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Murray, les dessous d’une consécration

Andy Murray et Ivan Lendl

Andy Murray et Ivan Lendl - -

Après quatre finales de Grand Chelem perdues, Andy Murray a enfin touché le Graal, lundi, en remportant l’US Open face à Novak Djokovic. Un succès conquis grâce à une plus grande maturité, à l’apport d’Ivan Lendl et à une certaine humilité. Décryptage.

La fin d’un complexe d’infériorité

Si depuis quatre ans Andy Murray figure dans le Big Four (hormis quelques semaines où il a été 5e mondial), l’Ecossais possédait un statut un peu à part de ceux de Roger Federer, Novak Djokovic ou Rafael Nadal, les autres membres du top 4, tous vainqueurs de plusieurs Grands Chelems. Avec quatre finales de majeur perdues, l’Ecossais affichait un vrai complexe. « Dans le vestiaire, je me disais : si je perds cette finale, ce sera la cinquième et ça, personne ne l'a jamais fait, a-t-il avoué en conférence de presse. Je ne voulais pas être cette personne. » Patrice Dominguez, membre de la Dream Team RMC, explique ce déclic : « La victoire aux JO devant son public l’a décomplexé, estime-t-il. La finale perdue à Wimbledon contre Federer a aussi montré qu’il avait progressé, qu’il était plus conquérant et qu’il était moins friable face aux grands joueurs. »

Enfin mature à 25 ans

Longtemps, l’Ecossais a trainé l’image nonchalante d’un jeune surdoué un peu trop sûr de lui. Ce qui lui a notamment valu des rapports spéciaux avec le public britannique. « Il a toujours apporté de la controverse, rappelle Patrice Dominguez. Quand il jouait contre des joueurs inférieurs à lui, il faisait toujours des simagrées, il était dans un climat de frustration s’il ne gagnait pas. Il n’était pas suffisamment humble et n’avait pas de recul par rapport aux adversaires. » Ses larmes après la défaite en finale de Wimbledon face à Federer l’ont rendu plus humain. « C’est un joueur construit, plus mur, plus conscient de ses faiblesses. Il a su les gommer pour gagner l’US Open, poursuit Dominguez. Il a enfin atteint son maximum à 25 ans alors qu’on lui promettait ce bel avenir il y a deux ou trois ans mais il n’était pas prêt. »

L’apport de Lendl

Depuis le début de saison, Murray s’est attaché les services d’Ivan Lendl, lui aussi longtemps « poissard » avec quatre finales de Grand Chelem perdues avant la bonne (au final, il a remporté 8 titres du Grand Chelem). Le premier Britannique à remporter un Grand Chelem depuis 73 ans n’a pas manqué de rendre hommage à l’ancien champion tchécoslovaque naturalisé américain en 1992, stoïque en tribunes. « C'est un des plus grands joueurs de l'histoire, il a joué huit finales d'affilée à l'US Open. Il m'a aidé à en arriver là. » Pour Patrice Dominguez aussi, la contribution de Lendl à ce sacre est évidente. « C’est une lente maturation aidée par la présence d’Ivan Lendl qui était passé par là quand il était joueur. Il avait perdu quatre finales avant de battre McEnroe en finale de Roland-Garros. »

Une opposition moins en verve

Cet US Open a aussi mis en avant une hiérarchie mondiale plus friable. Le forfait de Rafael Nadal a ôté du chemin d’Andy Murray un obstacle de taille. La baisse de forme de Roger Federer a contribué à ouvrir une voie royale pour l’Ecossais, qui a dû se coltiner du coup un adversaire moins impressionnant en demi-finale, en la personne de Tomas Berdych (tombeur du Suisse). « Murray avait un gros adversaire à battre en moins pour aller chercher son premier titre. Il n’a pas été étourdissant le reste du tournoi. On l’avait vu peiner face à certains adversaires. Face à Djokovic dans le cinquième set, il a su trouver les ressources pour faire le break et s’envoler, ce qui prouve qu’il avait de la réserve et que mentalement, il était prêt pour un énorme combat. Chacun des membres du Big Four a gagné un Grand Chelem cette année. » L’explication finale de la saison au Masters de Londres (à partir du 5 novembre) s’annonce passionnante et révélatrice, ou non, de l’établissement d’un nouvel ordre mondial du tennis.

Nicolas Couet avec Julien Richard