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Boudjellal, au nom des siens

Mourad Boudjellal

Mourad Boudjellal - -

« Le rugby, c’est de l’heroic fantasy », voilà comment Mourad Boudjellal caractérise le rugby pro, lui le self-made man fou de bande dessinée, fou de rugby, fou de Toulon, au point de déborder parfois, d’inspiration, de coups de génie, de dérapages aussi…

« Quand j’ai vu mon père baisser la tête en passant dans certaines rues de Toulon après la victoire du Front National aux municipales en 1995, c’est quelque chose que… », Mourad Boudjellal – 51 ans, marié, père de trois enfants - ne finit pas sa phrase. Fils d’immigrés aux parcours de déracinés (Arménie, Turquie, Algérie), il est avant tout Toulonnais. « Parce que Rouge et noir » se termine le Pilou-pilou, l’hymne des guerriers de Mayol dont il revendique le lancement du chant dans les vestiaires après une belle victoire au stade Mayol… au grand dam de certains de ses entraîneurs ou même de quelques-uns de ses joueurs ! Mais il est comme ça Mourad, à fleur de peau, émotif, émotionnel, comme les fans de bande dessinée auxquels il parle plus sûrement qu’aux « gros pardessus » d’un rugby confit-magret qu’il se plait à chahuter quitte à parfois franchir les limites.

Le RCT sera l’instrument de sa revanche, de la reconnaissance de sa réussite, lui le fils d’immigrés (employé municipal pour le papa, femme de ménage pour la maman) dans une ville qui au milieu des années 90 fait le choix de les écarter. Rien ne sera de trop alors pour faire relever la tête d’un père trop tôt arraché à son affection. Les Editions du Soleil deviennent numéro 3 européen de la bande dessinée, spécialisation dans « l’heroic fantasy ». Mourad Boudjellal aime alors promener ses voitures de sports tapageuses qui passent et repassent dans les ruelles populaires et réputées mal famées du vieux Toulon.

Il fait chanter la Marseillaise à Mayol

En 2005, le RC Toulon, la bannière, l’étendard de la cité varoise, remonte en première division, les Editions du Soleil deviennent sponsor maillot. Premiers pas dans le rugby pour Boudjellal, le virus lui est inoculé. La relégation ne l’empêche pas de franchir le pas, il devient président et actionnaire majoritaire – taulier, donc – du RCT et s’attache à donner à Toulon des allures de Dream Team : Le talisman Tana Umaga, George Gregan, Andrew Mehrtens, Victor Matfield, Anton Olliver… et plus récemment Jonny Wilkinson, Mathieu Bastareaud ou encore Bakkis Botha.

Il revend sa maison d’édition en juin dernier pour ne se consacrer qu’à son RCT (et aussi à ses activités de propriétaires, notamment le somptueux bâtiment de la place de la Liberté avec, entre autres locataires prestigieux, le comédien Charles Berling). Boudjellal sait pourquoi il est président du RCT : sa soif de reconnaissance et de revanche lui font faire entonner la Marseillaise à un Mayol conquis avant le somptueux Toulon – Munster de janvier 2011 soldé par la formidable victoire des Rouge et noir. « La Marseillaise que j’ai entendu après les élections municipales de 1995 ne me plaisait pas, là j’ai voulu que Mourad Boudjellal la fasse chanter. » Personnage complexe au premier abord, mais à la motivation évidente, Mourad Boudjellal peut agacer, séduire, perturber, mais en aucun cas laisser indifférent.

Laurent Depret