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Paris truqués: "Très peu de joueurs n'ont pas été approchés" témoigne un joueur français

Hugo Nys, présent à l'Open d'Australie, témoigne sur les sollicitations reçues par les joueurs de tennis après la révélation d'une nouvelle affaire de paris truqués. "Il y a très peu de joueurs qui n'ont pas été approchés" raconte-t-il.

Une nouvelle affaire de paris truqués agite le monde du tennis, après le placement en garde à vue de deux joueurs français à Bressuire. Hugo Nys, éliminé cette nuit du tournoi de double de l'Open d'Australie où il était engagé avec Benoît Paire, a témoigné sur la situation: "Il y a très peu de joueurs qui n'ont pas été approchés, via les réseaux sociaux, pour perdre un set, une finale." 

"1.500, 2.000 euros"

"Moi cela m'est arrivé deux, trois fois" raconte Nys. "J'ai tout de suite prévenu le juge-arbitre, mais cela arrive. Toutes les semaines, partout dans le monde. Tentation, je ne sais pas, mais certains ne réfléchissent peut-être pas beaucoup. On leur propose une belle somme. On m'a proposé 1.500, 2.000 euros par exemple, pour perdre une finale. Ils se disent que dans ce monde où il y a tant de matches, ils ne se feront pas choper." 

Le joueur de 27 ans remet en cause le système de paris dans le tennis. "Tous les matches du monde, en Future, sur les qualifs, sont sur les sites de paris" explique-t-il. "C'est peut-être ça aussi qu'il faut se poser comme question. Comment ça se fait qu'un mec en Ouzbékistan parie sur un premier match de qualif en Turquie? C'est aberrant, il n'y a aucun contrôle sur l'accès à ces tournois." 

Les paris, une source de pression

Si les paris entraînent quelques propositions, ils provoquent surtout un flot d'insultes: "Après chaque défaite, toute l'année. Cinquante défaites par an, c'est à chaque fois cent cinquante messages où l'on promet de violer ta famille, on te souhaite d'avoir le cancer. On subit ça, et personne ne fait rien. Quand le mec te dit qu'il va te trouver, qu'il sait où t'habites, qu'il sait où ta copine habite, ça devient des menaces sérieuses. On le dit, le match est reporté mais il n’y a pas une guerre menée contre ça. On le dit une fois, deux fois, trois fois, au bout d’un moment ces messages ne font plus rien." 

La précarité du circuit, "ce n'est pas une excuse" 

Comment lutter contre cette situation? "Je ne sais pas ce qu'on peut faire" indique Nys. "Peut-être savoir ce que ces sites reversent à l'ITF et l'ATP pour avoir le droit de mettre nos matches sur internet. Et nous reverser un peu plus pour qu'on soit moins tenté." Mais "on n'est pas obligé de tricher pour réussir, il ne faut pas que ce soit l'excuse" assure-t-il. "Ils (les joueurs inculpés, ndlr) savent que c'est de la triche quand ils le font. J'ai joué sur le circuit secondaire, je n'avais pas de sponsor. Eh bien tu vas jouer plus de matches par équipe, tu fais des petites tournois français pour gagner de l'argent. Mes parents ne sont pas riches du tout, je n'étais pas dans les meilleurs français et je m'en suis sorti."

HM avec Eric Salliot (à Melbourne)