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Tennis: le Coréen Duckhee Lee raconte son quotidien de joueur sourd

Premier tennisman sourd à avoir disputé et remporté un match sur le circuit ATP, cette semaine à Winston-Salem (Etats-Unis), le Sud-Coréen Duckhee Lee, 21 ans, a répondu aux questions de RMC Sport. Histoire d'évoquer sa manière de jouer forcément particulière, mais aussi ses ambitions.

De loin, ce n’était qu’un match de premier tour d’un tournoi ATP 250. Mais pour lui, c’était une montagne à gravir. En battant lundi le Suisse Henri Laaksonen à Winston-Salem (Etats-Unis), le Sud-Coréen Duckhee Lee est entré à 21 ans dans l’histoire du tennis, devenant tout simplement le premier joueur sourd à remporter - et même à disputer - une rencontre sur le circuit principal.

"Je ne peux entendre aucun son, explique à RMC Sport le 212e joueur mondial (par l'intermédiaire de son manager, un des rares à pouvoir communiquer avec lui), qui s’était jusque-là illustré dans des tournois Futures et Challengers. Je ne peux percevoir qu’un bruit très bruissant, mais je ne le comprends pas."

Autrement dit, Lee n’entend sur un court de tennis ni le bruit de la balle, ni les annonces des juges-arbitres, éléments pourtant primordiaux dans une rencontre. Ce qui lui a forcément valu quelques mésaventures par le passé, mais l’a surtout poussé à développer son propre jeu, basé sur d’autres sensations. "Je peux sentir les effets de la balle en observant le coup de main, la gestuelle, précise-t-il, avec l’aide de son manager. Pour les annonces, je dois compter sur l’atmosphère ambiante, et mes adversaires, qui connaissent ma situation, essayent aussi de respecter cela."

"J'essaye toujours de penser de manière positive"

Le natif de Jecheon, qui lit le Coréen sur les lèvres, a dû affronter critiques et moqueries pour arriver jusqu'au monde pro, mais a toujours persévéré. Philosophe, il préfère voir en son handicap une force, une spécificité sur laquelle s’appuyer. "Je ne peux entendre aucun son, donc, mais d’un autre côté cela créé un environnement dans lequel je peux me concentrer à 100% sur l’observation de la balle pendant le match, décrypte Lee. J’essaye toujours de penser de manière positive. Et comme je l’ai déjà raconté, je me dis que je dispute mon match face à un adversaire dans la même situation. C’est ma force, et techniquement, j’ai aussi la confiance pour donner le change."

D’ailleurs, s’il s’est incliné au deuxième tour à Winston-Salem face au Polonais Hubert Kurkacz (41e mondial) en trois sets (4-6, 6-0, 6-3), Lee espère bien que son premier succès sur le circuit ATP ne sera pas une performance isolée. "Je dois améliorer beaucoup de choses encore, notamment en matière d’endurance et de technique, concède-t-il. J’ai besoin de travailler encore pour surmonter le haut-niveau. […] Je dois faire mes preuves en Challenger, et après j’aimerais évoluer plus régulièrement sur le circuit ATP. Mais peu importe mon handicap, je veux surtout être reconnu comme un joueur qui donne toujours le meilleur de lui-même, et travaille dur." Dur, et en silence.

Léna Marjak avec Clément Chaillou