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Liévremont : « Imposer notre rugby »

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Le sélectionneur du XV de France attend avec appréhension le test-match face à l’Australie. Pour lui, il ne faudra pas avoir de complexe et savoir imposer son jeu

Marc Liévremont, parlez-nous un peu de ce groupe France…
Objectivement, j’aurais préféré partir dans des conditions optimales, avec plus de fraîcheur, de meilleurs joueurs. Avoir un éventail de choix un peu plus large quoi… mais dès le départ on connaissait ces conditions et puis quelque part, il faut assumer cette saison un peu bizarre, une saison post-Coupe du Monde. C’est l’occasion de continuer notre tour d’horizon des meilleurs joueurs français. On n’a peut-être pas les meilleurs joueurs tricolores mais leur présence est méritée, ils n’ont rien usurpé et ont gagné leur place sur le terrain avec leur club. Ce sera l’occasion de voir également quelques cadres oubliés ou blessés lors du dernier Tournoi comme Imanol Harinordoquy, Sébastien Chabal ou de revoir certains comme Sébastien Bruno. Ce sont des hommes avec un comportement exemplaire. Maintenant, cela nous laisse très peu de certitudes, c’est certain, à 24 heures du test. Ce groupe a pris en dix jours un peu de corps. Si l’état d’esprit est le même que ces derniers jours, on pourra s’attendre à une belle surprise.

Malgré vos propos, on ressent un manque d’enthousiasme manifeste…
Oui… dès qu’on a pu positiver, on l’a fait. L’ambiance est excellente, il y a du sérieux. Maintenant, on sait très bien qu’après onzeou douze mois de saison et seulement quatre-cinq entraînements en commun, on n’a très peu de certitudes. Je ne suis pas vraiment pressé d’être à demain.

A 24 heures du grand oral, la pression doit monter doucement.
Il me tarde de voir ce que peut donner cette équipe un peu hétérogène et disparate, mais où il y a en même temps beaucoup d’enthousiasme et de fraîcheur. Les nouveaux sont ravis d’être là. En face, l’Australie n’a pas fait un match exceptionnel contre l’Irlande, mais elle a eu 15 jours de plus pour travailler et digérer. Leur entraîneur Robbie Deans les a clairement mis devant leur responsabilité. On sait qu’il attend plus de cette équipe, qui a certainement le potentiel de produire un meilleur match que contre l’Irlande. En même temps l’Irlande, pour présenter elle une équipe extrêmement homogène, a dû réaliser un grand match. Est-ce que nous serons capables de faire pareil, de nous mettre à ce niveau… C’est encore une autre incertitude. En tout cas de notre côté, on veut surtout se concentrer sur nous, même si beaucoup pensent que ce groupe est un peu diminué. On va essayer d’imposer notre rugby pour rivaliser et gagner.

Robbie Deans y est peut-être allé un peu fort, mais il estime que c’est la formation la plus homogène que vous avez aligné cette saison.
C’est le jeu de tout entraîneur… La pression est de leur côté. Même s’ils ont battu les Irlandais, ce match a été perçu comme une certaine déception. C’est le deuxième test de Deans. Dire que cette équipe de France est la meilleure alignée de la saison… on peut en discuter aussi. Moi, je suis très content du collectif qui démarre. Il y a pas mal d’expérience, il y a des jeunes. C’est son jeu de faire baisser un peu la pression. Les médias australiens doivent nous prendre certainement de haut. Mais tout cela est normal.

Il y aura des duels, beaucoup de duels et des affrontements assez déséquilibrés. On parle beaucoup de l’opposition entre Palisson et Tuqiri…
Oui. Et puis la presse a fait monter la sauce en citant qu’Alexis (Palisson) aurait promis à Tuqiri de le déculotter. Non, c’est sympa, c’est de bonne guerre. On en a rigolé entre nous. Alexis a fait une fin de saison éblouissante, il est entreprenant, sans complexes. A priori, même s’il est gaucher, on préfère le faire jouer à droite. On tient à accentuer ce déséquilibre parce que sur les points forts de son adversaire, il n’y aura pas photo. Maintenant avec sa vivacité, il peut le gêner.

Quel sera le comportement du groupe France face aux Australiens ?
On ne devra pas afficher une attitude attentiste. On joue ce match pour le gagner. Si on n’y va pas pour ça, on y va pour charger alors ? Ça veut dire quoi ? Prendre vingt points, prendre trente points dans ces conditions ? Non, la meilleure façon d’aborder ce test, c’est de rivaliser, dans la conquête, dans l’intensité. Il y aura une part de stratégie, c’est sûr. On a pu voir d’ailleurs que face à l’Irlande, les Australiens avaient moins porté le ballon. C’est peut-être dû à l’apport de Robbie Deans, plus intéressé par le jeu au pied. Ce dernier, qui avait été moyen face aux Irlandais, a du être corrigé. Voilà pas mal d’interrogations. Nous, dans la continuité de ce qui a été fait lors du dernier tournoi, on veut surtout se préoccuper de nous. On veut profiter d’un adversaire amoindri pour imposer notre rugby.

La rédaction - Laurent Depret