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Boxe: Errol Spence Jr, le (deuxième) retour du miraculé

Opposé ce week-end au Texas à Yordenis Ugas, champion WBA, Errol Spence Jr peut rajouter une troisième ceinture à ses titres WBC-IBF des welters (en direct à partir de 3h dans la nuit de samedi à dimanche sur RMC Sport 1). Un choc en forme de deuxième retour pour l’Américain, qui n’a plus combattu depuis seize mois en raison d’un décollement de la rétine de l’œil gauche après avoir déjà été inactif plus d’un an suite à un grave accident de voiture. Et qui cherchera à prouver qu’il n’a rien perdu de ses immenses qualités.

Errol Spence Jr peut-il redevenir lui-même? La question qui entoure le champion WBC-IBF des welters avant son choc d’unification à trois ceintures de ce week-end contre le détenteur du titre WBA Yordenis Ugas (27-4, 12 KO) semble la même que celle qui accompagnait son dernier combat en date. Logique. Car sans être similaires, les circonstances se ressemblent. Celles d’un retour très attendu après un événement qui aurait pu lui coûter cher et une longue période d’inactivité forcée. Quand le boxeur américain invaincu (27-0, 21 KO) a battu Danny Garcia sur décision unanime pour conserver ses couronnes en décembre 2020, il sortait de plus d’un an sans combattre après un grave accident de voiture.

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Début octobre 2019, quelques jours après avoir battu Shawn Porter sur décision partagée pour ajouter la ceinture WBC à la version IBF conquise deux ans et demi plus tôt en Angleterre contre Kell Brook, un Spence sous l’influence de l’alcool détruit sa Ferrari dans un accident sans autre véhicule impliqué qui le laissera plusieurs semaines à l’hôpital en condition critique. Envoyé "à près de dix mètres dans les airs" (selon ses propres mots) car il ne portait pas de ceinture de sécurité avant de s’écraser sur le béton, l’homme habitué à se battre dans un ring doit alors se battre pour sa vie. "Je ne me souviens de rien à partir du crash et pendant les trois semaines suivantes, raconte-t-il au micro du podcast The Pivot. Tout est effacé de ma mémoire."

Lacéré de partout, son visage est défiguré. "J’étais tellement enflé que je ne me reconnaissais pas moi-même", expliquait-il en 2020 sur le site du magazine The Ring. Mais dans le drame, un miracle a eu lieu: aucun os cassé. En danger vu la gravité de l’accident, sa carrière peut repartir. Tout ce pour quoi il avait travaillé si dur ne disparaîtra pas. Après avoir battu Garcia, "The Truth" ("la vérité", son surnom) voit même le plus beau combat de sa carrière se profiler. Un choc contre l’illustre Manny Pacquiao, prévu pour août 2021. Mais patatras. Moins de deux semaines avant de croiser les gants avec la légende philippine, Spence ressent une douleur à l’œil gauche pendant une session de sparring. Le verdict médical tombe: décollement de la rétine.

Frustrant, très frustrant. Au point de le voir vouloir prendre tous les risques. "J’ai voulu combattre avec ma rétine décollée, vraiment. J’étais prêt à signer quelque chose pour qu’on me laisse combattre, même si c’était peut-être la dernière fois. Mais mon médecin m’a dit qu’il ne pouvait pas laisser faire ça car il y avait de grandes chances que je ressorte du ring avec seulement un œil." Adieu au combat contre Pacquiao, pour lequel il sera remplacé par… Ugas, qui en profitera pour confirmer son rang de champion WBA des welters et envoyer "Pacman" à la retraite, et place à une opération avant une nécessaire période de repos pour se remettre. Résultat? A l’heure d’affronter Ugas, Spence n’est plus remonté dans un ring depuis seize mois.

Mais pas question de petit combat pour relancer la machine. Comme avec Garcia après l’accident de voiture, le champion WBC-IBF des welters se lance direct un sacré challenge avec ce choc contre le détenteur du titre WBA pour unifier les trois ceintures et tenter de prouver qu’il est toujours au sommet malgré les épreuves. Risqué? Certes. Mais le garçon se veut rassurant. L’approche de ce retour lui a paru bien plus simple que celle du précédent. "La période sans combattre a été plus facile pour moi après cette blessure qu’après mon accident car c’était beaucoup moins de stress pour mon corps. Et mentalement, j’étais prêt à ce que j’allais traverser. J’étais de retour à l’entraînement avant que mon camp pour ce combat ne démarre donc je suis prêt."

Mais son œil, dans tout ça? Bien remis? "Tout va bien. J’ai pris quelques coups en sparring mais je me suis bien senti au niveau de mon œil. Je ne suis plus monté dans le ring depuis un an et demi mais je suis resté concentré et je me suis entraîné presque tous les jours. Je me sens très en forme. Pour mes derniers combats, je n’avais pu vraiment me préparer que pendant deux mois. Mais je suis à la salle depuis six mois à me préparer pour ce retour." Il arrive même à sourire des circonstances: "La moitié de moi battrait la plupart des gars au top niveau dans ma catégorie. Je me sens très bien désormais et je suis à 100%." A 32 ans, et après toutes ces péripéties, Spence n’a pas de temps à perdre. Il a seulement un Graal à décrocher. "Je veux être le champion du monde incontesté des welters et c’est une nouvelle marche vers cet objectif."

Errol Spence Jr (de face) contre Danny Garcia, son dernier combat en date, en décembre 2020
Errol Spence Jr (de face) contre Danny Garcia, son dernier combat en date, en décembre 2020 © AFP

Il faudra d’abord franchir l’obstacle Ugas, pas favori mais à ne surtout pas prendre à la légère avec son jab efficace et sa belle gestion de la distance, d’autant que le Cubain est à l’aise face aux gauchers comme Pacquiao ou… Spence, contre qui il affiche un bilan de 6-1. "C’est un grand guerrier, estime ce dernier, qui possède lui aussi un très bon jab et qui paraît plus puissant, plus rapide et meilleur défenseur que son adversaire. Pour moi, il avait battu Shawn Porter en 2019 (le Cubain avait concédé une défaite sur décision partagée alors qu’il combattait pour la première fois pour un titre mondial, la ceinture WBC, mais beaucoup l’avaient vu gagnant, ndlr). Il a aussi battu Manny Pacquiao avec une blessure au bras. Mais je ne le vois pas comme un problème épineux. Je pense qu’on le voit plus beau qu’il ne l’est. Ce combat va être ajouté à mon héritage."

S’il le remporte, celui qui se considère comme "le gros poisson de la catégorie" pourra ensuite penser à Terence Crawford, le champion WBO, désormais libre de tout engagement avec un promoteur après son départ de Top Rank, pour mettre en place dans quelques mois une unification totale à quatre ceintures dans un des chocs les plus attendus du monde du noble art depuis plusieurs années pour définir le meilleur welter actuel et le meilleur boxeur américain en activité. "Est-ce qu’on va voir le combat contre Crawford? Absolument, annonce-t-il. Je vais prendre cette troisième ceinture mais il me manquera la dernière, et ça passe par lui."

Face à Ugas, tout sauf une partie de plaisir pour un retour, il aura l’occasion de prendre rendez-vous avec son compatriote-rival. Et de lui lancer un message? Si Crawford a stoppé ses neuf derniers adversaires avant la limite, Spence reste sur trois décisions. Mettre un KO au champion WBA cubain, envoyé deux fois au sol chez les pros mais qui n’a jamais perdu avant la limite, aurait donc tout de l’avertissement. Et l’intéressé pense être en mesure de le faire malgré ces longs mois loin de la compétition. "J’ai ajouté un nutritionniste pour ce camp et c’était l’ingrédient manquant, détaille-t-il. J’avais du mal à faire le poids et je pense que c’est la raison pour laquelle je n’ai pas mis de KO dans mes derniers combats. C’est le premier camp où je n’ai pas eu à faire du sauna en combinaison pour perdre du poids. Ça me fait vraiment du bien."

Spence, résident texan qui sera à domicile dans un AT&T Stadium maison des Dallas Cowboys (NFL) qui l’accueille pour la troisième fois sur ses quatre derniers combats, est en mission pour son retour. Avec aussi une nouvelle philosophie de vie conséquence de cet accident de voiture où il a frôlé le pire. "C’était comme un réveil. Cela m’a donné de la perspective sur les choses importantes. Ce qui compte, c’est la famille, les proches, mes enfants. Ce qui reste quand tout est fini. Ce crash a aidé à sauver ma carrière et ma vie. Cela m’a remis dans le droit chemin. (…) Tu penses que tout est acquis jusqu’à ce que tu sois allongé dans un hôpital à te demander ce qui t’est arrivé. Tu ne te rends pas compte de ce que tu as jusqu’à que tu sois proche de le perdre. A l’hôpital, il y a eu beaucoup de nuits où je me suis maudit en me disant que j’avais failli tout gâcher." La vie lui a offert une autre chance. Plusieurs, même. Errol Spence Jr compte bien les exploiter.

https://twitter.com/LexaB Alexandre Herbinet Journaliste RMC Sport