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Boudjellal : « Le rugby français est raciste »

Mourad Boudjellal

Mourad Boudjellal - -

A la veille de sa convocation devant la Ligue Nationale de Rugby pour ses déclarations après le match Clermont - Toulon, Mourad Boudjellal en a remis une couche. Le président du RCT accuse le rugby français d'être « franchouillard, conservateur... et raciste ».

Mourad Boudjellal, comment appréhendez-vous votre convocation devant la commission de discipline de la LNR, mercredi ?

J’y vais parce que j’ai bien envie. Je pourrais ne pas y aller. J’ai envie de leur expliquer ce que je pense du rugby. Le problème est simplement de savoir quelle sanction m’infliger. Sanction, il y aura et coupable, je serai reconnu. J’ai envie d’entendre leurs arguments et on verra lequel des treize - puisqu’ils sont douze à la commission de discipline - aura les meilleurs arguments.

Craignez-vous une lourde sanction après vos déclarations (il avait estimé avoir subi une « sodomie arbitrale ») ?

Tout est possible. S’ils en ont marre de moi dans le rugby et qu’ils veulent faire un exemple, ils peuvent. Je n’ai pas regardé les risques que j’encours. Je ne pense pas que le mot sodomie soit inscrit dans l’échelle des sanctions. Ce sera de l’improvisation. Derrière ce mot sodomie, il y a deux cultures différentes qui apparaissent. Il y a une vieille France qui est choquée, qui a loupé certains épisodes des années 80-90 ou 2000 qui font qu’on n’est pas choqué par le mot sodomie. Dans la chanson ou dans la littérature, les choses se sont banalisées. Le mot sodomie est devenu un mot du langage courant qu’on peut employer sans être vulgaire. Pour le savoir, il faut avoir ouvert des livres et écouter des disques ces trente dernières années. La France a changé et si le rugby veut s’étendre, il ne devra pas ignorer une partie de la population qu’il ignore aujourd’hui. A travers la façon dont ils sont choqués par ce mot, ça prouve que le rugby est un sport bourgeois, conservateur où on vit bien, on mange bien, on boit bien. Ils veulent vivre entre eux. Ils vont vieillir entre eux et vont mourir entre eux.

« Un sport de droite, voire d’extrême droite »

Que reprochez-vous au rugby aujourd’hui ?

Le rugby français est à l’image de la France conservatrice et franchouillarde qu’il représente. Bien sûr qu’il est raciste. Il n’y a qu’à regarder les commentaires qui me sont adressés sur les sites. Je n’ai vu personne à la Ligue ou à la Fédé dire « arrêter de traiter de sale arabe le président de Toulon, les problèmes qu’on rencontre avec lui n’ont rien à voir avec ses origines ». Je me fais traiter de ‘’bougnoul’’, de vendeur de tapis, de vendeur de merguez, de bruleur de voitures… et ça, ça ne dérange personne. Je n’ai entendu personne dire un mot là-dessus. Le rugby est un sport de droite, voire d’extrême droite par moment. Ce serait bien que les gens disent « on n’est pas d’accord avec lui mais ce n’est pas un problème de race ». On a le droit de tout dire sur moi, je pense que je suis un président énervant, dérangeant. On a le droit de me trouver con, mégalo et stupide mais ça n’a pas de rapport avec mes origines.

Avez-vous l’impression que votre personnage dérange ?

Je suis peut être un personnage qui énerve parce que je viens d’un milieu qui n’est pas le rugby. J’ai eu une réussite professionnelle pas mal. Je ne suis pas un alimentaire du rugby. Je n’ai pas de place particulière à défendre. Je pense que dans ce monde, on aime bien avoir des personnes que l’on peut contrôler. Si des gens veulent me faire la morale, il faudra qu’ils regardent bien leur vie. Beaucoup de gens donnent de belles leçons de morale mais c’est bien de les pratiquer. Je n’accepterai pas beaucoup que l’on m’explique la bonne éducation ou la morale parce que je n’ai jamais vu un milieu aussi lourd que celui du rugby quand il n’y a pas les caméras.

Etes-vous prêt à quitter le monde du rugby si ce que vous dénoncez ne s’arrange pas ?

Me décourager, ce sera compliqué, j’en ai vu d’autres. Plus c’est compliqué, plus ça me plait. Dans la vie, ce sont les choses compliquées qui vous font avancer. Ils pourront se débarrasser de moi, d’ailleurs je leur conseille, s’ils en ont marre. S’ils ne le font pas, ils devront me supporter. En tout cas, je n’ai plus envie de travailler avec eux. J’avais fait quelques réunions à la Ligie mais je m’étais déjà rendu compte que c’était le Soviet suprême. On se réunissait pour qu’on nous explique ce qu’ils avaient décidé. Moi, je n’ai pas de temps à perdre, je m’occupe de mon club. Ils mettent en place les règles qu’ils veulent. Je n’ai pas de prétention à la Ligue. Aujourd’hui, il y a des entrepreneurs qui ont investi. J’aimerais bien voir la gueule de ceux qui me reprochent le mot sodomie s’ils avaient mis quelques millions d’euros dans le rugby. J’aimerais bien les voir pendant un match en se disant ‘’une erreur d’arbitrage va me couter tant ». Des fois, c’est fois 20%, 30%, 40% de votre fortune personnelle. C’est facile d’avoir les valeurs du rugby en notes de frais !