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Lizeroux : « J’ai songé 1000 fois à arrêter »

Julien Lizeroux

Julien Lizeroux - -

Après 34 mois d’absence, en raison d’une grave blessure au genou gauche, Julien Lizeroux sera au départ du slalom de Levi (Finlande), le 17 novembre prochain. Une première belle victoire pour l’ancien vice-champion du monde de slalom.

Julien Lizeroux, nourrissez-vous de grosses ambitions pour votre retour à la compétition ?

Les ambitions sont là, elles ont toujours été là. Mais ma première ambition, c’est tout simplement de me faire plaisir. Je crois que je reviens de très, très loin car il y a deux ans, ce n’était vraiment pas gagné. Il ne faut pas être trop gourmand. Bien sûr que j'ai envie de faire de belles choses. Mais je vais aussi devoir rester à ma place et rester bien lucide par rapport à mon niveau physique actuel. Mais voilà, j’ai retrouvé la vie d’équipe, je me suis entraîné dur et on a pu voir à Sölden que le groupe France était bien présent. J’ai vraiment envie de partager tous ces bons moments avec les copains.

Comment va votre genou ?

Il grince toujours un petit peu. Mais maintenant, je suis plus à l’écoute de mon corps. Je suis un peu moins « tout fou ». Avec beaucoup d’échauffement et des périodes de récupération plus importantes, j’ai pu faire toute la préparation normalement. Sur les skis, je gère encore un peu sur les journées d’entraînement. Mais finalement, je suis redevenu compétitif, mais pas comme je l’étais avant. Pour l’instant, je suis compétitif pour prendre le départ d’une course. Après, pour bien réussir une course, il y a deux manches. Il va falloir que je me qualifie pour la seconde manche.

Malheureusement, vous allez partir avec des dossards très élevés...

Retour 15 ans en arrière (rires). Quand je me suis blessé j’étais 5e mondial, aujourd’hui je suis 75e. Je peux espérer un dossard aux alentours du 65. Forcément, quand il y a plus de 60 skieurs qui sont partis avant nous, la piste s’est dégradée. Il y a déjà un petit problème de temps à cause de la piste, mais ça fait partie du jeu. Depuis que je me suis fixé cet objectif de retour, je sais que ça va être comme ça. J’ai donc essayé de m’entraîner un peu plus dans des conditions difficiles. Le plus important, c’est d’avoir la tête sur les épaules. On est super bien entouré, on a une bonne équipe, on a des bons coaches. On a fait le travail, mais il n’y a que la vérité de la compétition qui compte. Moi, c’est surtout ça que j’attends avec impatience et grand plaisir. Pouvoir enfin me remesurer, voir où j’en suis et savoir si le travail paye.

« Rien n'est impossible »

Les skieurs ne peuvent jamais être protégés en cas de grosse blessure ?

Il y a des statuts de blessés, qui sont assez compliqués à expliquer. Surtout, à partir du moment où on dispute un certain nombre de courses dans la saison, on ne peut plus prétendre à ce statut de blessé. Moi, c’était mon cas en 2011 car j’ai arrêté ma saison en milieu d’année. J’avais déjà effectué plus de cinq compétitions. Et donc, c’est mon classement de fin de saison qui a compté. Comme j’étais 30e mondial, j’ai pris deux années de pénalité dans les dents. C’est sûr que ça fait mal… Pour le bien des athlètes, je pense qu’il serait bien que les règlements évoluent, notamment pour les athlètes blessés. On est longtemps éloigné des pistes, on est touché dans notre chair physique et, en plus, il faut repartir très, très loin. C’est compliqué, mais pas insurmontable. On est malheureusement habitué à tout ça.

Pendant votre longue période d'absence, avez-vous songé à tout arrêter ?

Je crois qu’il y a plusieurs choses. Le doute fait partie intégrante de la carrière d’un athlète de haut niveau. C’est ce qui permet de se remettre en question et de repartir à l’entraînement tous les jours. Quand on est blessé, le doute est encore plus présent, surtout quand on a des blessures lancinantes. On me demande souvent si j’ai songé à arrêter. J’y ai songé 1000 fois. Mais avant de voir ce challenge sportif, j’avais surtout le challenge humain : retrouver une vie normale. Je suis un fan de sport, j’ai 34 ans et je n’avais pas envie de continuer ma vie en boitant, sans pouvoir skier et aller courir en montagne. Ce premier challenge est relevé. Après, on est des compétiteurs et on a toujours envie d’aller plus haut et plus loin. C’est pour ça qu’on se fixe des objectifs qui peuvent paraître impossibles. Mais je crois que rien n’est impossible. Il n’y a pas de limite.

Vous allez faire votre grand retour en Coupe du monde à Levi, le 17 novembre prochain. La deuxième manche est-elle un objectif ?

S’il y a une deuxième manche, ça sera tout bonus. Dans tous les cas, on est tous très, très motivés. L’hiver est arrivé dans les Alpes et on a hâte de pouvoir montrer de quoi on est capable.

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La rédaction