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Saguez : « C’est la poisse ! »

Fabien Saguez

Fabien Saguez - -

Invité du Moscato Show ce mardi, Fabien Saguez était forcément triste après la grave blessure de Tessa Worley, qui ne participera donc pas aux JO de Sotchi. Le DTN du ski français est persuadé que la championne du monde de géant reviendra plus forte.

Fabien, quelle est votre réaction après la blessure de Tessa Worley ?

Enorme coup dur. On est malheureusement un peu habitué à ce genre de situation. Quand tu fais du ski, tu descends à la vitesse d’une moto. Tu n’as pas de carénage. De temps en temps, tu as des choses qui lâchent à la fin. Je ne veux pas forcément positiver. Chez les filles aujourd’hui, on est très clairement en difficulté. Il faudra jouer nos chances à fond, avec une outsider comme Anémone (Marmottan). Chez les garçons, il faut quand même dire qu’on a quatre ou cinq chances de médaille. Avec Théaux, Clarey, Grange, Pinturault ou encore Fanara, ça peut rigoler. C’est vrai que cette année, c’est un peu la poisse. On a trois filles qui étaient leaders de leur discipline. On les sentait bien, tous les voyants étaient au vert et au final, on se retrouve cul nu.

Fallait-il vraiment l'aligner sur ce slalom de Courchevel ?

On a toujours eu cette stratégie avec Tessa. C’est elle qui souhaite participer au slalom, une discipline où elle va chercher beaucoup de choses. Aujourd’hui, si elle a ce niveau en Super-G, c’est aussi parce qu’elle a maintenu ses objectifs en slalom. C’est ultra important qu’elle coure en slalom. Les filles sont quand même rentrées de Saint-Moritz en avion. Elles sont rentrées à Courchevel en seulement 1h15. Tout de suite après la course de dimanche, elles n’ont donc pas fait de route. Les sollicitations que Tessa a pu avoir entre dimanche et aujourd’hui, c’est quelque chose de connu. On s’était vraiment préparé à ça, elle avait beaucoup bossé physiquement. On joue sur plusieurs disciplines car sinon, derrière, elle n’est pas performante en géant. Chez les filles, les leaders sont des filles qui jouent sur deux ou trois disciplines au minimum. On l’a encore vu avec Tina Maze l’année dernière. Je crois qu’il n’y a pas d’erreurs stratégiques. Quand tu te fais prendre en slalom avec un gros niveau d’engagement, tu as un croisé qui lâche.

Est-ce qu'aurait participé à cette course si elle n'avait pas eu lieu en France ?

Je peux garantir qu’elle l’aurait fait. Que ça soit là ou en Autriche, comme ça peut parfois arriver en milieu de semaine, on l’aurait fait de la même manière. Très objectivement, il n’y a pas de raison à sa blessure. C’est un peu la fatalité. On pourrait dire qu’on a eu des mauvais tests physiologiques et qu’elle était dans une phase de fatigue ou qu’elle a vécu un choc posologique particulier. On en trouve de réelles raisons mais aujourd’hui, elle était en pleine bourre. Elle a bossé comme une folle cet été, elle skiait au niveau des garçons. Elle a juste eu un début de saison difficile, même si elle vient deux fois dans le Top 10 en Super-G. Les voyants étaient au vert. Si elle ne faisait pas le slalom aujourd’hui, on faisait clairement un refus d’obstacle. On s’est toujours servi du slalom pour faire progresser Tessa. Et ça a marché ! La preuve, l’année dernière, où on avait fait exactement le même programme et on l’a emmené vers le titre de championne du monde.

C'est un coup dur pour l'équipe de France féminine...

C’était la leader de l’équipe. Il faut le dire parce que c’est la plus capée, c’est la plus solide. Elle a des titres, elle a des victoires en Coupe du monde, elle a aussi fait son histoire avec des sacrées réactions dans sa carrière. On perd la leader aujourd’hui, mais on doit continuer à s’accrocher et à travailler. Elle va revenir plus forte que jamais. On a toujours vu que le potentiel de nos skieurs blessés ces dernières années n’était pas entaché. Elle ne sera pas aux Jeux, ça nous prend vraiment la tête. Mais il y aura des championnats du monde l’année prochaine à Beaver Creek.

Savez-vous comment va-t-elle ?

Je ne l’ai pas eu directement. Il faut quand même respecter une certaine forme d’intimité. Il y a les médecins autour. Les médecins m’ont dit qu’elle était dans la phase d’acceptation. Ce sera encore un peu difficile. Elle s’exprimera demain (mercredi) après avoir vu le chirurgien. Ça va lui faire du bien de discuter avec des gens qui la rassurent. Derrière, elle rentrera dans son processus et se remettra la tête à l’endroit au fur et à mesure des courses.

Les objectifs à Sotchi changent-ils ?

Non, absolument pas. On reste sur 15 médailles. Tessa avait une chance de médaille en géant. C’est comme ça, ça fait partie de notre quotidien. On ne change pas les objectifs en cours de route. On est suffisamment conscient de notre situation.

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La rédaction