RMC Sport

Gailhaguet : « Je ne suis pas le président de fédération type »

Didier Gailhaguet

Didier Gailhaguet - -

EXCLU. Alors que les Championnats d'Europe de patinage débutent ce mercredi à Budapest, Didier Gailhaguet, le président de la Fédération Française des Sports de Glace, fait le point sur les dossiers chauds du moment. Morceaux choisis.

Sur Brian Joubert

« Il est clair que la décision qu’il a prise de quitter l’INSEP pour rejoindre Poitiers et retrouver pour la cinquième fois un entraîneur qu’il a déjà quitté cinq fois, pendant une année olympique, ça nous laisse un peu circonspects. Je ne suis pas sûr qu’il ait fait une bonne préparation dans le sens où, pendant un mois et demi, deux mois, il a été obligé de se déplacer sur des patinoires annexes pour trouver de la glace. A mon sens, ce n’est pas ce qu’il a fait de mieux. La fédération a soutenu l’ensemble de ses choix, même si on peut considérer qu’à 28 ou 29 ans, Brian est encore un peu fantasque et prend des décisions un peu de manière sanguine et un peu rapide (…) Quand Brian nous dit qu’il ne peut pas participer au Masters pour des raisons de forme, et qu’il n’est pas prêt, je ne peux évidemment pas comprendre que six ou sept jours après, il soit en pleine forme pour aller concourir au Skate America. Avec mon franc-parler habituel, mais toujours amical, je le lui dis. »

Sur Alexis Contin

« Alexis (patineur de vitesse, ndlr) est un garçon qui sait jouer de sa notoriété, qui est intelligent. Mais je trouve qu’il veut donner un rôle malveillant à la fédération où je n’ai pas une vocation de punching-ball permanent. » Aux déclarations du patineur de vitesse (concernant l’aide financière de la fédération dont il bénéficie depuis deux ans), « je n’ai pas réagi, je ne veux pas polémiquer parce que, paradoxalement, je l’aime bien. Il a été l’athlète le plus aidé de sa fédération. Nous avons mis à sa disposition 180 000 euros. Alors moi, je veux bien qu’on laisse penser qu’il est un SDF de la fédération des sports de glace. Mais parallèlement à ça, parce qu’il est intelligent, il a monté sa société et ça lui rapporte des bénéfices. Donc avec tout ça conjugué, je crois qu’il n’est pas malheureux et qu’en plus, lorsqu’il va participer à la poursuite par équipe avec ses copains Fernandez et Macé où on espère qu’ils vont performer, là aussi l’encadrement est pris en charge par la fédération. »

Sur l'exil des patineurs français à l'étranger

« Je ne crois pas que ces athlètes, comme d’ailleurs Alexis Contin ou Benjamin Macé, s’exilent pour le plaisir. Il y a des raisons à tout cela. Demandez à Amodio s’il a pris son pied dans le centre de Novogorsk, seul toute la journée, à travailler dur. Demandez à Natalie Péchalat et Fabian Bourzat si c’est une volonté pure de s’exiler. Vous ne croyez pas qu’ils seraient mieux en France avec leurs familles ? Ils ont fait des choix, ils ne les ont pas faits par hasard. Je peux comprendre, pour avoir été coach, que ce n’est jamais agréable de perdre son poulain. Sauf que son poulain, c’est aussi l’athlète de l’équipe de France et qu’elle a une Direction Technique Nationale qui a fait des choix stratégiques. Ces choix, nous les appliquons et ce n’est pas pour autant que nous voulons rejeter nos coaches. Vous pensez que ce ne serait pas mieux de penser que nos entraîneurs sont capables de faire le même travail ? Ils n’ont ni les structures, ni les moyens humains, ni les moyens financiers que nous ne pouvons pas disperser partout, alors nous concentrons nos efforts.»

Sur les tensions autour de la Fédération Française de Sport de Glace

« Je pense que je ne suis pas le président de fédération type. Vous pouvez demander à ceux qui aujourd’hui peuvent critiquer. Mais croyez-moi, si vous regardez la majorité des clubs de cette fédération, ils savent le temps que j’y donne, la passion que j’y donne. Très modestement, je pense que dans un certain nombre de domaine, j’ai une compétence à apporter. Mais je suis un vrai passionné (…) Au lieu de critiquer et d’être systématiquement négatifs, de penser comment une fédération peut aujourd’hui s’occuper de 10 sports de A à Z alors qu’elle n’en a ni les moyens, ni la volonté d’ailleurs, chacun doit avoir son rôle : les ligues, les clubs, la fédération avec l’aide que lui donne l’Etat, l’aide que lui apporte le CNOSF, l’aide que lui apporte les quatre fédérations internationales qui sont en lien avec nous. Ce qui fait d’ailleurs de nous un cas unique dans le sport français (...) Quand Didier Lucine (entraîneur de patinage à Annecy) me traite de "manipulateur", c'est le plus grand manipulateur d’officiels d’arbitrage nationalement connu, c’est lui. Il est nationalement connu pour essayer d’intervenir sur tous les jurys pour arriver à les persuader. Prendre des leçons de déontologie de la part d’un garçon qui entraîne partiellement en Suisse, même plus sur le site d’Annecy… Didier Lucine a un réel talent mais il se disperse... »

>>> Amodio y croit pour Sotchi

>>> Joubert forfait pour la Coupe de Russie

>>> Joubert : « Je veux faire du couple »

Propos receuillis par Nicolas Jamain