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L’incroyable récit de Razzano, miraculée et sauvée des eaux

Virginie Razzano a eu la peur de sa vie.

Virginie Razzano a eu la peur de sa vie. - AFP

ENTRETIEN RMC SPORT. Vendredi dernier à Nîmes, Virginie Razzano a vécu un véritable cauchemar qui aurait pu lui coûter la vie. De retour de soirée, la tenniswoman tricolore a été surprise au volant de son véhicule par la brutale montée des eaux consécutive aux intempéries qui se sont notamment abattues sur le Gard. Un témoignage choc.

L’accident : « Vous oubliez la douleur »

« C’était un cauchemar. J’ai cru que je n’allais pas m’en sortir. C’était un courant puissant. Je ne sais pas comment je m’en suis sortie. Je ne pouvais plus ouvrir la porte avant gauche. J’avais des talons, je ne savais pas trop où j’allais marcher. J’ai réussi à ouvrir la porte, je ne sais pas comment. J’ai sauté dans l’eau comme j’ai pu. J’ai trébuché, je suis tombée et me suis fait mal au poignet. Dans ces moments-là, vous pensez à sauver votre vie. Vous oubliez la douleur. Je voyais au loin un rebord de trottoir mais je n’avais plus de lunettes, plus de lentilles. J’ai trébuché. J’ai eu de la chance de ne pas tomber sur une bouche d’égout qui m’aurait aspirée. Sinon, c’était fini pour moi. Ça a duré une heure. Je me suis débattue avec de l’eau jusqu’à la taille. »

Le sauvetage : « Je n’ai sauvé que mon téléphone »

« J’ai appelé un des amis avec qui j’ai passé la soirée pour qu’il vienne me porter secours. Je n’ai sauvé que mon téléphone. J’ai tout fait pour le garder intact. Je lui ai demandé de venir à mon secours. Il me demandait où j’étais mais c’était tellement difficile de décrire. Je ne voyais pas bien, il n’y avait pas de visibilité au niveau des lampadaires. Il a vite compris et a été très efficace. Mais il a voulu voir s’il y avait des choses à sauver comme le GPS. Il n’a pas vu ce que j’ai enduré. Je ne voulais pas qu’il retourne. Là, je le vois partir. Il m’a dit : « Reste, j’y vais ! ». Mais je ne voulais pas le laisser y aller tout seul. S’il lui était arrivé quoi que ce soit, je m’en serais voulu à mort. Je suis donc retournée avec lui et nous avons essayé de faire comme on pouvait. A mourir, il valait mieux mourir à deux que seule. »

La prise de conscience : « A chaud, on ne parle pas trop »

« On ne parlait plus trop (rire). A chaud, on ne parle pas trop. Je n’avais nul lieu où aller dormir. On s’est regardé. On se dit que c’était terrible. Il m’a répondu que le plus important était d’être en vie et que je me sois sortie d’une belle merde. On est resté bouché bée. Il m’a hébergée. Je me suis excusée de lui avoir trempé ses chaussures… Le lendemain, je n’avais toujours pas de lunettes. Il vient à peine d’emménager, on n’avait pas grand-chose à manger. Mais le lendemain, je l’ai remercié car je ne pouvais pas rentrer chez moi pendant deux jours. Quand vous êtes sans argent, sans papier, sans rien, c’est compliqué. »

Le traumatisme : « J’en parle la nuit »

« Je ne dors pas bien depuis trois ou quatre jours. J’en parle même la nuit à ce que m’en dit ma famille. Je fais des conversations toute seule. Je suis agitée. Je ne récupère pas bien. Je suis en déplacement pour un tournoi à Joué-les-Tours. Je joue la tête de série numéro 1. Ce n’est pas simple. Je pense que je vais me libérer. Ça fait quatre jours que je n’ai pas joué au tennis. Je n’arrive pas dans les meilleures conditions pour jouer un tournoi. Je pense que je vais extérioriser ma peur sur le court. Je me suis entraînée dur. Je me sentais prête. Il me reste à enlever ce traumatisme. Quand vous avez eu l’impression de perdre votre vie, vous voyez tout ce qu’il se passe en très peu de temps. Ça passera avec le temps. J’en suis sûr. »

Pierrick Taisne