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Teddy Thomas: "Une fausse réputation de branleur"

Après de longs mois de galère, Teddy Thomas retrouve le rythme depuis le mois de décembre. L’ailier du Racing 92, discret dans les médias ces derniers mois, dit avoir beaucoup mûri. Il se confie pour RMC Sport.

Teddy Thomas, dans quel état d’esprit êtes-vous avant le dernier match de saison régulière contre l’Union Bordeaux-Bègles ?

C’est une semaine très excitante. C’est un huitième de finale. Si on arrive à remporter ce match contre Bordeaux, cela nous assure une qualification. Tout se joue samedi soir. Nous sommes très excités de jouer ce match. Le championnat est très serré et c’est un moindre mal d’avoir récolté ce point de bonus défensif contre le Stade Français. On aurait voulu avoir plus mais on se satisfait de ça. On nous avait fait passer pour les mauvais garçons ces dernières semaines et c’était très important de montrer que nous étions présents après cette histoire de fusion.

Avez-vous été agacé de passer pour les méchants ?

Oui, bien sûr. Quand on se fait cracher dessus, c’est évidemment frustrant. On a su relever la tête et se remobiliser pour rester unis tous ensemble. Mais cette histoire est derrière nous. On se doit aujourd’hui d’aller le plus loin possible dans ce championnat. En début de saison, notre objectif était aussi de montrer que le titre de l’année dernière n’était pas une erreur. On a connu une saison en dents de scie et on arrive aujourd’hui dans le sprint final. J’ai l’impression que nous sommes en train de retrouver notre jeu, ce n’était pas évident avec toutes ces affaires extra-rugby. Mais on s’est vraiment ressoudé.

Comment imaginez-vous cette réception de l’UBB samedi ?

Si on ne fait pas de bêtise, ça peut le faire. Je pense que ça sera un match un peu fou-fou. C’est un match qui peut me plaire sur le papier. J’espère que j’aurai l’opportunité de jouer et de gagner. Ça ne sera pas facile car Bordeaux est une belle équipe. Il ne faudra pas leur laisser trop d’espaces.

A titre personnel, comment avez-vous vécu cette saison ?

C’était un peu compliqué. L’année dernière, je n’étais pas là, enfin j’étais là mais juste dans les locaux ! (Rires) Des pépins physiques m’ont écarté des terrains toute la saison. C’était très compliqué à encaisser. Je me posais énormément de questions. Je ne comprenais pas. Je faisais les efforts pour revenir mais mon corps ne le permettait pas. En début de saison, mes soucis aux ischio-jambiers étaient résolus mais une facture au pied est arrivée. J’ai été obligé de me faire opérer. C’était un nouveau coup dur mais le groupe m’a vraiment aidé à relever la pente. Je n’ai que 23 ans et il ne faut pas l’oublier. J’ai l’avenir devant moi. Je voulais ne pas décevoir les mecs qui m’avaient soutenu. J’essaie de revenir à mon meilleur niveau.

Avez-vous beaucoup douté ?

Evidemment. Quand on se déchire six fois les ischios, ce n’est pas évident ! On se pose des questions. J’avais la réputation de jeune branleur mais je peux vous assurer que ce n’était pas du tout le cas. J’ai tout mis en œuvre pour revenir mais la nature n’a pas répondu à mes attentes. C’était très dur à encaisser de voir les autres jouer, s’amuser et être champions.

Vous évoquiez cette réputation de branleur. Comment l’expliquez-vous ?

C’est une fausse réputation. Je n’avais alors que 22 ans. Bien sûr que j’aime être avec mes copains en dehors du rugby, tout simplement la vie d’un jeune. Mais je suis professionnel. Je sais que j’ai des règles à suivre. Peut-être c’est ma nonchalance qui fait dire ça aux gens. Au début, cela m’atteignait. Plus maintenant. Je me concentre sur ce que me dit de faire mon entourage.

Est-ce aussi parce que vous avez brillé très tôt ?

On m’a fait briller très tôt alors que je n’avais pas fait grand-chose. Ce sont les règles du jeu. On nous fait monter et descendre très vite. Je suis descendu plus vite que je ne suis monté. Je suis descendu très, très bas. Je travaille pour remonter la pente et j’espère que ça marchera.

Ces mois de galère vous ont-ils fait davantage mûrir ?

Oui, exactement. Ça m’a fait prendre conscience de certaines choses et ça m’a fait mûrir. C’était un mal pour un bien même si j’aurais préféré un autre scénario.

Qu’avez-vous appris justement ?

Cela ne reste que du sport et il y a plus grave dans la vie. Je pense avoir changé en tant qu’homme. Au début quand je jouais, ce que je voulais c’était avoir le ballon. Je courais à droite ou à gauche et j’en oubliais certaines choses. J’ai appris qu’il y avait d’autres moyens pour briller.

Lesquels ?

Notamment faire jouer ses coéquipiers, la défense qui était un de mes points noirs. Il est un peu moins noir aujourd’hui ! (Rires) J’essaie de travailler ça. Et la solidarité est très importante. Quand on n’a pas joué pendant un an, on veut montrer qu’on existe toujours. Tout va très vite maintenant. Dès qu’on a une opportunité, il faut la saisir. Je n’en avais pas trop conscience avant. Je sais maintenant qu’il n’y a pas de petits entrainements ou de petits matchs. Mon objectif est qu’on se qualifie jusqu’à la finale et de jouer ces matchs-là. Et pour la saison prochaine, j’aimerais faire une saison complète, ce qui ne m’est pas arrivé depuis deux ans. Petit à petit, j’espère regagner une place de titulaire.

Passez-vous vos journées à la musculation ou en séance vidéo ?

(Sourire) Non, mais j’y passe plus de temps. Ce qui n’est pas très compliqué ! Cela passe aussi par là pour progresser. On récolte ce que l’on sème.

Pensez-vous toujours à l’équipe de France ?

Oui, c’est bien sûr dans un coin de ma tête, surtout que plusieurs joueurs de ma génération ont été appelés au fur et à mesure. Je rêverais de reporter ce maillot mais chaque chose en son temps. L’année dernière, j’ai eu la chance d’être appelé pour le Tournoi et de jouer un match (contre l’Irlande en février 2016). C’était énorme mais je pense que c’était trop tôt. Je n’étais pas prêt, j’étais trop insouciant. Je veux d’abord me focaliser sur mon club. Ici, la concurrence est importante mais saine. J’apprends des meilleurs qui ont une expérience que je n’ai pas.

Jean-François Paturaud