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Open d'Australie maintenu: quelles conséquences sur la santé des joueurs?

Alors que des incendies sévissent en Australie, de nombreuses voix se sont élevées pour se plaindre du maintien de l'Open d'Australie. Selon le Français Elliot Benchetrit, la qualité de l'air n'empêche pourtant pas de jouer. Mais ce n'est pas l'avis du médecin cardiologue Alain Ducardonnet...

La polémique ne cesse d'enfler. Du 20 janvier au 2 février aura lieu la 108e édition de l'Open d'Australie. Un Grand Chelem qui se déroule du côté de Melbourne. Cette année, la mythique épreuve n'est pas épargnée par les critiques. De nombreuses voix s'élèvent pour demander son annulation, en raison des incendies qui sévissent actuellement dans le pays. Mais ce n'est visiblement pas le point de vue de tout le monde, notamment Elliot Benchetrit.

"Un degré de pollution qui n'est pas non plus aberrant"

Le Français, engagé dans les qualifications, s'est confié à RMC Sport: "C'est vrai qu'ici, il y a un peu de pollution. Après, je pense qu'au vu de ce qu'il y avait mardi matin... c'est deux fois moins. Ce n'est pas spécialement choquant. C'est vrai que quand on s'entraîne, on sent qu'on ne respire pas de la même manière. A part ça, je pense que c'est un bon choix des organisateurs d'essayer de repousser au maximum pour qu'on puisse jouer dans de bonnes conditions. C'est forcément difficile de gérer ce truc-là, parce que nous en France, on n'a pas l'habitude d'avoir de l'air pollué ou de voir la différence réellement entre du brouillard, de l'air pollué..."

Le natif de Nice (21 ans) ne semble donc clairement pas incommodé par l'air australien. "A part le sentir quand on fait un effort, c'est vraiment difficile et je pense que, à part les gens spécialisés dans ce domaine, pas grand monde ne peut vraiment savoir quel impact ça a sur du long terme. Et ce sont pour les joueurs qui feront sept matchs dans des conditions comme ça, en jouant trois-quatre heures par match, qu'il est possible qu'il y ait vraiment de grosses séquelles. Après, nous, nous jouons en trois sets gagnants en qualif', avec un degré de pollution qui n'est pas non plus aberrant et en plus de ça avec un jour de repos avant chaque match. Il faudra juste voir quels sont les effets après sur les joueurs à la suite de la saison, mais sinon c'est tout."

"On est un peu en train de jouer avec la santé des sportifs", estime le cardiologue Alain Ducardonnet

En parlant de gens spécialisés, le médecin cardiologue Alain Ducardonnet, consultant santé pour BFM TV, a répondu à nos questions. Et lui est beaucoup plus alarmiste que Benchetrit. "Les protagonistes, c’est d’un côté l’incendie, c’est-à-dire ces nuages de fumée spectaculaires avec de fines particules qui vont être dans l’atmosphère et qui sont dangereuses ; et de l’autre les sportifs de haut niveau, explique le médecin. Or, quand on fait une activité sportive prolongée, la respiration est beaucoup plus importante. On demande aux poumons de travailler davantage, de s’oxygéner plus." C'est là où le bât blesse. 

"La chaleur va entraîner une vasodilatation des tout petits vaisseaux, donc ça va faire entrer encore plus facilement les fines particules, poursuit Ducardonnet. Une fois qu’elles seront dans les poumons, elles vont aller dans les alvéoles, dans les bronches, et donc irriter. Résultat des courses: on a des gens qui vont tousser, avoir du mal à respirer, et pour les personnes sensibles, on peut avoir une mini crise d’asthme."

Des conséquences à long terme?

Et ça, ce n'est que pour le court terme. "Au long cours, ces fines particules peuvent avoir un impact sur les (artères) coronaires, sur la circulation sanguine, assure-t-il. Quand il y a des pics de pollution, on a davantage, par exemple, d’infarctus qui se présent à l’hôpital. Donc là on est un peu en train de jouer avec la santé des sportifs…"

Depuis le début de la semaine, les qualifications ont d'ores et déjà commencé, et elles n'ont d'ailleurs pas tardé à faire parler. La Slovène Dalila Jakupovic a dû abandonner, après une violente quinte de toux, alors que la session du jour a été retardée en raison des fumées de ces incendies, avant qu'un violent orage ne prenne ensuite le relais. Quant à Benchetrit, après 29 minutes de jeu et l'interruption de son match, il avait un break de retard, face au Belge Steve Darcis (4-2).

MM avec Anthony Rech