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Bartoli : « La plus belle fin qui soit »

Marion Bartoli

Marion Bartoli - -

Sans perdre le moindre set, Marion Bartoli est devenue la troisième Française à remporter Wimbledon cet été. Avant de prendre sa retraite un mois plus tard, à la surprise générale.

Au début de l'année, pensiez-vous pouvoir gagner un Grand Chelem ?

Non, à ce moment-là j’en suis très, très loin. J’attaque la saison 2013 déjà fatiguée, donc je me demande comment ça va se passer mais à mon avis cette saison sera très longue. Je vis de semaine en semaine, d’essayer de trouver pourquoi je suis fatiguée. Je suis très loin d’imaginer la suite.

Vous étiez-vous fixé des objectifs particuliers pour 2013 ?

Je me fixe toujours des objectifs. Pour moi, c’est extrêmement important. Ça vous guide au quotidien. J’ai des rêves aussi. Ça a été très important de me raccrocher à des rêves lors de moments clés de ma carrière, quand ça n’allait pas très bien. Ça m’a permis de surnager cette année, jusqu’au moment où j’ai enfin atteint mon rêve. C’était très important pour moi de ne pas lâcher.

Après l'élimination au troisième tour de Roland-Garros, dans quel état d'esprit êtes-vous arrivée à Wimbledon ?

Entre Roland-Garros et Wimbledon, ces 15 jours ont été la période la plus compliquée de ma vie. J’avais vraiment l’impression que tout s’écroulait sous moi, que tout ce que j’avais mis plus de 20 ans à construire était en train de partir et que je n’avais plus aucun contrôle dessus. En tant que sportif de haut niveau, vous passez par des hauts et des bas, mais là le bas était extrêmement bas. Au-delà de la détresse sur le terrain, il y avait aussi tout ce qui se passait en dehors du court, où je n’avais aucun contrôle, avec des problèmes familiaux dépendants de ma volonté mais qui m’affectaient énormément. On est des êtres humains avant d’être des sportifs. Avant Wimbledon, j’avais la sensation que ça ne pouvait pas aller plus mal. Et pourtant, deux semaines et demie après, j’ai vécu la plus belle émotion tennistique et humaine. Ça a été un moment de partage extraordinaire et ces quelques secondes-là, je ne les oublierai jamais.

« Une enfant qui rêve d'un moment et une adulte qui le réalise »

Vous avez gagné Wimbledon sans perdre le moindre set...

Oui, 14 sets consécutifs. Mais ma plus grande fierté, c’est d’avoir été capable de ne pas me laisser abattre par tout ce qui m’arrivait en dehors. Je me suis accrochée à ce rêve d’une enfant de huit ans qui rêvait qu’un jour elle vivrait ce moment-là. J’ai revu ça juste avant de servir mon dernier ace en finale. J’ai revu toutes ces images. C’était tellement fort et émouvant : une enfant qui rêve d’un moment et une adulte qui le réalise.

Que reste-il de cette finale contre Sabine Lisicki (6-1, 6-4) quelques mois après ?

Tout. J’avais l’impression de vivre ma vie à travers ce match. Au départ ça ne commence pas bien et puis il y a un renouveau. Je touche ce titre et puis ça m’échappe et il faut arriver à le retrouver pour ne pas que le match tourne. Il a fallu que je trouve des ressources pour finir. Et je finis sur un jeu blanc et un ace. Et puis j’ai touché d’autres personnes, ce n’est pas qu’un moment personnel.

Au moment de cette finale, saviez-vous que votre carrière était terminée ?

Absolument pas. A ce moment, je suis dans la projection d’autres exploits à réaliser ou d’autres rêves à faire. Mais je sentais que mon corps était en train de craquer de partout. En tant que sportif, vous savez quand vous arrivez à la fin d’un cycle et que vous êtes au bout du rouleau. Pendant ces 15 jours, le mental a pris le dessus sur le reste mais j’ai peut-être sentie inconsciemment que j’avais jeté mes dernières forces dans la bataille. Le destin était écrit comme ça. Je ne regrette rien, vraiment. J’ai fermé un livre, j’en ouvre un autre. J’ai encore plein de choses à vivre, je suis loin d’être à la retraite. Pour la partie tennistique, j’ai écrit la plus belle fin qui soit.

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Propos recueillis par JFP