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Un Roland, six questions

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Deuxième Grand Chelem de la saison, Roland-Garros entame sa quinzaine, ce dimanche Porte d’Auteuil. Une édition 2014 nimbée de nombreuses interrogations dans les tableaux masculin et féminin.

Nadal est-il encore le favori ?

OUI. Le roi vacille. Souverain de la terre battue depuis 10 ans, Rafael Nadal vit sa pire saison sur la surface depuis 2004. Déjà trois défaites sur l’ocre – en quarts à Monte-Carlo et Barcelone, en finale à Rome – qui dessinent l’esquisse d’un déclin. Même sa victoire à Madrid, en Masters 1000, souffre de la nuance d’une finale où son succès doit plus au dos en compote du Japonais Kei Nishikori (qui finira par abandonner) qu’à sa propre domination. Bref, l’idée d’un Rafa sur la pente descendante sur terre battue se répand. Au point de lâcher son sceptre Porte d’Auteuil ? La concurrence n’a jamais semblé mieux armée dans son rapport de force avec l’octuple vainqueur du Grand Chelem parisien, touché au dos en début de saison et à la recherche de sa confiance.

Le tirage n’a pas aidé non plus avec la perspective de retrouver Nicolas Almagro et David Ferrer, ses tombeurs à Barcelone et Monte-Carlo, en huitièmes puis en parts. Mais Nadal reste Nadal, « chez lui » à Roland-Garros où il sait se transcender mieux qu’ailleurs. « Pour être le champion, il faut battre le champion », dit un vieux diction. Tant que Rafa garde sa ceinture, impossible de ne pas ranger le quadruple tenant du titre et toujours numéro 1 mondial au rayon de favori à Paris, où il pourrait enlever son quatorzième tournoi du Grand Chelem.

L'heure de Djokovic ?

OUI. Novak Djokovic en a marre. A trois reprises, il a subi la loi de Nadal à Roland. Une demi-finale en 2007, une finale en 2012 et une autre demie, d’anthologie, l’an passé. Le Serbe rêve de faire tomber l’épouvantail de la Porte d’Auteuil. Avantage dans ce défi ? Sa confiance face au Majorquin, contre lequel il reste sur quatre victoires dans des finales, dont la plus récente à Rome sur terre battue. Et s’il en fallait plus pour se motiver, pas besoin de chercher bien loin : en remportant le seul tournoi du Grand Chelem absent de son palmarès, le numéro 2 mondial grimpera d’un rang pour retrouver le sommet du tennis mondial. Coup double, comme on dit.

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Qui pour se mêler à la lutte ?

ILS SONT NOMBREUX. Nadal et Djokovic favoris, OK. Mais quid la caste des ambitieux prêts (et capables) à croquer la moindre opportunité si les deux patrons échouent ? On y trouve l’Espagnol David Ferrer, finaliste l’an passé et toujours très dangereux sur terre battue (vainqueur du tournoi de Buenos Aires cette saison). On y range aussi Stanislas Wawrinka, numéro 3 mondial en quête d’un doublé Open d’Australie/Roland-Garros inédit depuis Jim Courier en 1992. Vainqueur du Masters 1000 de Monte-Carlo, le Suisse a prouvé qu’il pouvait briller sur terre battue. Mais ses passages à Madrid (défaite au deuxième tour) et Rome (sorti en huitièmes) ont nuancé les espoirs. Faire mieux que son quart de finale de l’an passé sera le premier objectif.

On n’oublie pas Roger Federer, finaliste à Monte-Carlo et qu’on ne peut jamais enterrer à l’avance, même à 32 ans. Le Suisse aux 17 titres du Grand Chelem reste le seul à avoir remporté un Roland-Garros – édition 2009 – depuis l’avènement du roi Nadal à Paris. Si quelqu’un sait gagner, c’est bien lui. Mais les plus dangereux adversaires du duo Rafa-Djoko pourraient bien se trouver parmi les jeunes pousses aux dents longues à l’aise sur terre battue. On pense au Japonais Kei Nishikori (10e mondial, victorieux à Barcelone, finaliste à Madrid où il a dû abandonner), au Canadien Milos Raonic (9e, demi-finaliste à Rome), au Bulgare Grigor Dimitrov (12e, demi-finaliste à Rome) ou encore au Letton Ernests Gulbis (19e, vainqueur à Nice, demi-finaliste à Barcelone).

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Un Français en seconde semaine ?

OUI. Jo-Wilfried Tsonga à Monte-Carlo et Jérémy Chardy à Rome. Voici le bilan des Français ayant atteint les quarts de finale d’un Masters 1000 sur terre battue cette saison. Et tous deux ont été battus à ce stade. Bien maigre. Sauf incroyable miracle, trouver un successeur à Yannick Noah ne sera toujours pas pour cette année. Mais le niveau tricolore actuel sur la surface ocre entraîne une question plus provocatrice : y aura-t-il un Français en seconde semaine ? On veut y croire. Au moins avec Jo-Wilfried Tsonga. Demi-finaliste l’an passé, le Manceau reste la meilleure chance hexagonale. Mais il devra élever son niveau de jeu affiché depuis le début de saison, notamment sur terre battue (quart à Monte-Carlo, deuxième tour à Madrid, huitièmes à Rome) s’il espère rééditer sa performance.

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Les autres ? Rien de réjouissant. Meilleur Français au classement ATP (13e), Richard Gasquet n’a plus joué depuis… mi-mars. Touché au dos et longtemps incertain, il prendra finalement part à Roland-Garros. Sans repère ni certitude. Situation quasi similaire pour Gaël Monfils, embêté par sa cheville et absent des courts depuis un mois. Bref, dur d’imaginer le demi-finaliste 2008 réaliser un beau tournoi. Gilles Simon, lui, s’accroche aux belles choses montrées lors du deuxième tour à Rome, où il a pris un set à Nadal. Mais pas à plus. On n’oublie pas Chardy, peut-être le Français le plus en forme du moment mais pas à son mieux sur terre battue. On compte sur Tsonga, quoi.

Serena seule au monde ?

NON. ENFIN… Avec Serena Williams, les choses paraissent simples. Lorsque l’Américaine a décidé de gagner un tournoi, rien ne semble pouvoir l’arrêter. A son meilleur, la cadette des sœurs Williams n’a pas de concurrence sur le circuit féminin. Trop puissante, trop efficace. Même à plus de 32 ans. Mais son physique peut l’enquiquiner. Et son mental lui joue parfois des tours sur le plan de la concentration. Touchée au dos en début de saison avant de s’imposer à Miami, Serena avait mal débuté la période de tournois sur terre battue avec une défaite face à la Slovaque Jana Cepelova pour son entrée en lice à Charleston, début avril. Un mois plus tard, c'est un souci à la cuisse gauche qui la forçait à renoncer avant son quart de finale à Madrid.

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Mais la forme est revenue au bon moment avec une nouvelle démonstration de force pour s’imposer à Rome. Au final, en 2014, son bilan présente seulement trois défaites en 26 matches. Assez de confiance accumulée pour tout écraser Porte d’Auteuil ? Pas sûr. Car Serena n’a jamais fait de Roland son « jardin », s’y imposant en 2002 puis… onze ans après, en 2013. Pour s’adjuger un 18e titre du Grand Chelem et égaler Chris Evert et Martina Navratilova, Williams devra écarter une concurrence dont les deux meilleures représentantes seront la Russe Maria Sharapova (victorieuse en 2012, finaliste en 2013) et la Chinoise Li Na (victorieuse à Roland-Garros en 2011 et à l’Open d’Australie cette saison). Sans oublier le clan italien, toujours dangereux. Ou les habituelles surprises qui jonchent le tableau féminin chaque année. Mais comme le dit son coach, Patrick Mouratoglou, sous la houlette duquel Williams a renfilé son costume de machine à gagner : « La principale adversaire de Serena, c’est elle-même… »

Pouvait-on imaginer pire tirage pour les Françaises ?

NON… OU PRESQUE. Kristina Mladenovic ? Un premier tour face à la Chinoise Li Na. L’invitée Alizé Lim ? Ce sera contre… Serena Williams. La Française en forme du moment, Caroline Garcia ? Elle aura droit à la Serbe Ana Ivanovic, victorieuse Porte d’Auteuil en 2008 et de retour en forme (12e mondiale). Du très lourd. La plus épargnée se nomme Alizé Cornet, la n°1 tricolore (21e), qui entrera en lice contre l’Australienne Ashleigh Barty (182e) et dont le premier gros test devrait intervenir au troisième tour face à l’Espagnole Carla Suarez Navarro (tête de série n°14). Si elle arrive jusque-là, tant ses performances récentes sur terre battue ne rassurent pas (éliminations au premier tour à Madrid et.. Strasbourg, dont elle était tenante du titre, au deuxième à Rome)…

Même avec ce tirage ardu, la meilleure chance hexagonale reste Caroline Garcia. Révélée à Roland-Garros en 2011, à 17 ans, à l’occasion d’une défaite contre Sharapova où elle avait brillé, la jeune Lyonnaise semble éclore au plus haut niveau trois ans plus tard. Après un début de saison difficile, elle signe une demi-finale à Acapulco, fin février, et prend un set à Serena Williams au troisième tour à Miami. Après avoir remporté son premier tournoi à Bogota (Colombie) en avril, Garcia remporte ses deux simples pour aider la France à battre les Etats-Unis et à retrouver l’élite de la Fed Cup. Deux quarts de finale suivront, à Madrid puis Nuremberg, pour celle qui est aujourd’hui 46e mondiale (son meilleur classement) et reste sur 14 victoires en 16 matches. Confirmation à Roland ? On espère.

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Alexandre Herbinet