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Chamagne : « Gaël est un peu déprimé »

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Touché à un genou Gaël Monfils vit une année noire en 2012. Son préparateur physique, Patrick Chamagne, reconnaît que le tennisman français traverse actuellement de longs moments de doute mais il assure que le Parisien remontra la pente.

Patrick, comment se porte Gaël Monfils aujourd’hui ?

Il va bien, autant qu’il puisse aller bien puisqu’il ne joue pas au tennis donc il est un peu déprimé. Sa blessure au genou persiste et on ne veut pas se précipiter. On respecte le protocole médical et on attend. Mais il continue à s’entretenir, il fait de la musculation et de la course en ligne. Tant qu’il n’y a pas de reprise d’appui, son genou réagit très bien. Quand il y en a, c’est un peu plus délicat.

A-t-il la même pathologie que Rafaël Nadal ?

Ce n’est pas du tout la même chose. Pour Nadal c’est un problème de tendon alors que Gaël a un souci de rotule bipartite. Depuis sa naissance, il a sa rotule en deux parties. Ça créé une inflammation dans l’interstice entre les deux parties de rotule qui lui crée une gêne. Jusqu’à présent il ne s’était pas soigné. Il a fait une infiltration et on est dans l’attente de voir quand il pourra reprendre. On a fait des allers-retours, au départ on devait faire Toronto-Cincinatti lors de la tournée US. On s’est limité à Winston-Salem et l’US Open. Bilan de l’opération : on ne fait rien. Donc la reprise est prévue au 23 septembre au tournoi de Metz normalement.

Gaël a accepté pour la première fois de s’en remettre à la médecine traditionnelle avec une infiltration.

Quel est son état d’esprit par rapport à la médecine ?

Il faut arrêter de penser qu’il est particulier ou différent des autres. J’entends de tout à son sujet depuis qu’il ne joue plus : qu’il n’est pas sérieux, etc. Là il a vu un diététicien, il suit un régime. Depuis qu’il est tout petit, Gaël n’acceptait pas la prise en charge par la médecine traditionnelle. Là il a accepté. Mais je ne pense pas qu’il y ait une relation de cause à effet entre le fait qu’il ne reprenne pas et le fait qu’il ait accepté des soins médicaux. Il a une contrainte importante sur ce genou. Et depuis sa première année professionnelle sur le circuit senior, il n’a jamais fait une saison complète. Donc le problème vient de là, il faut qu’on compose en fonction de ça, il faut s’adapter.

« Son hygiène de vie est parfaite »

On sait qu’il fait aussi une allergie au fromage. Y a-t-il un rapport ?

Il y a beaucoup de gens qui font des allergies à tout un tas de choses. Gaël a un foyer allergique au fromage, ce sont des choses qui arrivent. Ça lui a bousillé le tournoi de Madrid parce qu’il avait mangé des toasts avec du fromage. Il n’est pas particulier, il a un foyer allergique comme beaucoup de gens dans le monde entier. Mais quand vous le voyez faire ses sauts et ses glissades vous êtes les premiers à vous émerveiller. Mais après, on me dit qu’il est fragile. Il a un jeu exigent, spectaculaire. Mais je ne pense pas que ce foyer allergique soit lié à ses blessures. Sa rotule c’est un problème de naissance, c’est congénital. Il a un problème à la naissance.

Est-il conscient qu’il doit adopter une attitude différente pour ne pas mettre sa carrière en danger ?

Il ne faut pas changer Gaël, son hygiène de vie est parfaite. Je le vis au quotidien Gaël. C’est quelqu’un qui ne boit pas une goutte d’alcool, qui ne fume pas. Quand il sort, c’est une séance de physique parce qu’il ne fait que danser. Il a 25 ans, il fait en fonction de son âge. Il faut composer avec ça. Il a été numéro 7 mondial et il disputé deux finales à Bercy, ce n’est pas par hasard. Son niveau de tennis, il l’a. Il a simplement pris conscience que le sport de haut niveau demande de faire des compromis. Au niveau diététique, il a supprimé des choses comme le soda. Mais quand vous avez 25 ans, que vous faites ça pendant trois mois et que vous ne pouvez toujours pas jouer, vous vous demandez « à quoi ça sert ? »

Comment vit-il cela ?

A l’heure actuelle, je gère un Gaël qui est dans une interrogation permanente en se demandant « à quoi ça sert de faire tout ça ? A quoi ça sert que j’aille faire du développé-couché alors que je ne peux pas jouer ? A quoi ça sert d’aller faire mon footing alors que je ne peux pas jouer ? » Il est dans cette spirale-là. C’est à son entourage et à son kiné de lui montrer que ce sont les bonnes choses. Mais, demain sur un terrain Gaël glissera comme avant, il sautera comme avant parce que sinon ça ne sera plus Gaël et il ne retrouvera pas la place qu’il avait. Des sportifs de haut niveau qui sont blessés et qui restent indisponibles pendant quatre ou cinq mois, il y en a. Tsonga a eu à peu près le même problème, on ne peut pas dire qu’il en ait souffert, il joue très bien et il est plus âgé que Gaël. Nadal traverse aussi une période délicate, mais il reviendra aussi fort. La blessure il faut l’intégrer dans le sport de haut niveau.