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Courteau : « Aucun intérêt »

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L’entraîneur d’Amélie Mauresmo, Loïc Courteau, n’a pas mâché ses mots après l’élimination de sa joueuse dès le deuxième tour de Roland-Garros.

Loïc Courteau, on a l’impression que ça devait arriver comme ça, on le voyait venir comme une maison ce mauvais match pour Amélie…
Mais moi, je ne le voyais pas du tout venir comme ça. C’est ce qui me frustre un petit peu car elle ne joue pas, elle n’a pas joué son match aujourd’hui, elle n’a rien fait. Alors, oui il y a bien les éternelles petites blessures, le manque de préparation. On le sait ça, c’est évident, d’accord. Mais là, aujourd’hui, ça va beaucoup mieux... alors qu’elle y aille quoi. Je lui dis : « joue, joue au tennis, joue le tennis qui t’a permis d’être la meilleure joueuse au monde à un moment. Si ça ne passe pas, ce n’est pas grave. Si après, ton adversaire te passe au filet, ce n’est pas grave. Quand tu viens au filet, tu gagnes 80 % des points et que tu t’arrêtes de le faire au moment où il faut les conclure, pourquoi… il n’y a que toi qui détient les clés, alors fais-le, point barre ». Moi, franchement aujourd’hui, je ne voyais rien venir.

Cette retenue, ce blocage, d’où il vient ?
Il a toujours été là chez Amélie, on le sait. Mais jusqu’à présent, elle a toujours réussi à passer au-dessus dans sa carrière. Aujourd’hui, d’où il vient, je n’en sais rien, elle n’en sait rien sinon on aurait vite la réponse. Autrement dit, elle passerait vite au-dessus ou elle arrêterait. Parce que là, elle ne va pas faire des matches comme ça pendant dix ans. C’est pas du tennis, ce n’est pas son tennis et ça n’a aucun intérêt. Là, le plaisir n’y est pas. Il n’y a pas d’énergie, pas de dépense physique. Ce n’est pas Amélie Mauresmo, ça c’est clair.

Vous lui avez passé un savon, vous lui avez posé la question de vérité ?
Non, il n’y a pas eu de savon. Elle a 29 ans, c’est une grande fille, il y a eu une explication. Je lui ai donné ma version des faits, elle, son ressenti sur ce match. Il faut être clair aujourd’hui, ne pas se voiler la face. Amélie ne doit pas continuer à jouer au tennis comme elle l’a fait sur ce match-là. Elle doit jouer au tennis mais avec envie, énergie et plaisir, au-delà de la gagne ou de la défaite. Ça c’est secondaire. Si ça ne devient pas secondaire, autant ne pas continuer. Aujourd’hui, elle n’a clairement pas affiché son vrai visage.

Comment on gère une joueuse qui mentalement n’avait pas envie ?
Je pense qu’elle avait envie, qu’elle a envie. Mais Amélie ne se rend pas compte quand elle est dans son match qu’elle subit, qu’elle ne développe pas son jeu et qu’elle ne se sert pas de ses armes pour s’en sortir. Alors comment on gère… par des discussions, par des réactions. Aujourd’hui, Amélie a trois objectifs majeurs qui l’attendent : Wimbledon, les Jeux Olympiques et l’US Open. Je ne parle pas de gagner ces événements, mais de réagir et de prouver qu’elle est une grande joueuse. Après, on verra si elle y arrive ou si elle n’y arrive pas.

Vous pensez qu’on a pu la voir pour la dernière fois à Roland-Garros ?
Je ne sais pas. C’est difficile à dire. Honnêtement... non, parce que moi ça m’énerve tellement de voir des matches comme ça que je souhaite qu’elle revienne et chaque année… elle revient. Elle ne se débine pas pourtant, elle tente et ça ne marche pas. Mais moi, intimement, je suis persuadé que ça peut le faire.

Eric Salliot et Alix Dulac