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Coronavirus: Guillaume Galletier, rugbyman reconverti livreur

Guillaume Galletier, trois quart centre de Brive, a quitté la Corrèze, peu avant le confinement, pour rejoindre le Sud et sa famille dans la périphérie de Montpellier. Mais chez les Galletier, rester les bras croisés sur le canapé ce n’est pas dans les gênes. Guillaume livre donc les fruits et légumes dans le Gard.

Un nouveau livreur opère dans les environs d’Aimargues depuis une semaine. Avec un tee-shirt de chantier, une casquette, un masque et des gants, Guillaume Galletier se familiarise petit à petit avec son nouveau boulot: "Je suis parti à l’arrache de Brive sans ma PlayStation et après trois jours sur le canapé je n’en pouvais plus, il fallait que je bouge." Son parrain, qui habite Aimargues dans le Gard, lui parle de son voisin, son meilleur ami. Un agriculteur, Armand Tourvieille, débordé et qui cherche du monde. Le rugbyman n’hésite pas une seconde: "J’ai dit à mon parrain: s’il cherche un mec et qu’il a besoin, moi je suis motivé." Une demi-heure après il était embauché. Un boulot parfait: "J’avais envie de me sentir un peu utile, de faire un truc pour la communauté. Il y a des gens qui souffrent et moi je suis jeune et en pleine santé. Je ne me voyais pas rester chez moi sur mon canapé alors que d’autres galèrent."

Il a donc débarqué lundi dernier à la maison du paysan prêt à ramasser des fraises: "J’étais prêt à souffrir, j’étais chaud." Mais avec le confinement et les fermetures des marchés alentours, c’est en tant que livreur que le joueur formé à Montpellier rend finalement service. L’exploitation a mis en place un service de livraison à domicile. Le trois quart centre arrive au hangar vers 8h, charge son camion et part faire sa tournée et là c’est un peu l’aventure: "Je ne connais pas la région. Donc je cherche la rue puis la maison. Je sonne et je dépose les légumes. Je discute avec les personnes âgées, ils sont contents de me voir, c’est l’attraction de la journée pour eux." Pour le moment, il n’a pas eu à parler rugby avec les clients, il est dans l’anonymat le plus complet bien aidé par la tenue spéciale confinement.

Du renfort en perspective

Le rugby est d’ailleurs bien accessoire en ce moment. Galletier continue de suivre son programme d’entretien tous les soirs mais avec un peu plus de difficultés: "J’avoue que c’est quand même beaucoup dur quand tu as une journée de boulot dans les jambes de faire les séances. J’ai d’autant plus de respect pour les amateurs et les semis pros. Moi, si j’étais obligé de travailler pour vivre et pas obliger de jouer au rugby je ne sais pas si j’aurais le courage de faire cela. Chapeau."

Pour Guillaume, habitué au petit boulot d’été, c’est une expérience en plus extrêmement enrichissante: "J’ai rencontré des gens hyper chaleureux et accueillant avec des valeurs qui me correspondent. Je suis ravi de pouvoir les aider. Tout le monde est gagnant: je me rends utile pour l’entreprise et pour la cause pendant cette crise." Et si le confinement se poursuit encore quelques semaines, Guillaume Galletier continuera son engagement "même s’il faut planter des melons!"

Du côté de l’exploitation on est d’ailleurs ravi. Après une semaine, Guillaume fait déjà l’unanimité auprès des clients et dans l’exploitation: "C’est quelqu’un de très gentil, serviable, toujours prêt à aider", détaille Xavier Mazières qui prépare notamment les commandes de Guillaume. Pour Armand Tourvieille ce n’est pas une surprise non plus: "Je suis issu du monde du rugby. Je connaissais son père. Depuis qu’il est parti de Montpellier je l’ai suivi du côté de Brive et je regarde ses matches avec son parrain. J’avais d’ailleurs été voir la rencontre Montpellier – Brive. C’est quelqu’un de très gentil, un très bon gars, très bien éduqué et très volontaire."

Et la maison du paysan pourrait bientôt avoir le renfort d’un deuxième Galletier. Son cousin Kélian joueur au MHR, n’est pas surpris par l’engagement de Guillaume: "Ça lui ressemble parce qu’il aime rendre service et surtout qu’il ne tient pas en place. Ça faisait trois jours qu’il était chez sa mère, il voulait bouger et être utile." La livraison pourrait donc bientôt se faire en famille, "c’est dans notre éducation d’aider les autres", avoue Guillaume même s’il met en garde son cousin: "je ne sais pas s’il a les épaules pour (rires)."

Julien Landry