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Noah, Tsonga, les Bisounours: Clément livre sa part de vérité

Arnaud Clément

Arnaud Clément - AFP

Capitaine de l’équipe de France de Coupe Davis battue par la Suisse en finale (1-3), Arnaud Clément était ce mardi l’invité du Super Moscato Show sur RMC. L’occasion de faire un peu son mea culpa et de revenir sur tous les sujets autour de cette défaite. Et notamment la sortie médiatique remarquée d’un certain Yannick Noah.

Les critiques de Yannick Noah sur la préparation des Bleus

« J’ai été choqué par ce qu’il a dit par rapport à nous, à notre préparation. Qu’on n’était pas prêt, que la finale était perdue avant de rentrer sur le terrain. J’ai trouvé ça profondément choquant parce que Yannick n’était pas là à Bordeaux pendant notre préparation. Il n’était pas présent à Lille. Pouvoir se prononcer comme ça… Sur quoi se base-t-il ? J’ai été touché parce que moi, Yannick, je l’adore. J’ai du respect pour lui, ce qu’il est, sa carrière. C’est un immense monsieur. C’est pour ça que ça me touche d’autant plus. Je le prends comment une attaque personnelle, mais aussi contre mes joueurs. Il y a des choses dont on peut discuter. Mais il y a des critiques que je ne peux accepter quand elles sont fausses. Il faudra en parler avec lui, bien sûr. J’espère qu’on le fera bientôt car là on se répond par presse interposée et c’est dommage. On va mettre les choses à plat et je suis persuadé que Yannick a beaucoup à apporter au tennis français. Est-ce que je pourrais travailler avec lui ? Je ne sais pas. Par contre, je me dis qu’attaquer en frontal n’est pas le meilleur moyen de se rapprocher… Je discute beaucoup avec les joueurs et ils sont touchés par ces propos. C’est également une attaque contre eux. Il faut laisser un peu retomber les choses puis discuter avec Yannick. »

Des regrets après la défaite en finale contre la Suisse ?

« Ce qui s’est passé à Lille était logique. Les meilleurs ont gagné. On peut réfléchir à comment être meilleur, essayer de se hisser à un niveau supérieur pour les inquiéter et pourquoi pas les battre. Là, on en était très loin. A moi aussi, bien sûr, de réfléchir à comment m’améliorer. Ce n’est pas parce que les meilleurs ont gagné qu’on n’aurait pas pu faire mieux. Mais même en faisant mieux, je pense que ça ne passait pas. L’écart était trop important. On m’a dit qu’il n’y avait pas la petite étincelle. Mais les Suisses ont éteint cette étincelle, ils l’ont empêchée de s’allumer ! C’est dur de sauter dans tous les sens, de serrer le poing et d’haranguer la foule quand les jeux défilent contre soi… Ça ne veut pas dire qu’on ne se bat pas. Alors c’est plus une bataille intérieure, sur soi, et mon rôle était alors très important aux changements de côté. Peut-être que je peux encore être meilleur dans ces moments où ils subissent. Mais une nouvelle fois, l’écart était flagrant sur le terrain. Il fallait créer un exploit à chaque match. Gaël est le seul qui est parvenu à le faire pendant cette finale. Ce n’est pas parce qu’on a une préparation quasi parfaite et un bon esprit d’équipe qu’on va créer l’exploit. On s’est mis dans les meilleures conditions pour le faire mais ça ne passe pas à chaque fois. »

La polémique Jo-Wilfried Tsonga

« Il a eu une blessure un mois et demi avant la finale. Il a pris beaucoup de précautions car il avait déjà raté la finale en 2010 et il ne voulait pas louper celle-là. Il a joué à Bercy. Quand il est arrivé au stage, il était bien. A Bordeaux, pendant le stage, une douleur s’est réveillée dans son bras. Il n’a pas pu jouer pendant trois jours et il a fait beaucoup de soins. En arrivant à Lille, ça allait. Il n’y avait aucune alerte, aucun signe qu’il ne puisse pas jouer le premier match du vendredi. A ce moment-là, ça ne posait aucun problème. Pour ce premier match, il n’avait pas de douleurs. Le soir-même non plus. Le lendemain matin, ça va encore. Mais la douleur se réveille à l’échauffement. Si j’avais pensé qu’il était à 80% le vendredi, je ne l’aurais pas aligné et il n’aurait pas voulu l’être. Jo est toujours très honnête avec moi. S’il ne se sent pas complétement d’attaque pour jouer Wawrinka, il sait qu’il n’a aucune chance. Il m’aurait donné toutes les informations s’il avait eu des douleurs. Mais peut-être que la communication n’a pas été parfaite de ma part et qu’on aurait dû rajouter des petites choses pour expliquer. Il y a pu y avoir des petites brèches dans lesquelles la presse s’est engouffrée et c’est avec énormément de surprise que j’ai observé ça. C’est une erreur et ça ne se reproduira plus à l’avenir. On est dans un monde de communication et il faut que les médias puissent bien comprendre ce qui se passe. Pour la polémique autour de son voyage à Manille, un gars peut ne pas jouer en Coupe Davis quand il est à 80% et aller faire une exhibition une semaine après alors qu’il est simplement à 50%. Ça ne pose aucun problème. C’est un engagement qui a été pris dix mois à l’avance. Pourquoi il n’irait pas ? »

La performance de Roger Federer en finale

« Sur son premier simple, on pouvait le trouver emprunté en début de match. Mais beaucoup moins en fin de rencontre. Sur le troisième set, il commence à s’approcher d’un excellent niveau. La performance de Gaël à ce moment-là est remarquable. Mais le lendemain, on sent dès le début du double qu’il n’a plus aucune gêne physique. Il s’étire complétement, il sert et retourne à fond, il n’a plus aucun problème. Jo a eu une gêne au niveau du bras qui l’a mis à 80% le jour du match. Federer, lui, était à 80% la veille des matches. C’est aussi ce qui a joué en notre défaveur. Mais ce n’est pas à cause de ça qu’on a perdu. »

Un capitaine trop proche de ses joueurs ?

« Je ne crois pas. La proximité avec les joueurs, je la vois plutôt comme un atout. Ça me permet de les connaître davantage. Quand je leur parle en tant que copain, ils le savent. Et quand j’ai ma casquette de capitaine, avec des choix à faire, je sens dans leur regard qu’il y a quelque chose de différent. C’est assez frappant. J’essaie d’être naturel. De faire les choses comme je les sens. Dans le tennis, les joueurs sont plus que consultés dans le choix du capitaine. Donc s’ils choisissent quelqu’un, c’est pour cette personne-là. Pas pour quelqu’un qui va jouer un rôle en dehors ou sur le court. Mes gars sont hyper sympas, devant la presse comme avec le public. Mais parfois, nous ne sommes pas d’accord. Il y a des échanges très fermes. On ne vit pas au milieu des Bisounours. J’ai des choix à faire, parfois délicats car les joueurs sont proches les uns des autres. Quand ils ne sont pas d’accord, ils me le disent. Ces discussions sont transparentes et honnêtes. »

Des enseignements pour l’avenir ?

« J’aurai vraiment besoin du retour des joueurs par rapport à ça. Il faudra peut-être changer des petits détails. Très sincèrement, je pense qu’il n’y aura pas de révolution. Parfois, ce sont de petits détails qui font de grosses différences. Il faudra essayer de les débusquer pour être meilleurs l’année prochaine. Seront-ils tous motivés en 2015 ? Pour l’instant, ils sont en vacances et c’est bien qu’ils soufflent un peu. Je pense qu’ils seront disponibles et motivés. Mais il faut encaisser avant de repartir. C’est bien que le premier tour soit au mois de mars, ça nous laisse un peu plus de temps pour se remettre dans l’esprit de la Coupe Davis. »

La rédaction avec le Super Moscato Show