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Jacquemod : « Le bon moment pour arrêter »

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Ingrid Jacquemod, 32 ans, a décidé de ranger définitivement ses skis. Après 15 années de Coupe du Monde, la skieuse polyvalente de Val d’Isère ouvre sa boîte à souvenirs, de ses débuts auprès de grandes championnes comme Régine Cavagnoud ou Carole Montillet, à son unique victoire en Coupe du Monde (descente à Santa Caterina en 2005).

Ingrid, que ressentez-vous aujourd’hui, au moment de mettre un terme à votre carrière ?

C’est un mélange de plusieurs sentiments. Pour moi, la décision est arrivée naturellement. Donc je l’ai assez bien acceptée. Après, quand il faut l’annoncer à tout le monde, c’est différent, ça m’a beaucoup ému, c’est un moment assez fort. Les souvenirs, je n’y ai pas encore pensé, c’est surtout de tourner la page d’une grande partie de ce que j’ai fait dans ma vie jusqu’à maintenant, c’est un petit pincement au cœur. 

Vous dites que cette décision est venue naturellement… c’est-à-dire ?

J’ai fait ma saison comme je devais la faire, après il y a eu des moments difficiles, des moments d’échec, des petits rayons de soleil aussi puisque j’ai réussi à faire des « Top 5 » même si j’étais toujours à la recherche de mes sensations. A la fin de la saison, j’ai eu un petit peu d’appréhension en descente, et je me suis rendu compte que je n’avais plus forcément la flamme au fond de moi pour faire tout ce qu’il fallait pour passer outre cette appréhension, pour retrouver la confiance. J’ai vraiment senti que c’était le bon moment pour arrêter. L’exigence du sport de haut niveau ne laisse pas de place aux doutes, aux hésitations, et je pense que si j’avais décidé de continuer, je pense que j’aurais un peu triché avec moi-même, triché avec ce que je ressens au fond de moi, donc je préfère en rester là.

En quinze années d’équipe de France, quel regard portez-vous sur l’évolution du ski ?

Je pense que mon regard a changé, entre mes 17 ans et aujourd’hui, c’est forcément très subjectif. J’ai vu ces dernières saisons des générations de filles pleines d’énergie. Elles sont arrivées, et ont créé une émulation assez forte, et ça m’a vraiment aidé pour terminer. Quand je suis arrivée, les filles comme Carole Montillet, Régine Cavagnoud ou Leila Picard, ce sont des filles qui avaient un palmarès, et donc tout naturellement elles endossaient le rôle de leader dans un groupe. Moi je n’ai jamais voulu prendre cette place, mais inconsciemment, on le devient parce qu’on est celle qui a le plus d’expérience. Hier quand j’ai annoncé aux filles de mon groupe que j’allais ranger mes skis, les plus jeunes m’ont dit « Mais tu nous as tellement apporté… », elles étaient presque déçues que je parte, mais je leur ai répondu qu’elles aussi m’avaient apporté par leur insouciance, leur fraicheur.

Quel sera votre plus beau souvenir ?

Ma victoire en descente en Coupe du Monde en 2005 fut quelque chose de fort, parce que c’est une victoire forcément, mais parce qu’il y a eu aussi la manière pour arriver en haut de ce podium, j’étais allée vraiment très loin puiser au plus profond de moi-même. Et puis il y a aussi eu la saison 2010 (NDLR : 4e du classement de la Coupe du Monde de descente, 6e de celle de Super-G), parce que, en termes de régularité, ça a été vraiment sympa à vivre. Il y a eu des résultats et puis surtout tout ce que j’ai vécu autour. J’ai eu l’impression de savourer pleinement tout ce que je faisais sur mes skis.

Recueilli par R.M.