RMC Sport

A quoi joue Boudjellal ?

Mourad Boudjellal, patron du RCT

Mourad Boudjellal, patron du RCT - -

Les propos du patron du RCT sur l’arbitrage ont allumé un incendie dans l’Ovalie. Derrière la polémique, l’homme d’affaires autodidacte, toujours en quête d’un premier titre, ne se sent pas reconnu pour ce qu’il estime avoir apporté au rugby français.

Il y a du Rahan chez Mourad Boudjellal. Comme le héros de bande dessinée qu’il a relancé avec sa maison d’édition, le président du Rugby Club toulonnais (RCT) avance seul et contre tous. Nouveau fils de Crao, l’homme d’affaires varois ne descend pas de la famille du « rugby franchouillard ». Pas de coutelas ou de collier de griffes, mais un verbe fleuri qu’il dégaine dans la jungle de l’Ovalie qui s’est toujours méfié de cet entrant de dernière génération, fils d’une Arménienne orthodoxe et d’un chauffeur de poids lourds algérien. « Sodomie arbitrale ». La formule l’a envoyé devant la commission de discipline de la LNR le 25 janvier. « Insulte au rugby », a jugé le patron de la Ligue Pierre-Yves Revol. Prose née d’un sentiment d’injustice face au sifflet de M. Berdos, homme en noir de la rencontre perdue en fin de match le 8 janvier sur la pelouse de Clermont (25-19), une de ses cathédrales du rugby gaulois, à l’abri de la roche de Gergovie. Boudjellal dit qu’il mérite la commission, qu’il accepte les excuses de l’arbitre international et qu’il lui présente les siennes. Mais ne renie pas sa pensée. « Je vais peut-être être radié, mais l’arbitrage doit être professionnalisé. »

Le Méridional est en mission. Il fait partie de « ceux qui ont fait du Top 14 le championnat le plus compétitif du monde ». Comme Max Guazzini qui, à son époque, à habillé ses joueurs parisiens avec des « maillots roses de pédés, comme disaient les réacs ». Président du RCT depuis 2006, l’amateur du 9e art a revendu ses éditions Soleil à Delcourt cet été, pour ne plus faire qu’un avec le club. « Beaucoup d’anciens qui n’ont pas mis un centime donnent des leçons de morale », juge son entraîneur Bernard Laporte. « Les arbitres doivent être au-dessus de tout soupçons », martèle Boudjellal, qui oppose la noblesse de son combat à la rudesse des mots. Phrasé pas plus choquant que celui attribué par le président du RCT à Fabien Pelous, la gloire du Stade Toulousain, qui lors d’une soirée du rugby « a sorti une blague homophobe qui a bien fait rire tout le monde mais pas moi. » Il pourfend le rugby des « bourgeois » qui ne « va pas dans les cités. »

« Ma fierté ? Un titre »

Preuve que Boudjellal est dans l’excès mais pas forcément dans le faux, ses propos sur l’arbitrage lui ont valu quelques ralliements. Le manageur Guy Novès de la maison Rouge et Noir qui « comprend ce qu’il ressent, mais moins la façon dont il l’exprime ». Sébastien Chabal, le troisème-ligne du Racing, qui juge que le patron de Toulon a « raison sur le fond. Je l’avais souligné et je me suis fait taper sur les doigts (autobiographie « Ma petite étoile », parue au printemps, ndlr). Il faudrait donner beaucoup plus de moyens aux arbitres pour qu’ils soient meilleurs. » Mais le Varois, entré dans le rugby par effraction, n’a pas l’éternité devant lui. Avec l’énergie de l’immigré, il a construit sur les cendres d’un club végétant en Pro D2. Sa seule fierté serait de « gagner un titre ». Ce Brennus qu’il a entrevu en demi-finales en 2009/2010. Ce Challenge européen qui lui a échappé la même saison face à Cardiff (21-28), dans « son » fief du Vélodrome. Fête gâchée. Mais à défaut de feu d’artifice, c’est un incendie que Boudjellal a allumé sur la Rade.