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Autopsie d’une débâcle

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Tsonga et Cornet éliminés, aucun Français ne sera à l’appel des huitièmes de finale à Melbourne. Une (fâcheuse) première en Australie depuis 1992 qui trouvent d’abord des explications dans les failles mentales de la plupart des joueurs.

Dix-neuf ans que le tennis français n’avait pas subi une sortie de route aussi spectaculaire à Melbourne. Zéro tricolore, homme comme femme, en deuxième semaine de l’Open d’Australie, malgré un contingent substantiel. Les explications avancées laissent perplexe. « Affronter Clijsters, c’était un cadeau un peu empoisonné, souligne par exemple Alizé Cornet. Il y a de la frustration puisque je ne suis pas passée loin de lui prendre un set. J'ai réussi à la faire douter. » Battue 7-6, 6-3 en une heure et demie, la Niçoise se réjouit de bien peu. A sa décharge, elle souffre, comme les autres Françaises, de la retraite d’Amélie Mauresmo, qui entraînait tout le monde dans son sillage. Cornet, Rezaï, Bartoli, les actuelles têtes d’affiche du tennis féminin français ne pèsent pas lourd dans la hiérarchie mondiale.

Chez les garçons, la déroute est encore plus incompréhensible. L’indolence des joueurs dans leurs réactions d’après-match également. « C’était frustrant parce qu’aujourd’hui, je ne pense pas avoir réalisé un mauvais match », glisse par exemple Gaël Monfils, 12e à l’ATP, après sa cuisante défaite en trois sets (7-6, 6-2, 6-3) face à Wawrinka (19e joueur mondial). « Je joue, je me régale, pour moi, c’est le principal », lui retourne en écho Richard Gasquet, laminé en trois sets par Tomas Berdych (6-2, 7-6, 6-2). « Cette claque va me faire du bien et va me booster pour continuer à jouer », conclut Jo-Wilfried Tsonga, battu en cinq sets par l’Ukrainien Dolgopolov Jr (3-6, 6-3, 3-6, 6-1, 6-1), 46e joueur mondial…

Leconte veut qu’on « agrandisse le court pour Gasquet »

« Avec la finale de la Coupe Davis début décembre, les gars n’ont pas eu forcément le temps de faire une grosse coupure, avance Nicolas Escudé, le capitaine de l’équipe de France de Fed Cup. C’est sûr que ça joue. » Si l’excuse peut être reçue pour Llodra et Monfils, alignés en simple, ce n’est pas le cas pour Tsonga et Gasquet, qui n’ont pas participé à la défaite belgradoise. A l’inverse, Gilles Simon, le seul à tenir son rang en Australie, n’a perdu qu’au cinquième set face à Roger Federer (6-2, 6-3, 4-6, 4-6, 6-3).

La véritable explication est ailleurs, peut-être dans le jeu pratiqué par les Français, de moins en moins adapté au tennis moderne. « Quand on voit ce que fait Federer sur le court…, s’enthousiasme Henri Leconte sur Eurosport. Paul Annacone (son entraîneur, ndlr) lui demande d'aller un peu plus vers le filet. Il commence à faire des retours-volées. Même les meilleurs joueurs du monde veulent évoluer dans leur jeu, au contraire d'un Richard Gasquet qui recule et reste derrière. Bientôt, il va falloir qu'on agrandisse le court pour qu'il ne finisse pas sur le court numéro 12 ! »

Une critique en forme de boutade. A ce petit jeu-là, Julien Benneteau devance largement ses compatriotes. L’Open d’Australie, il l’a regardé blessé à la main, dans son canapé. Il a été opéré de l’auriculaire après un accident de baguettes (véridique) dans un restaurant japonais de Melbourne (une écharde s’était introduite dans son doigt après avoir séparé les instruments). Il y a des années, comme ça, qui commencent mal...

Le titre de l'encadré ici

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Dominguez : « Lorsqu’on se prépare moins bien, ça fait des dégâts »

Le consultant tennis de RMC Sport analyse la débâcle de nos représentants à Melbourne. Pour lui, la finale de la Coupe Davis y est pour beaucoup.

« Contrairement aux années précédentes, les Français n’ont pas bénéficié du fameux stage d’avant-saison qui leur permettait de se mettre dans de bonnes conditions en Australie. Les six meilleurs joueurs français ont eu à disputer la finale de la Coupe Davis début décembre. Certains sont allés en Australie à court de préparation, d’autres n’ont même pas joué de tournoi dans les deux semaines qui ont précédé l’Open d’Australie. C’est le cas de Gaël Monfils. Jo-Wilfried Tsonga, lui, n’a pu en disputer qu’un seul. Ce n’est pas une excuse, mais un constat. Lorsqu’on se prépare moins bien, ça fait des dégâts. Le meilleur aura finalement été Gilles Simon, qui a gagné à Sydney et qui a fait un match fantastique face à Federer. Mais dans l’ensemble, c’est une grosse déception. L’année qui suit une belle année de Coupe Davis est toujours compliquée. Il va falloir que le mois de février soit meilleur que le mois de janvier. Ça va commencer par des performances à Rotterdam dans deux semaines, puis à l’Open 13 (du 14 au 20 février à Marseille). Ce sont les deux tournois qui serviront de sélection, avant d’aller en Autriche pour le premier tour de la Coupe Davis. »