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Yoann Maestri: "Tu ne t’en rends pas compte, mais tu es à côté du vélo"

EXCLU RMC SPORT. En fin de contrat avec le Stade Toulousain, le 2e ligne international Yoann Maestri vit ses dernières heures en rouge et noir. Auteur de bonnes performances cette saison, il sera du prochain stage de l’équipe de France début mai, alors qu’il n’a pas été appelé lors des dernières échéances. Mais à 30 ans, il reste décidé à prouver qu’il ne fait pas partie d’une génération perdue.

A deux journées de la fin de la phase régulière, le Stade Toulousain est 2e du Top 14 avec une réelle opportunité de se qualifier pour les phases finales. En un an, alors que vous avez terminé 12e la saison passée, qu’est-ce qui a changé au club?

Très honnêtement, il y a eu beaucoup de déception l’année dernière et on avait tous à cœur de repartir du bon pied. Donc il y a eu beaucoup de remise en question. Pas mal d’arrivées nous ont aussi fait beaucoup de bien. De jeunes joueurs, qui ont amené de la fraîcheur au groupe. Donc voilà, l’envie de vivre une belle aventure tous ensemble et de redorer le blason. Parce que la saison dernière ne s’était vraiment pas bien passée et ça nous avait marqué.

En parlant de redorer le blason, vous avez des responsabilités avec le maillot que vous portez?

Tu en as toujours. Surtout quand tu es attaché au club dans lequel tu joues. Et avec les mecs avec qui tu joues. C’est un club qui est particulier, où on a la chance avec certains de se côtoyer depuis des années. Pas loin de dix ans pour certains. L’année dernière, le départ de pas mal de joueurs avec qui on avait vécu de grands moments, et parfois des moments douloureux, nous a marqué. Et je pense que cette année, en commençant la saison, il y a eu une restructuration dans le travail. C’est ce qui fait qu’aujourd’hui, on est beaucoup plus haut au classement. Mais après, tout cela est quand même fragile. Le but, c’est d’aller le plus loin possible et donc il faut s’en donner les moyens et continuer. Parce que ce n’est pas fini.

Le départ de certains joueurs, les Dusautoir, Johnston, Albacete, était-il raté avec la fin de saison dernière?

Malheureusement, oui. On ne s’est pas rendu compte du gâchis que ça pouvait être et je pense que ça a marqué pas mal de joueurs. On avait à cœur de faire beaucoup mieux par rapport à ça. Après, tous ceux qui sont partis l’année dernière et les années précédentes ont fait une grande carrière en club et en sélection. Et ici, à Toulouse, ils ont marqué le club. Malheureusement, il y a des années où ça ne tourne pas bien et ça, on le sait. Le sport de haut niveau, c’est des cycles. Ce n’est pas linéaire. L’année dernière est à oublier et cette année, ça se passe mieux. L’espoir que tout le monde a ici, c’est que ça continue à aller mieux dans le futur.

Quelles ambitions pouvez-vous nourrir cette année ?

Honnêtement, tous ensemble, c’est de donner le maximum. Ça peut paraître désuet de dire ça mais c’est notre objectif principal. Ne rien regretter. On sait très bien ce qu’on a vécu par le passé. On vient de loin. Je pense qu’on se rend compte que le travail fourni dans la semaine paye. Malgré tout, dans le sport, il n’y a pas de justice. Il peut y avoir un mauvais rebond. Donc l’important, c’est qu’on ne regrette rien. Qu’on se jette à fond dans la bataille et qu’on donne tout, les uns pour les autres, pour y arriver.

"C’est le dernier match, à Toulouse, de la carrière de Florian Fritz. Mon départ à La Rochelle, à côté, c’est tout petit"

Tu t’es engagé en faveur du Stade Rochelais. Tu vas donc clore neuf saisons au Stade Toulousain. Que retiens-tu de cette période?

Tout. Tout parce que ce que j’ai vécu ici reste exceptionnel. Avoir la chance de pouvoir vivre ça, avec les mecs avec qui j’ai vécu ça, restera gravé à jamais dans ma vie de joueur mais surtout dans ma vie d’homme. Et malgré les mauvais moments qu’on a évoqués, c’est pareil, je ne veux pas les effacer parce que c’est ce qui fait que dans la vie, ce n’est pas facile. Qu’il faut savoir repartir et se remettre en question. La déception et le malheur font partie de la vie, il faut en avoir conscience, ne pas l’édulcorer. Donc voilà, que des moments importants, plus ou moins bons, mais des moments exceptionnels que je garderai. Et ça, c’est le plus important.

Tu t’es engagé avec La Rochelle. Pourquoi ce choix? L’envie de relever un nouveau challenge?

Exactement. Après, très honnêtement, c’est vrai qu’aujourd’hui je n’ai pas trop envie de l’évoquer. Pour deux raisons: j’ai trop de respect pour le club dans lequel je joue et j’ai trop de respect pour le projet et le club dans lequel je vais jouer l’année prochaine. Aujourd’hui, je suis investi à fond ici et après, je le serai à La Rochelle. Et c’est vrai que plutôt que de l’évoquer, dans une période charnière de la saison puisque c’est la dernière ligne droite, je préfère me focaliser sur notre fin de parcours, avec certains. Et l’année prochaine, on évoquera La Rochelle avec grand plaisir et énormément d’envie aussi.

Les difficultés que tu as connu l’année dernière ont-elles dicté ce choix?

J’ai fait un choix. Et je l’assume totalement. Mais aujourd’hui, on est des compétiteurs, on a la tête dans le guidon. Et il reste tellement peu de temps, tellement peu de matchs, que ça, c’est des questions qu’on se posera ou que vous me poserez plus tard. Mais là, je n’y pense pas.

Pourtant, ironie de l’histoire, le prochain match va opposer Toulouse à La Rochelle. Compliqué?

Non. Parce que ce sont les aléas du sport de haut niveau. Ça aurait pu être une autre date. C’est un match très important pour eux comme pour nous. Mais c’est comme ça. Ce sera surtout pour certains notre dernier match de saison régulière ici. Yann David, qui est arrivé en même temps que moi, Jean-Marc Doussain et Florian Fritz, avec qui je suis très proche. Surtout le dernier match, à Toulouse, de la carrière de Florian. Donc tu comprends bien que moi, mes aléas avec La Rochelle, à côté, c’est tout petit.

"Des moments à la fois très beaux et très douloureux en bleu"

Tu as été convoqué pour un stage avec l’équipe de France début mai. Comment tu accueilles ça?

Bien. Après, c’est un stage. Je ne sais pas ce qu’il va se passer. L’important, c’est la fin de saison avec le club, des mois et des mois d’engagement. Des années derrière même. Donc le stage, c’est très bien. Mais l’important, c’est le terrain et la fin de saison qui approche.

Tu as loupé la dernière tournée de novembre et le Tournoi. Est-ce que ça a été difficile à vivre?

Ce n’est jamais facile. Mais ça permet de te remettre en question. Et de te poser les bonnes questions. C’est important de se relever dans des moments apparentés à des échecs. C’est important aussi d’en avoir conscience. D’écouter les conseils, les avis de gens qui peuvent t’aider, des entraîneurs… Il faut toujours travailler et chercher à s’améliorer. Des gens qui te critiquent mais pour que tu progresses et que tu te remettes en question. Et ça, il faut l’accepter.

Récemment, tu as évoqué la fraîcheur que tu ressentais cette année, avec moins de matchs. As-tu pu te sentir "cramé" par le passé?

Non, mais bon, on me l’a dit. Tu ne te sens jamais cramé. Quand tu es dans le four, tu ne t’en rends pas compte. Mais c’est vrai que quand tu en sors et que tout le monde te le dit, au bout d’un moment tu te dis : "Bon bah, peut-être qu’ils avaient raison". Après, il n’y a pas de regrets à avoir. Ce sont des bons et des mauvais moments. Mais ça forme un tout. Mais quand tu es passionné, que tu as envie de mettre le maillot et aller jouer avec les copains, parce que ça reste ça le rugby, les matchs s’enchaînent et tu as toujours "la bave" et envie de jouer le prochain et celui d’après. Alors oui, tu ne t’en rends pas compte, mais tu es à côté du vélo. Et je pense que c’est important que certaines personnes te le disent et te mettent devant tes responsabilités où en tous cas prennent des décisions en te disant "là, ça ne va plus".

Mais le maillot bleu, il a une importance pour vous?

Oui. Très important. C’est le nec plus ultra. Après, malheureusement, ces dernières années, ça ne s’est pas bien passé et avec certains, on fait partie d’une génération qui en souffre. Ce n’est pas facile. Ça reste des moments très, très beaux mais à la fois très douloureux. Il y a beaucoup d’investissement, beaucoup de travail et d’engagement pour, malheureusement, des résultats qui n’étaient pas conformes à nos attentes et aux attentes des gens qui aiment l’équipe de France et qui nous suivent. Ça, on en a conscience et c’est très douloureux à vivre. Mais ça fait partie de la vie d’un sportif de haut niveau et il faut repartir de l’avant.

En compagnie des Guilhem Guirado ou des Wesley Fofana, des joueurs côtoyés depuis 2012, vous ne voulez pas être une génération perdue…

Bien sûr. Mais si on ne veut pas l’être, il faut continuer à s’entraîner, à s’engager. Malgré les coups que tu reçois, repartir de l’avant. Guilhem (Guirado) en est le parfait exemple. Continuer à avancer, à aller de l’avant, à dominer.

Postules-tu pour la Coupe du monde au Japon en 2019?

Bien sûr. Enfin, postuler… Tu ne dois même pas le dire. Tu dois donner le meilleur sur le terrain et après, les gens qui prennent des décisions doivent les prendre. S’ils pensent que tu le mérites… La vie, c’est ce que tu te gagnes et ce que tu mérites.

Propos recueillis par Wilfried Templier, à Toulouse