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M. Rolland : « Je préfère qu’on parle de moi en tant que championne du monde… »

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Intégrale Sport - les Tops sports de l’année. Sacrée en descente aux Mondiaux Schladming en février, Marion Rolland a posé un voile de gloire sur le souvenir de sa blessure des JO de Vancouver. Avant de se blesser en septembre, la privant des Jeux de Sotchi.

Marion Rolland, dix mois après votre titre mondial, les images de cette journée repassent-elles encore souvent dans votre tête ?

Oui. Les sensations, les émotions à l’arrivée et dans les jours qui ont suivi, tout ça reste gravé.

En décembre 2012, deux mois avant votre titre, vous sembliez abattue après une descente à Val d'Isère. Quel était alors votre état d'esprit ?

J’avais beaucoup travaillé pendant les mois du printemps, de l’été et de l’automne pour changer un peu mon fonctionnement et essayer de faire un début de saison plus saignant et performant. Après les courses de Lake Louise (10e et 22e en descente, ndlr) et Val d’Isère (9e en descente, ndlr), je me disais : « Mon début de saison est encore pourri, ce n’est pas possible. » Je pensais pourtant avoir mis les bonnes choses en place et j’étais énervée, frustrée, j’en avais marre. Après, il y a eu une pause entre Noël et le jour de l’An. Je me suis un peu ressourcée à la maison, j’ai essayé de remettre les choses à plat, de prendre du recul. Et à Schladming, une piste où j’avais fait de bons résultats l’année précédente, je suis vraiment arrivée sur la descente avec l’envie de gagner malgré un super-G compliqué (22e à 2’’51 de Tina Maze, ndlr).

Quand vous passez la ligne, toutes les favorites sont déjà passées et vous êtes devant. Vous savez pratiquement tout de suite que ça va le faire...

Oui. Je pars avec le 22, un dossard à la fin de la première série. Et quand j’arrive et que je vois mon résultat, je me dis : « Ça sent quand même bon ». 

Vous poussez un énorme cri dans l'aire d'arrivée. Qu'y avait-il dans ce cri ?

Beaucoup de choses. La joie de voir mon nom en vert avec le numéro 1 à côté. La libération de tout le stress, qui est quand même assez intense sur une course comme ça. Et puis la pure joie, le bonheur.

« La Marseillaise sur un podium, tous les sportifs français veulent le vivre »

Durant la descente, réalisez-vous que vous avez de bonnes sensations au point de pressentir ce résultat ?

Non. On ne le voit vraiment qu’à l’arrivée. Souvent, quand on de bonnes sensations, c’est peut-être aussi qu’on est un peu trop propre et sur des trajectoires faciles. C’est souvent quand on fait des petites fautes dues à la vitesse qu’on est le plus efficace. Quand on voit les images, je me fais prendre un peu en arrière une fois, j’ai le ski pris dans une plaque de glace et qui part un peu, il y a plein de ces petits moments. Ce n’est pas du doute car on n’a pas le temps de douter mais, tout le long, je me suis dit : « Ne lâche pas, c’est une petite faute, tant pis, ce sont les championnats du monde, tu ne peux pas lâcher maintenant. »

Quel sentiment vous animait dans la cabine de départ au moment de pousser les bras pour partir ?

C’est le blackout. Un moment où on ne pense plus, ou alors juste à arriver le plus vite possible en bas. En descente, on a des entraînements les jours avant la course, sur la même piste et dans les mêmes conditions, et on sait où on va. On connaît les trajectoires, les mouvements de terrain, les virages. On sait ce qu’il faut faire. Dans la cabane de départ, c’est vraiment le moment où tu oublies tout le reste. Tu es dans ta bulle.

Quels sont vos souvenirs des premières secondes après avoir passé la ligne ?

J’ai assez vite vu que la deuxième était Nadia Fanchini. J’avais vu sa course quand j’étais encore en train de me préparer dans le restaurant de départ. Elle partait dans les premiers dossards et en la voyant juste derrière moi à ce moment-là, après le passage de toutes les meilleures, j’ai compris que c’était bien parti. Rien n’est joué avant la fin mais je commençais déjà à croire à une médaille.

Les heures qui ont suivi doivent également rester gravées dans votre mémoire...

Bien sûr. C’était une super soirée. La Marseillaise sur un podium, tous les sportifs français veulent le vivre. Ce sont des moments très émouvants qui laissent plein de souvenirs.

Vous êtes-vous vite rendue compte que vous aviez changé de dimension, notamment sur le plan médiatique ?

Déjà, gagner en Autriche, dans le pays du ski, ça te fait sentir que tu fais un peu partie de la légende. Pour eux, sur place, c’est énorme. Mais c’est quand je suis revenue en France que je me suis vraiment rendue compte de la portée de cette médaille. Le ski, malheureusement, on n’en parle pas souvent. Mais j’étais la troisième médaille française de la semaine et on sentait que les gens avaient suivi ces championnats du monde. Ce n’était pas spécialement des fans de ski mais tous ces gens ont eu beaucoup d’émotion en nous voyant monter sur les podiums et c’était vraiment génial.

On a encore en tête l'image des Jeux de Vancouver et de votre blessure quelques mètres après le départ. Ce titre à Schladming contenait-il une dimension de revanche ? Etait-il important pour effacer ce souvenir et garder celui de la championne du monde ?

C’est sûr que je préfère qu’on parle de moi en tant que championne du monde et plus pour me rappeler Vancouver. Mais je ne le prends vraiment pas comme une revanche. Vancouver était déjà derrière moi dès que je suis remontée sur les skis après mes six mois de rééducation. Je n’avais rien à prouver à personne. Je faisais partie des meilleures mondiales. Je continuais mon chemin essayer d’arriver au plus haut niveau. Cette blessure de Vancouver avait juste mis tout ça entre parenthèses, sur pause pendant six mois, et quand j’ai repris les skis, je n’avais envie ni de revanche ni de prouver que j’étais capable de quelque chose. C’était derrière moi. Cela faisait partie de mon histoire de sportive et il fallait que je vive avec.

Votre carrière épouse la courbe de montagnes russes. Au plus bas à Vancouver, au plus haut à Schladming, puis de nouveau au plus bas avec votre blessure au genou droit (rupture du ligament croisé antérieur et entorse du ligament latéral interne) en septembre dernier lors d'un stage en Amérique du Sud...

Je me suis blessée pratiquement au début du stage. Le ski est parti dans une congère, il a entraîné une chute, le ski droit n’a pas déchaussé, s’est bloqué et le genou a cassé. Je l’ai su officiellement quand je suis rentrée en France. Mais j’avais senti dès le début que c’était mal parti.

Conséquence : saison terminée et pas de JO. La chose a-t-elle été difficile à digérer ?

Sur le coup, tu te rends compte que tu ne vas pas faire les Jeux. Que tu t’es entraînée pour louper encore un gros événement qui est un peu le but de tous les sportifs. Il y avait beaucoup de déception, c’était assez dur à accepter et en même temps ça fait partie de la vie des sportifs en général et des skieurs en particulier. Les skieurs jouent aussi avec ça. On a des chances de se blesser autant à l’entraînement qu’en compétition car quand on veut être performante sur les courses, il faut prendre des risques, mettre de l’engagement et essayer d’être la meilleure possible à l’entraînement. Ça fait partie du jeu.

Vous avez déclaré ne pas vouloir vous rendre à Sotchi pour suivre les Jeux. Allez-vous quand même regarder les épreuves et encourager vos copines ?

Au début, je ne voulais vraiment pas suivre les Jeux. Ou de loin, sans passer mes journées devant la télé à ronger mon frein et à me dire que je devrais être là-bas avec les autres. Mais maintenant, avec peu de recul, je suivrai peut-être ça un peu plus.

Pour finir, peut-on savoir où se trouve votre médaille d'or de Schladming ?

Chez moi. Je n’ai encore rien fait autour mais ce serait dommage de la laisser dans un tiroir. Ça fait partie de mes grandes fiertés. Je ne vais pas non plus la mettre sous verre mais je vais essayer de lui trouver une petite place sympa.

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Propos recueillis par George Quirino