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"Je n’ai encore rien fait", tempère Ezeala qui va intégrer les Bleus à VII

Samuel Ezeala, qui a fait une demande pour obtenir la nationalité française, a été appelé par le staff de France VII pour un tournoi amical ce week-end à Manchester. Discret dans les médias depuis son KO en janvier dernier, le jeune ailier espagnol de Clermont (18 ans) s’est longuement livré pour RMC Sport.

Samuel Ezeala, pourquoi avez-vous intégré l’équipe de France à VII?
La semaine dernière, Franck Azéma m’a appelé pour me dire qu’il y avait cette opportunité et m’a demandé si j’avais envie. On a accepté tous les deux. Ce n’est pas la première fois que j’ai des contacts avec le rugby à VII. En janvier, je devais aller à Marrakech mais ça n’avait pas pu se faire car Clermont, où il y avait pas mal de blessés, avait besoin de moi. C’est une discipline que j’aime bien. Comme tout ailier, j’aime courir, faire des crochets, mettre de la vitesse et marquer des essais. Mais j’aime aussi le XV. (Sourire) 

Est-ce un premier palier vers l’équipe de France à XV?
Je ne sais pas. Mais j’espère que ça sera une étape pour jouer avec l’équipe de France à XV.

Vous avez fait par ailleurs une demande de nationalité française…
Oui, c’est en cours. J’ai fait la demande il y a un moment. J’espère que ça se fera le plus tôt possible. Si je fais cette démarche, c’est aussi pour jouer avec l’équipe de France. Pour moi, c’est une énorme fierté de jouer pour cette équipe. De très, très grands joueurs y sont passés. La France est un pays qui m’a accueilli quand j’avais 15 ans et je l’en remercie. Ça m’a fait découvrir plein de choses, notamment le fromage bleu! (Rire) C’est un pays que j’adore.

Cette découverte de l’équipe de France à VII est une nouvelle étape dans votre carrière qui va décidément très vite…
Oui, ça peut être très enrichissant pour moi. Je vais développer d’autres aspects du rugby, comme les passes et les duels. J’essaie de prendre tout ce qui m’arrive. C’est vrai que ça va vite, et j’espère que ça va continuer. Quand je suis arrivé à 15 ans, je n’imaginais pas que tout ça allait m’arriver. C’est un rêve pour moi que je n’imaginais même pas. 

Vous avez bien fait d’envoyer une cassette de vos matchs à Clermont et au Racing il y a quelques années alors que vous étiez à Barcelone…
Oui, pour nous en Espagne vu que le niveau est plus bas, la France c’est l’eldorado. J’avais des potes qui étaient venus jouer en France et je voulais faire pareil. J’ai eu la chance que Clermont m’ait pris. Je les remercie vraiment. Depuis, j’ai l’impression que je prends de l’expérience et que ça se passe bien en évoluant avec de tels joueurs. Mais rien n’est atteint. Je n’ai que 18 ans, je n’ai pas encore joué beaucoup de matchs.

Justement, vous avez réussi à vous relancer après votre premier match professionnel en janvier dernier contre le Racing et cette commotion qui avait été très médiatisée. Comment avez-vous fait?
Cela n’a pas été compliqué car j’étais bien dans ma tête. C’était quelque chose de très impressionnant mais pas très, très important. J’ai repris avec les Espoirs. J’avais alors peut-être un peu d’appréhension mais elle a disparu lors des matchs suivants. J’étais bien. Je n’y pense plus même si des gens me le rappellent. C’est vraiment oublié. Je ne voulais pas qu’on parle de moi pour ce KO mais par mes performances sur le terrain. Je ne voulais pas être un symbole et avoir ça derrière mon dos toute ma carrière.

A Clermont, Franck Azéma et son staff vous ont beaucoup protégé, notamment de la presse…
Même si moi je veux jouer tout le match, le staff me dit qu’il faut me protéger et que je suis très jeune. Si je suis bon, le temps de jeu arrivera. Les autres joueurs m’ont aussi aidé. Ils ont tous voulu me protéger. Mes partenaires à Clermont me donnent beaucoup de conseils, et pas seulement pour le rugby. Ce sont des professionnels et ils me disent ce que je dois faire dans la vie ou encore avec la presse. C’est une énorme chance. Moi, j’aime être discret, même si avec mon KO très médiatique, je sais que c’est particulier.

Etiez-vous lassé qu’on en parle autant?
Oui, franchement, trois mois après mon KO, c’était le cas quand des infos ressortaient. Surtout dernièrement, alors que j’avais joué un match amical avec les professionnels, il y a eu malheureusement le décès de Louis (Fajfrowski). J’étais très triste mais je n’ai pas aimé les commentaires envers moi, les gens qui parlaient autour sans savoir ce qui s’était vraiment passé. Là, j’en ai eu vraiment marre. Moi, je veux continuer à prouver que j’ai le niveau pour jouer en Top 14.

"Wesley (Fofana), c’est mon tonton!"

Aviez-vous des modèles plus jeune et suiviez-vous les performances de l’équipe de France?
Oui, je regardais les matchs de l’équipe de France quand j’étais en Espagne. Je connaissais tous les joueurs, je suivais le VI Nations et les matchs de Coupe d’Europe. A Clermont, j’ai la chance de côtoyer Wesley Fofana, Aurélien Rougerie. Quand on les voit jouer, on a l’impression que le rugby c’est facile. Quand j’étais petit, je voyais les percées de Wesley ou le grand Rougerie, tu te disais 'ouch, c’est costaud'. 

Avec Wesley Fofana, vous semblez très bien vous entendre…
Oui, c’est mon tonton! (Rire) Il m’a très bien accueilli dans l’équipe. On s’entend bien. Il aime bien danser et ce style-là! Moi aussi. Mais il y a vraiment une bonne ambiance à Clermont.

Quels sont vos rêves dans les années à venir?
Tout gagner! Tant collectivement qu’individuellement. Je veux essayer d’être quelqu’un d’utile dans l’équipe. Je n’ai pas encore fait beaucoup de matchs et j’espère passer pro à Clermont. Je dois être patient et ne pas croire que je suis déjà arrivé. Il faut rester modeste et ne pas oublier d’où l’on vient.

Rêvez-vous de disputer une Coupe du monde, notamment en 2023 en France?
C’est comme jouer à Clermont quand j’avais 15 ans. Ce n’est pas que je ne l’envisage pas. J’aimerais bien. Ce serait un rêve mais je n’ai encore rien fait. C’est trop tôt pour y penser. 

Si Jacques Brunel vous dit: "je te prends pour la Coupe du monde au Japon en 2019"…
(Sourire) S’il me dit ça, j’y vais direct! (Rire) Mais je pense que c’est compliqué. Je n’y avais jamais réfléchi. Je n’ai joué que trois matchs en pro (ndlr: un l’an passé au Racing et trois cette saison). 

Que serait une saison réussie pour vous?
Ce serait de faire toute la saison avec les pros, avec pas mal de feuilles de matchs, devenir quelqu’un de plus en plus important dans l’équipe, et obtenir la nationalité française pour jouer avec l’équipe de France des moins de 20 ans ou le VII.

JFP