RMC Sport

XV de France - Urios: "Il reste du boulot"

-

- - -

Au lendemain de la défaite tricolore en Angleterre (19-14), le manager du Castres Olympique Christophe Urios déplore l’absence de projet de jeu des Bleus. A un mois du début de la Coupe du monde (17 septembre - 31 octobre), le chantier reste entier.

Son sentiment général
« Ce qui me marque c’est qu’il reste encore du boulot. On a vu des choses positives liées à la préparation. J’ai vu beaucoup d’envie, parfois un peu dans le désordre mais elle était là. J’ai vu une très bonne cohésion. Physiquement on était plutôt bien. On n’était pas plus mal que les Anglais, même si on a eu beaucoup de difficultés à franchir. »

En retard, les Bleus ?
« Je ne sais pas si on est en retard. Il faudrait être immergé dans la préparation pour le dire. J’ai l’impression qu’ils ont vraiment axé la préparation pour l’instant sur la cohésion et sur le physique. On peut dire qu’ils sont dans les clous. Sur le plan du jeu, il reste quand même un mois. On peut faire du boulot. Sans parler des nations du sud, l’Irlande et l’Angleterre me semblent très largement devant nous. Mais pour autant, je ne suis pas inquiet. L’équipe de France est composée de très bons joueurs. On est capable, sur une échéance, de se mobiliser. J’ai la faiblesse de penser que le rugby va être la priorité. Ils vont se servir de ce match pour continuer à avancer, resserrer le groupe et travailler dans le détail. C’est ce qui manque. Il n’y a pas de précision encore. On a du retard sur l’identité du jeu. On ne sait pas trop comment ils veulent jouer. J’aimerais juste que les joueurs connaissent le jeu parfaitement. »

Une bonne mêlée, mais…
« La mêlée a été un bon secteur. Les avants ont fait leur match, notamment sur les ballons portés, même s’il y a eu quelques ratés. Mais au niveau des avants, je trouve que l’on ne pèse pas assez sur le jeu. On n’avance pas beaucoup. On n’est pas très précis. On vient nombreux sur les points d’impact. On met beaucoup de combat, d’envie, d’énergie, mais ça ne me semble pas très précis. Les avants peuvent avoir un rôle au-delà de la conquête. Il faut aussi que les avants pèsent sur le rideau défensif adverse. On a du mal à avancer. On sent que c’est un premier match, que ce n’est pas très huilé sur le jeu, mais ça commence par les avants. Mais bon… En mêlée, la première ligne anglaise, je ne sais pas ce que ça vaut. »

Le manque d’impact
« Sur tout le reste du jeu, on n’impactait pas bien. On ne faisait pas mal physiquement. C’est compliqué de lancer du jeu, de contre-attaquer. Des images me sautent aux yeux. Cette action où Louis Picamoles franchit sur près de 30 mètres et crée un super décalage au ras du ruck... Comment on peut ne pas finir cette action ? Ça veut dire que derrière on a souvent des ballons perdus. On a des ballons qui deviennent très lents. On se fait pénaliser. C’est lié au fait que ce soit un premier match, mais aussi au fait que les repères ne sont pas bien intégrés pour tous les joueurs. A ce jeu et à ce niveau, il faut que les joueurs connaissent le jeu par cœur. Tu vois jouer cette équipe d’Angleterre avec beaucoup de changements et celle du tournoi, il y a beaucoup de similitudes. Ça veut dire que le projet global, il est là. On n’a pas de temps à perdre. »

L’axe 8-9-10
« Louis Picamoles a fait un très bon match. Je l’ai vu physiquement plutôt bien. Il faut qu’on arrive à jouer autour de lui. C’est un joueur qui a avancé. Il fait mal. Il faut qu’on arrive à s’en servir comme un point d’ancrage. Au même titre qu’il faut utiliser Mathieu Bastaraud. La charnière, ce n’est pas évident. Parce qu’encore une fois, on joue avec une ligne de trois quart bouleversée. Quand on sait que ça se joue parfois à la seconde près. Ils étaient très collectifs, fluides parfois, quand ils avaient de la fraicheur sur la première période. Même si on dit au joueur qu’il n’y a pas de pression, il sait qu’il n’a pas droit de se planter. Ce n’est pas simple. Je suis sûr que ça a un impact sur les joueurs. »

La défaillance des trois quarts
« Ce serait un peu fort de mettre la responsabilité du jeu de l’équipe de France sur l’équipe de trois quarts d’hier. Ça fait trois ans que ça dure. Il faut être patient… même si l’on a peu de temps. Je ne suis pas sûr que ce soit la faute des joueurs. Ils auraient pu essayer de la jouer individuellement. J’ai vu des joueurs qui essayaient de répéter ce qu’ils avaient fait à l’entrainement, sauf que ce n’est pas bien huilé. Et quand les avants n’avancent pas dans l’axe, c’est compliqué pour les arrières. Il y avait de sérieux plaqueurs en face. Ils ont fait le ménage au milieu du terrain. »

Ce qu’il attend du match retour
« J’attends qu’il ait des évolutions. On a envie de voir une conquête qui soit meilleure. Qu’on puisse avoir des lancements qui soient précis. Qu’on ait un jeu plus huilé. Qu’on voit des joueurs qui sortent bien du camp. Qu’on ait une stratégie de jeu au pied. Il faut jouer, ça ne veut rien dire. Quand je vois Scott Spedding contre attaquer, je me dis où on va ? Il part tout seul, ballon sous le bras. On ne voit pas de mouvement et d’animation offensive. Si c’est ça jouer, ok. Mais il ne faut pas s’étonner après que les avants se perdent. Il faut poser le cadre de jeu. Sur le 2e match, on doit voir mieux. J’aimerais voir du jeu au pied. Le Mondial se joue en octobre en Angleterre, il peut pleuvoir. Qu’est-ce qu’on va faire ? »

L’Angleterre au niveau
« Elle ne m’a pas impressionné. Elle est dans la continuité de ce qu’elle fait depuis plusieurs saisons. Il y a une cohérence dans ce qu’ils font. Ça joue bien, ensemble. Quoi qu’il se passe le terrain, il y a des réponses collectives. Ça veut dire que les mecs connaissent les repères parfaitement. Que tu mettes Pierre, Paul ou Jacques, ce sont les mêmes réponses, ça veut dire qu’il se passe quelque chose. J’ai vu une équipe parfaitement en place, réaliste, avec du gaz, capable de contre attaquer. Ils seront prêts pour la Coupe du monde, il faudra vraiment compter avec eux. C’est une équipe en confiance. »

la rédaction