France et ma vie de famille, me laisse et m’a toujours laissé la porte ouverte pour repartir si je le souhaite. Tout est clair. Tant que la situation est ainsi, je vais continuer en Argentine. C’est sûr que j’ai adoré mon expérience en France comme joueur et surtout comme entraîneur. Dans un coin de ma tête, je ne ferme pas la porte pour un retour en Europe dans quelques années. Je n’ai pas de plan précis sur mon avenir.

Allez-vous vous rendre au Japon pour suivre la Coupe du monde?

Je ne sais pas encore. Je n’ai pas décidé. Je serai en train de préparer la pré-saison des Jaguares. J’aurai le temps et je serai assez disponible d’y aller mais je n’ai pas encore décidé. Suivre les matchs de l’Argentine, et bien sûr du XV de France, ça donne envie.

"Je crains aussi le XV de France"

Au regard de la saison des Jaguares, l’inquiétude est d’autant plus grande avant ce match entre la France et l’Argentine le 21 septembre…

Toute une nouvelle dynamique se mettra en place chez les Pumas avec quelques joueurs qui évoluent en Europe et qui vont renforcer l’équipe. Les joueurs sont en pleine confiance. Mais ce n’est pas de la langue de bois de dire que je crains aussi le XV de France quand je vois les noms des joueurs français et la qualité de son staff. Pour y avoir été en 2011 et pour avoir vécu en France, on sait que les deux mois de préparation intensive seront importants pour les Français. Même si les résultats ont été irréguliers ces dernières années, il y a un vrai potentiel dans cette équipe et un staff ultra complet. Sincèrement, il y a de quoi craindre la France pour les Argentins et ils seront candidats pour le dernier carré. Ce ne sont pas les résultats des dernières années, surtout en France, dont il faut tenir compte. Cette période pré-Mondial est le seul moment où le XV de France a vraiment le temps de bien se préparer, et c’est là qu’ils retrouvent leur meilleur niveau.

Jean-François Paturaud