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Ski alpin: haro sur les drones

Un drone derrière un skieur lors de la descente de Wengen (Suisse) en 2012

Un drone derrière un skieur lors de la descente de Wengen (Suisse) en 2012 - AFP

A deux doigts d’être pris dans la chute d’un drone ce mardi lors du slalom de Madonna di Campiglio (Italie), Marcel Hirscher a évité le drame de peu. Une mésaventure qui a poussé la Fédération internationale à clarifier sa position sur les drones, désormais bannis des épreuves de Coupe du monde.

C’était une première sur une manche de la Coupe du monde de ski. Et une dernière avant très, très longtemps. « On ne verra plus un drone sur une course pendant un moment », lâche-t-on du côté de la Fédération française de ski. Au lendemain du crash de drone auquel Marcel Hirscher a échappé d’un rien sur la piste de slalom de Madonna di Campiglio, les instances du grand cirque blanc n’ont pas hésité à prendre des décisions fortes. « La Fédération internationale de ski bannit les drones caméras des courses de Coupe du monde », a expliqué la FIS dans un communiqué.

Directeur de la compétition masculine à la FIS, qui a ouvert une enquête suite à l’accident évité par Hirscher pour « comprendre ce qui s’est passé », Markus Waldner a confirmé la chose dans un entretien à l’agence AP : « Les drones seront interdits tant que je serai responsable car ils sont mauvais pour la sécurité ». L’agence de marketing sportif InFront, détentrice des droits télé de l’épreuve et responsable du drone, a elle aussi réagi via un communiqué : « Cet incident est pris très au sérieux. Les circonstances qui y ont mené sont actuellement examinées avec des analyses techniques poussées ».

Différences de législation

« Plusieurs causes peuvent entraîner la chute : une coupure de la batterie, une perte totale d’énergie, indique Michaël Gisselere, gérant de la société FreewayDrone, qui travaille notamment avec le Tour de France. Il y a forcément des erreurs techniques car c’est de l’informatique et de l’aéronautique. » Courant dans d’autres compétitions de sport d’hiver, où il permet d’apporter des images spectaculaires et des angles inédits, mais inédit en ski alpin, où ils étaient jusque-là utilisés pour des prises de vue en dehors de la piste (un crash dans ces circonstances était arrivé lors de la descente de Wengen, en Suisse, en 2012), l’usage des drones diffère selon les pays et la législation en vigueur.

Interdite en Autriche, en Suisse ou en France, l’utilisation de ces engins au-dessus d’une foule est permise en Italie, cadre du slalom de mardi. « J’y avais pensé pour des intégrations sur les matches de foot mais il y a le problème du public, confirme Laurent Lachand, réalisateur pour Canal Plus. Il n’y a pas d’autorisation, c’est impossible. Et avec l’état d’urgence, ce serait encore plus mal vu d’utiliser un drone. » Certains cadres le permettent pourtant en jouant sur la loi.

Un impact sur le business grand public ?

« Cet accident aurait pu arriver en France, confirme Michaël Gisselere. Rien ne nous interdit de survoler une zone sportive. Il y a juste des règles qui nous interdisent d’être au-dessus des sportifs ou à 30 mètres d’un regroupement de personnes. Je pense que l’erreur a été de survoler l’épreuve de ski. Il n’y a aucun intérêt car une cable cam va faire mieux que le drone et sans aucun risque. Ça fait trois ans qu’on travaille sur le Tour de France. Deux mois avant le départ, on fait tout ce qui est patrimoine. On fait fermer les églises, les rues, pour qu’il n’y ait personne sous notre machine. Le drone, c’est bien sur les endroits inaccessibles. Mais il y a des paliers à respecter, des protocoles à faire avec les aéroports, des check-lists sécuritaires. On ne peut pas éviter le crash mais on peut minimiser les risques. Sur des sujets sensibles, notre drone est raccordé à un filin de sécurité pour le ramener et le faire atterrir où l’on souhaite. Il existe des systèmes de parachute mais si le drone était à 30 mètres d’altitude, ça n’aurait servi à rien. »

Reste une question. Et si la mésaventure de Marcel Hirscher avait des conséquences sur la vente des drones au grand public ? Avec Hexo +, un projet de caméra portative sur drone qu’il a développé depuis près de deux ans en financement participatif, Xavier De Le Rue se trouve en plein cœur du problème. « Il faut toujours s’attendre à ce qu’un drone puisse tomber, lance le snowboardeur français, lancé dans le tournage d’un film 100% réalisé par lui-même avec ses drones. Donc la règle de base, c’est de ne jamais voler au-dessus de personne. Sur une piste de Coupe du monde, ils auraient facilement pu faire un couloir drone décalé du skieur et de la foule et il n’y aurait eu aucun souci. C’est une erreur humaine. Cette histoire n’est pas idéale car ça amène une mauvaise image sur les drones. A court terme, les gens vont peut-être regarder les drones de manière différente mais c’est un cas extrême avec un drone professionnel, gros, très lourd et qui requiert des conditions de sécurité strictes qui n’ont pas été suivies. Le nôtre est petit, ne fait qu’un kilo et demi et les risques n’ont rien à voir avec ça. »

A.H. avec M.M. et C.G.