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Volonté d’aider ou d’obtenir de l’argent? Au procès de la sextape de Valbuena, les versions diffèrent

Cinq hommes, dont Karim Benzema, sont jugés à partir de ce mercredi pour avoir tenté d’obtenir de l’argent de la part de Mathieu Valbuena après la découverte d'une vidéo de ses ébats. Certains nient le chantage et plaident la volonté d’aider.

"Arrêtez de nous faire croire que vous êtes Mère Teresa." Au procès dit de "la sextape de Valbuena", les versions des cinq prévenus prennent des chemins différents. Jugés pour complicité et tentative de chantage, les quatre hommes présents à l’audience - Karim Benzema était représenté par ses avocats - évoquent divers degrés d’implication dans cette affaire qui remonte à plus de six ans.

Pour Younes Houass, soupçonné d’être l’un des maîtres-chanteurs, l’unique but de sa démarche était de venir en aide au footballeur Mathieu Valbuena après avoir appris qu’une vidéo intime de lui avait été découverte sur son téléphone.

"En 2015 Mustapha Zouaoui (l’un des autres prévenus, NDLR) m’appelle pour me dire qu’Axel Angot (lui aussi renvoyé devant le tribunal, NDLR) a une sextape d’un joueur de l’équipe de France. J’apprends que c’est Valbuena et ça m’étonne parce que je sais qu’il a une vie de famille. Il me dit qu’il va en parler à Djibril Cissé qui a déjà joué avec Valbuena pour qu’il lui dise de de faire attention", explique Younes Houass à la barre.

"Des choses vont se passer"

Le 3 juin, Younes Houass contacte à son tour Mathieu Valbuena pour "s’assurer que Djibril lui a bien fait passer le message". Mais, d’après lui, le footballeur ne prend pas ses avertissements au sérieux: "Il ne pense pas que la vidéo va sortir, alors je lui envoie un texto pour lui dire de faire attention, que des choses vont se passer."

Il prétend qu’Axel Angot est prêt à vendre la vidéo litigieuse à des médias mais que lui n’a "jamais demandé quelque chose". "J’ai toujours dit que j’étais là pour informer", assure Younes Houass qui affirme avoir été manipulé par Zouaoui et Angot.

"Mais pourquoi intervenez-vous alors que vous ne connaissez même pas monsieur Valbuena? Vous faites ça pour rendre service? Mais monsieur, vous ne voyez pas que vous êtes dans une affaire plus que trouble? Arrêtez de nous faire croire que vous êtes Mère Teresa", s’agace le président du tribunal, Christophe Morgan.

"Diabolo et Satanas"

Le magistrat insiste sur le fait que l’affaire est "clairement" sous-tendue par une "question d’argent", "le sujet revient régulièrement", ce qu’admet Axel Angot. C’est lui qui découvre et conserve la sextape en 2015 avant d’en faire part à son ami Mustapha Zouaoui (dit Sata), connu à Marseille pour fournir les footballeurs en accessoires de luxe. À cette époque-là, les deux hommes - qu’un témoin surnomme "Diabolo et Satanas, toujours pleins de magouilles" - ont une dette envers un autre joueur de foot après avoir perdu des montres qu’il leur aurait fournies.

"Alors, avec Zouaoui, on parle de cette vidéo et on se dit que si on arrive à faire venir Mathieu vers nous, il nous paiera peut-être pour qu’on l'empêche de sortir ou qu’on la détruise", explique Angot. "S’il m’avait gratifié tant mieux, sinon je serais jamais allé lui demander", certifie-t-il, reconnaissant cependant le délit de tentative de chantage qui lui est reproché.

L’homme admet ainsi avoir mandaté, avec Sata, Younes Houass pour convaincre Mathieu Valbuena de leur demander de l’aide sur la vidéo de ses ébats. "Mais j’avais des doutes sur Houass et il est allé trop loin. Moi j’ai jamais voulu faire chanter Valbuena", assure Sata. "Axel, c’était le gars de confiance de Mathieu, il voulait que je le ramène vers lui pour qu’il lui demande de détruire la vidéo. Nous on voulait pas qu’elle sorte, parce que ça allait lui faire du mal."

"On lui rend service, il nous dit merci", lance Sata, peu subtil dans ses sous-entendus. "Entendre qu’ils voulaient m’aider, c’est quand même fou", lâche Mathieu Valbuena.

"Il y a pas de police, pas d’avocat"

Bien loin d’arriver à leurs fins grâce à Houass, Angot et Sata décident de prendre contact avec Karim Zenati pour se rapprocher de son ami d’enfance, son "frère", Karim Benzema. Ils sont persuadés que le joueur du Real Madrid arrivera à attirer Valbuena dans leurs filets. "Je comprends qu’on puisse me reprocher une tentative de chantage", admet Zenati face au tribunal. "J’ai parlé de la sextape à Benzema sur demande de Sata, pour lui rendre service parce qu’une relation de confiance s’est créée entre nous" - ils se sont rencontrés un mois et demi plus tôt.

À la demande de son ami, Karim Benzema parle donc à son tour de la vidéo à Mathieu Valbuena le 6 octobre 2015. Le soir-même, il dresse un compte-rendu détaillé de cette conversation à Zenati, un échange intercepté par les enquêteurs et qui a été diffusé durant l’audience. On y entend Benzema dire:

"Je pense qu’il nous prend pas au sérieux. Il croit qu’il va y avoir des copies. Je lui ai donné ma parole qu’il y en aurait pas. Je lui ai dit: 'Il y a pas de police, pas d’avocat, si tu veux que la vidéo soit détruite, tu vois mon ami. Si tu veux pas, fais ta vie'. Je lui ai dit: 'Tu sais Cissé il a eu la même galère. Il a fait quoi? Il a payé.' Moi si je te dis que j’ai qu’une parole, la vidéo elle sort pas. Après mon ami il prend la relève, je sais pas ce qu’ils veulent."

Toutes ces manœuvres que le tribunal leur reproche pour obtenir de l’argent de la part de Mathieu Valbuena sont restées vaines et n’ont, semble-t-il, jamais eu de chance d’aboutir

Dès le début de l’audience, le footballeur a déclaré qu’il n’avait "jamais envisagé de payer quoique ce soit. Mon réflexe a été de porter plainte". Si l’affaire n’a pas eu d’impact sur son compte en banque, elle a en revanche affecté sa carrière, le mettant un temps sur la touche. "J’ai eu peur pour ma carrière sportive. Le foot, c’est ma vie."

Ambre Lepoivre Journaliste BFMTV