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Boxe: Pourquoi Oubaali a une énorme carte à jouer avec sa défense de titre au Japon

Champion WBC des coqs depuis janvier, Nordine Oubaali défend sa ceinture pour la deuxième fois ce jeudi. Un combat une nouvelle fois loin de la France, au Japon, face au talentueux boxeur local Takuma Inoue et qui pourrait ouvrir la voie à un énorme choc d’unification contre son frère Naoya, star de la catégorie.

Il va falloir gagner à l’extérieur. Encore. Mais le garçon est un homme de défis. Champion du monde WBC des coqs, Nordine Oubaali avait remporté sa belle ceinture verte – alors vacante – en janvier dernier dans le pays de l’Américain Rau’shee Warren, à Las Vegas, un exploit XXL à la hauteur du talent du boxeur de Bagnolet. Et après une première défense victorieuse en juillet face au Philippin Arthur Villanueva au... Kazakhstan, le premier Français sacré dans cette catégorie depuis Alphonse Halimi soixante-deux ans plus tôt remet son titre en jeu ce jeudi à Saitama (Japon) face au local Takuma Inoue. En terre hostile, donc, mais rien qui ne puisse impressionner celui qui avait vu des injustices briser deux fois son rêve olympique (2008 et 2012) avant de passer professionnel en 2014 et de rester invaincu jusque-là (16-0 ; 12 KO). "On attend plus de 40.000 personnes, toutes les places sont vendues, ça va être une grosse ambiance, confirme le champion à RMC Sport. Mais en même temps, le public est très sportif car plusieurs personnes sont venues m’encourager et me demander des autographes. Je m’attends à une très bonne ambiance."

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"Mon but serait de boxer le grand frère mais je n’ai pas toutes les cartes en mains"

A trente-trois ans, celui qui a basculé chez les pros sur le tard n’a plus de temps à perdre. Alors ce genre de challenges, il les croque avec appétit. "C’est principalement pour ça qu’on fait de la boxe et du noble art: défier tout le monde et défier des boxeurs dans leur propre pays, sourit-il avec envie. J’ai été chercher mon titre dans un terrain adverse et aujourd’hui je défends ma ceinture au Japon. La victoire sera encore plus belle car je défends ce titre dans un pays étranger. Comme d’habitude, je ferai en sorte de ne laisser aucun doute. Je ne me mets pas la pression plus que ça. C’est moi le champion, c’est à lui de venir chercher le titre. Et on va faire le job." Il a tous les atouts pour. Plus expérimenté, meilleur puncheur, actif quand son adversaire n’a plus boxé depuis décembre dernier pour préserver son titre intérimaire WBC et sa place de challenger officiel et obligatoire, Oubaali a les armes pour franchir l’obstacle du petit frère.

Nordine Oubaali et sa ceinture de champion WBC des coqs
Nordine Oubaali et sa ceinture de champion WBC des coqs © Icon Sport

Petit frère? C’est là que les choses deviennent intéressantes pour celui dont notre consultant Brahim Asloum, ancien champion du monde des mi-mouches, parle (à raison) comme du "meilleur boxeur français" actuel. Car le combat principal de la carte de Saitama opposera un autre Inoue bien plus star, son frangin Naoya, au Philippin Nonito Donaire dans une très attendue finale du tournoi World Boxing Super Series des coqs, ceintures IBF, WBA Super et The Ring en jeu. Et forcément, on voit l’énorme carte à jouer pour le Français: battre Takuma devant son public et espérer voir Naoya, ultra favori de son combat, faire de même pour poser les fondations d’un futur super combat d’unification au Japon avec la superstar locale qui tente de "venger" son frère dans une salle comble. "On aimerait bien, ce serait une histoire intéressante pour le public, salive d’avance Oubaali. Mais la WBC a son mot à dire. Il faut voir ce que mon manager va me proposer en termes d’opposition et de plan de carrière, ce qui est mieux pour moi. Mon but serait de boxer le grand frère mais je n’ai pas toutes les cartes en mains."

"J’ai la chance d’être dans l’âge d’or de la catégorie des coqs"

Et d’enfoncer le clou pour The Ring: "Je suis sûr que si Naoya gagne, il demandera de m’affronter pour venger son frère. Qui ne serait pas heureux de l’affronter? Je veux combattre les meilleurs de ma catégorie et montrer que je suis le meilleur." Il faudra toutefois patienter. La WBC a en effet annoncé, lors de sa dernière convention en octobre, qu’il devrait en cas de victoire défendre ensuite son titre contre l’impressionnant Mexicain Luis Nery (30-0, 24 KO ; 24 ans), ancien détenteur de la ceinture qui avait dû l’abandonner après un contrôle positif en 2017 puis n’avait pas pu la regagner après avoir raté le poids lors de sa deuxième victoire sur le Japonais Shinsuke Yamanaka en mars 2018, où le Portoricain Emmanuel Rodriguez (19-1, 12 KO ; 27 ans), qui s’affrontent le 23 novembre à Las Vegas sur la carte du combat Deontay Wilder-Luis Ortiz II. Dans son viseur, on peut aussi trouver le Sud-Africain Zolani Tete (28-3, 21 KO ; 31 ans), détenteur de la ceinture WBO des coqs qu’il remet en jeu le 30 novembre en Grande-Bretagne (Birmingham) face au Philippin John Riel Casimero.

Bref, si la perspective Naoya Inoue est la plus clinquante, de multiples voies sont ouvertes pour l’avenir en cas de succès sur Takuma. "J’ai la chance d’être dans l’âge d’or de la catégorie des coqs, explique l’intéressé. Dans les petites catégories, on n’a jamais eu de boxeurs avec des ratios de KO aussi impressionnants. Les affronter me permettrait de marquer encore plus mon histoire et la boxe tricolore." Avec toujours dans un coin de la tête l’espoir de pouvoir défendre sa ceinture en France, où l’économie faiblarde de la boxe et le manque de soutien ne lui permettent pas de boxer pour l’instant. "Offrir à mon public et à mon équipe le fait de défendre ma ceinture en France serait un rêve pour moi, appuie-t-il. Ça permettrait aussi de montrer qu’un titre WBC en France, ça n’a pas été fait depuis très longtemps, et qu’on est capable d’organiser un tel événement chez nous."

"Imposer mon rythme pour le faire flancher et gagner le combat sans aucune discussion" 

En attendant, et pour continuer à tirer des plans sur la comète, il faudra battre Takuma Inoue (13-0, 3 KO ; 23 ans), qui dispute un championnat du monde le même soir que son frère pour la première fois (les deux pourraient avoir trois ceintures des coqs après ce jeudi!). Pas une mince affaire, surtout quand l’autre parle de "victoire obligatoire" et qu’on doit aussi envoyer un message de son côté. "Je pense que je dois gagner ce combat clairement, avance-t-il pour The Ring. L’important est de montrer mon potentiel et de démontrer que je peux boxer et que je suis spectaculaire." Favori du combat pour les bookmakers, Nordine fera face à un combattant moins puissant que son frère mais très doué sur le plan de la boxe pure à la belle technique façonnée par leur entraîneur de père, Shingo, qui a sans doute su le garder bien en forme pendant ses plus de dix mois sans remonter sur le ring.

Nordine Oubaali (à gauche) lors du combat contre l'Américain Rau’shee Warren qui lui a permis de devenir champion WBC des coqs en janvier 2019
Nordine Oubaali (à gauche) lors du combat contre l'Américain Rau’shee Warren qui lui a permis de devenir champion WBC des coqs en janvier 2019 © AFP

"Il est technique, il bouge beaucoup. C’est typiquement de la boxe asiatique, analyse Oubaali. Moi, je dois faire mon truc, tout simplement. J’ai été champion du monde grâce à mes qualités, et ma qualité première est l’adaptation à mon adversaire. Mon but sera de m’adapter et d’imposer mon rythme pour le faire flancher et gagner le combat sans aucune discussion." Et celui qui est entraîné et managé par son frère Ali de compléter pour The Ring: "C’est un bon combattant, invaincu, mais il n’a jamais affronté quelqu’un comme moi, il n’a aucune expérience face à un boxeur puissant comme moi. Je vais devoir prouver que je suis le plus fort, le numéro 1." Certains pensent qu’il devra éviter la décision pour empêcher la mauvaise surprise, lieu du combat oblige. Mais le Japon n’est pas le pays où les injustices pugilistiques en faveur des locaux sont les plus évidentes, bien au contraire, Hassan N’Dam peut en témoigner avec sa victoire sur Ryoto Murata pour le titre WBA "régulier" des moyens en mai 2017 alors qu’il semblait avoir été dominé. 

"Boxer dans une telle soirée, c’est énorme pour moi et pour ma carrière"

Le Français a pourtant bien conscience du côté vers lequel basculeront les cœurs du public, aucune salle japonaise n’ayant accepté de lui ouvrir la porte pour sa préparation finalement effectuée en grande partie au Kazakhstan. "Ça va être chaud, on le sait, prévoit Oubaali. Ils sont patriotes et ils vont défendre leur boxeur. Mais comme je dis: je suis chez moi partout. Le ring, c’est chez moi et c’est là que j’appliquerai mon plan. J’avais envie de boxer au Japon: il y a de gros combats qui peuvent se faire ici. Ils ont une vraie envie de boxe. Quand on voit que 40.000 places ont été vendues en quelques temps, c’est énorme. Dans mon avenir, c’est possible de faire encore d’autres gros combats ici. Boxer dans une telle soirée, c’est énorme pour moi et pour ma carrière." Elle pourrait ouvrir à terme sur Naoya Inoue et un combat à trois ceintures au moins. Aucun boxeur français n’a jamais été champion du monde unifié et incontesté de sa catégorie dans l’histoire du noble art. La route est encore longue, très longue. Mais Nordine Oubaali ne compte pas s’arrêter en si bon chemin. "Je n’ai pas encore atteint mon sommet, vraiment pas, conclut-il pour The Ring. J’ai encore beaucoup de choses à apprendre et de quoi progresser. Plus je combats, meilleur je suis." La moitié de la famille Inoue va peut-être l’apprendre à ses dépens. Avant l’autre?

Alexandre HERBINET (@LexaB)