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Montillet : « J’ai basculé dans la peur »

Carole Montillet

Carole Montillet - -

LES DESTINS EN OR DU SKI FRANÇAIS. Championne olympique de descente en 2002, Carole Montillet raconte son retour gagnant au premier plan, après une grosse période de doute provoquée par la mort tragique de Régine Cavagnoud.

Carole, la descente de Salt Lake City est reportée. Est-ce que finalement, une partie de votre succès ne s'est-elle pas jouée à ce moment-là ?

Oui. Carrément. J’avais déjà fait tout le travail : la reconnaissance, la préparation de mon sac. J’avais pu regarder le temps qu’il me fallait pour aller à l’échauffement, le nombre de pistes que je faisais. J’avais déjà répété le scénario. J’avais croisé quelqu’un de chez Rossignol qui m’avait dit : « C’est génial que la course soit reportée. T’étais prête aujourd’hui. Demain, tu imagines ? Tu n’auras plus à penser à ça et tu pourras juste te concentrer sur le fait de skier et de te faire plaisir. » Ça m’a enlevé un poids.

Comment avez-vous géré cette course ? Sans pression ?

On a tous des histoires différentes. Je ne faisais pas du tout partie des favorites. Je skiais très bien à l’automne, j’avais des supers repères, de bons réflexes. J’allais vraiment vite et j’avais de grosses espérances à l’automne. Après, il y a eu le décès de Régine Cavagnoud. J’ai basculé dans la peur. De la vitesse, de mon sport. Tout s’est écroulé. Je n’étais plus heureuse. Les JO m’ont vraiment permis de me remettre sur pied. L’émotion qu’il y a, tous les athlètes, tout cet esprit sportif, ça m’a donné un bon coup de pied aux fesses. Et puis la descente était magnifique… J’étais contente de participer à ça. Je suis tombée très bas. Comme ça, j’ai pu remonter très haut (rires).

La peur s'est évanouie d'un coup ?

Oui. J’ai retrouvé la joie de vivre. J’étais heureuse d’être là. Il n’y avait vraiment que le côté sportif avec des gens hyper souriants. Alors bien sûr, l’atmosphère des Jeux est un peu pesante puisqu’on ne parle que de réussite de médaille, mais c’est une ambiance très saine.

Vous n'avez pas culpabilisé d'être heureuse après le décès de Régine Cavagnoud ?

Ça, c’était avant. Je me disais quelque temps après, quand on faisait les courses : « Pourquoi on est encore là ? »Après les JO, j’étais fière de montrer aux gens que lorsqu’on perd quelqu’un, il ne tient qu’à nous de nous relever.

Cette course olympique, c'était la première que vous réussissiez depuis le décès de Régine.

J’avais fait une 3e place aux Etats-Unis peu de temps après. Mais je commençais à dégringoler. Puis au mois de janvier, j’étais inexistante. J’étais à la 30e place. J’avais peur. Je ne skiais pas bien. Mais c’était surtout la femme en elle-même qui était touchée, qui était triste, qui n’avait plus rien dans le ventre.

Quel message aimeriez-vous adresser à ceux qui vont disputer leurs premiers JO d'hiver à Sotchi ?

Il faut juste se dire qu’on va vivre quelque chose d’unique pendant quatre ans. Il faut se servir de l’énergie qu’il y a autour de la cérémonie d’ouverture, de la rencontre avec les autres sportifs. Il faut regarder, en prendre plein les yeux. Une fois qu’on est sur les skis, il faut essayer de banaliser l’événement en se disant que ce que l’on va faire, on le fait tous les jours à l’entraînement. Les réflexes, les émotions vont revenir tout de suite. Il ne faut pas inventer quelque chose. Il faut se donner, sans avoir de regrets.

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La rédaction