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Chabal, les dessous d’un dérapage contrôlé

Sébastien Chabal

Sébastien Chabal - -

L’icône du rugby français s’apprête à sortir une autobiographie dans laquelle il attaque frontalement les arbitres du Top 14. Une initiative calculée qui pourrait lui coûter cher et ternir un peu plus l’image de son club, le Racing Métro 92.

Quand Sébastien Chabal prend la plume, il n’y va pas de main morte. Dans son autobiographie (« Ma petite étoile ») à paraître mercredi, la star du Racing Métro 92 s’en prend violemment aux arbitres du Top 14. Il les accuse notamment de ne pas être au niveau et de favoriser les clubs de Biarritz et de Castres. Une attaque assumée et réitérée dimanche dans une interview au JDD, journal dans lequel il signe une chronique mensuelle. Au grand dam de Didier Mené, le directeur technique national de l’arbitrage chargé de l’élite. « Heureusement, les arbitres sont au-dessus de ça, glisse-t-il. Ça ne va pas les déstabiliser. Ce qui me gêne le plus, c’est la portée symbolique de ces déclarations. C’est inquiétant pour le rugby. »

Un point de vue partagé par Bernard Laporte. « Il va trop loin, estime l’ancien sélectionneur du XV de France. Il peut avoir ce sentiment. S’il le dit, c’est qu’il le ressent. Mais il faut apporter des preuves à tout ça. On ne peut pas lancer la suspicion de cette façon. C’est maladroit et ça me gêne pour notre sport. » A l’heure où le Racing s’apprête à disputer les phases finales du Top 14, la charge de Chabal ne va pas assainir les relations déjà conflictuelles entre le corps arbitral, la Ligue Nationale de rugby, la Fédération et le club des Hauts-de-Seine.

L’an passé déjà, Pierre Berbizier, le manager des Ciel et Blanc, s’en était pris à Christophe Berdos, l’arbitre de Clermont-Racing et à Pierre-Yves Revol, le président de la LNR (et ancien président de Castres). La commission de discipline s’était alors saisie de l’affaire. Il y a trois semaines, elle a décidé de blanchir Berbizier après l’intervention appuyée de Jacky Lorenzetti, le président du Racing. Une manière de passer l’éponge… avant que Chabal ne rallume subitement l’incendie. Un hasard ? Pas vraiment. La date de sortie de son livre, en pleine semaine de Coupe d’Europe, est parfaitement calculée…

Un joueur sous influence ?

En plus de créer le « buzz », le timing et le thème arbitral néfaste au Racing ne seraient pas sans faire sourire Pascal Irastorza, en charge de l’image et des relations presse de Chabal. Durement rabroué par Lorenzetti et Berbizier il y a deux semaines, car devenant un peu trop envahissant, celui qui travaille également avec Raymond Domenech a peut-être trouvé un moyen de régler ses comptes avec les dirigeants via cette nouvelle polémique. En attendant, c’est bien Chabal qui risque de faire les frais de l’affaire. Le colosse barbu, écarté par Marc Lièvremont après la défaite en Italie (22-21) lors de l’avant-dernière journée du Tournoi des VI nations, pourrait être entendu par la commission de discipline. « Il joue avec le feu, reconnait Laporte. Peut-être que Sébastien n’est pas sûr d’aller à la Coupe du monde (la liste tombera le 11 mai, ndlr). Il a beaucoup de pression. Il lui reste peu de matches pour convaincre le staff de l’équipe de France de l’amener en Nouvelle-Zélande. Ce n’est pas bien ce qu’il a fait. Ça mérite des sanctions. C’est évident. Sinon ça va donner des idées à d’autres… ».

Alexandre Jaquin avec Laurent Depret