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Jean-Pierre Roy, le « Rasta Piquett »

Jean-Pierre Roy

Jean-Pierre Roy - -

A 47 ans, ce skieur amateur haïtien va s’attaquer au défi de sa vie : participer aux championnats du monde de Garmisch-Partenkirchen. Un challenge excitant qui doit l’aider à promouvoir l’image de son île encore meurtrie par le tremblement de terre de 2010.

La scène se passe début février à Orgerus (Yvelines). Dans la cour d’un pavillon. Un endroit, où faire du ski semble incongru. Pas de neige, pas de poudreuse. Mais une machine à ski sur laquelle s’exerce le propriétaire des lieux. « Elle m’aide à me muscler les cuisses », précise-t-il. L’homme n’est autre que Jean-Pierre Roy. Fondateur, président et unique licencié de la fédération haïtienne de ski. Et premier qualifié de son pays pour les championnats du monde de Garmisch-Partenkirchen, en Allemagne.

La démarche du bonhomme n’est pas un pari perdu entre amis. Un coup d’œil dans son garage suffit pour s’en rendre compte. C’est là que trônent la paire de chaussures, le casque de compétition et les quatre skis gracieusement offerts par la marque Rossignol, séduite par la détermination de ce chef d’une PME en service informatique de la région parisienne. Du matériel de pro pour aider Jean-Pierre Roy à réaliser son rêve.

Suite au tremblement de terre ayant meurtri son île en 2010, Roy veut réagir. Avec son ami et entraîneur Thierry Montillet – le cousin éloigné de Carole, championne olympique de descente en 2002 – il veut participer aux Mondiaux de Garmisch-Partenkirchen. Une idée née un an plus tôt, quelques minutes après le slalom géant dames de Val d’Isère et le passage sur la piste d’anonymes venus de pays sans montagne. Comme lui.

« Ne plus associer Haïti à la galère »

Le défi est complexe. Les obstacles administratifs nombreux. Mais le 6 novembre, la délivrance est là avec l’affiliation de sa fédération auprès de la FIS. La semaine suivante, Jean-Pierre Roy, 25e du slalom et 63e du géant de Val Thorens arrache son billet pour l’Allemagne. Et son surnom de « Rasta Piquett ». Interdiction toutefois de le comparer aux bobsleigheurs jamaïcains qui avaient marqué les Jeux d’hiver de Calgary, en 1988. « Moi, je suis là pour qu’on parle de mon pays, pas de ma performance. Je veux qu’on associe le nom d’Haïti à quelque chose qui ne soit ni une calamité, ni une galère. »

Roy est en mission. Celle de créer un élan de générosité envers les sinistrés d’Haïti. Celle, aussi, de favoriser l’intégration de nouveaux skieurs en vue des JO de Sotchi en 2014. Mais l’homme, qui skie « en moyenne une fois par semaine », a-t-il le niveau pour se frotter aux meilleurs ?

34e du slalom de Méribel, 40e à Chamonix, l’Haïtien, qui avait raté sa troisième étoile en classe de neige, devra mieux faire pour signer l’un des 50 temps qualificatifs pour le géant (18 février) et le slalom (20 février) des Mondiaux. « J’ai les jetons, confesse-t-il. Mais cette peur, les autres skieurs l’ont aussi. Alors même si j’ai un niveau de ski cent fois inférieur aux autres, j’ai l’impression d’être au même niveau. » Cela semble déjà être le cas. A Garmisch, la star, c’est lui. Photographes, caméras, télévisions, tout le monde se l’arrache. Les Vonn, Miller ou Cuche l’ont même déjà rencontré. La marque des grands.

Alix Dulac avec Jérôme Sillon à Garmisch-Partenkirchen