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Bartoli, « une usure psychologique »

Marion Bartoli

Marion Bartoli - -

Jean-Cyrille Lecoq, psychologue du sport et préparateur mental, décrypte la décision de Marion Bartoli. Selon lui, c’est la fatigue mentale accumulée par les efforts consentis et les sacrifices qui ont motivé l’arrêt de la joueuse.

Un combat trop exigeant

« Pour Marion Bartoli, il y a une lutte physique et psychologique depuis plusieurs années. La Fédération française de tennis ne l’a pas forcément aidée. Elle a eu du mal à l’accepter. Ces derniers mois, elle avait accepté de jouer en Fed Cup et à plusieurs reprises, ça a été des échecs. C’est une joueuse qui s’est construite dans l’affrontement. On est dans un sport de dualité, de combat. Ce combat, elle l’a mené sur et en dehors du cours. Par rapport aux caractéristiques de son jeu, elle a besoin d’être au top physiquement. Avec l’évolution du tennis moderne, si on n’est pas au top physiquement, on passe à la trappe. Chez Bartoli, il y a eu à un moment une érosion psychologique, qui est liée à son âge et à son parcours. »

Un contrecoup de la victoire

« Elle aurait pu décider d’arrêter après sa victoire à Wimbledon. Mais il y a un phénomène d’euphorie. Lorsqu’on gagne quelque chose, on est sur un nuage pendant quelques jours. Mais sa défaite à Cincinnati, assez inattendue, a peut-être révélé les années passées à lutter. Elle a considéré que c’était trop de sacrifices et d’investissements. Quand le corps ne suit plus, le mental ne suit plus non plus. Elle aurait peut-être pu continuer avec son père, avec qui elle avait une relation particulière. A partir du moment où cette fusion entre les deux n’est plus possible, il fallait mieux arrêter. »

Une décision réfléchie

« C’est assez inattendu après une victoire comme ça. Mais c’est quand même une championne qui a du caractère. A chaque fois qu’elle a dit quelque chose, elle s’y est toujours tenue. Ça me parait difficile qu’elle revienne sur cette décision parce que ça fait partie de sa personnalité de faire des choix mûrement réfléchis. Avec son jeu atypique, elle a toujours été capable de savoir ce dont elle avait besoin. Donc si elle prend cette décision, elle doit savoir qu’elle est arrivée au maximum de ce qu’elle peut faire. »

Une vie à reconstruire

« Si elle n’a pas assuré sa reconversion, elle risque d’avoir des difficultés. Déjà sur le plan physique, en termes de rythme. Et sur le plan psychologique, pour arriver à faire autre chose et être considérée autrement que comme une joueuse de tennis. C’est quelque chose auquel elle a déjà dû réfléchir. Peut-être qu’elle a d’autres opportunités. Mais c’est sûr que si cette transition n’a pas été prévue, ça ne va pas être simple. On a malheureusement plein d’exemples de sportifs qui ont mal terminé car ils n’avaient pas à assurer leur après-carrière. »

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Pierre Fesnien