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François Gabart nous fait visiter son futur Ultime à l'avenir incertain

Le vainqueur du Vendée Globe 2013 et recordman du tour du monde en solitaire finalise la construction de son nouveau bateau Ultime dans son écurie de course Mer Concept à Concarneau. Une bête de course attendue mais à l'avenir toujours en suspens faute de sponsors. Visite des lieux.

François Gabart le reconnait lui-même. Cela commence à faire un long moment qu'il n'a pas navigué en course. Depuis novembre 2019 exactement et la course Brest Atlantiques qu'il avait terminé à la deuxième place à la barre de son trimaran MACIF. Depuis cette date, toute son énergie est consacrée à son nouveau projet: la construction du M101, son nouvel Ultime dont la mise à l'eau est prévue fin juillet. C'est dans son écurie de course au large Mer Concept à Concarneau et son hangar de 3500 mètres carrés que le maxi-trimaran est actuellement en finalisation. A ses côtés, un autre bateau dont l'équipe de Gabart s'occupe: l'Imoca Apivia de Charlie Dalin deuxième du dernier Vendée Globe. En comparaison, le monocoque de 60 pieds parait tout petit. Il faut dire que le futur maxi-trimaran s'étale sur 32 mètres de long et 23 mètres de marge avec à la mise à l'eau un mât de 35 mètres de haut.

Pas de cockpit mais "une capsule spatiale fermée"

A sa sortie de chantier, le M101 va certainement en surprendre plus d'un. "C'est un bateau dont on est assez fier car il est assez différent du précédent et de ceux qui existent jusqu'à présent" reconnait François Gabart. La principale raison est que ce bateau n'a pas... de cockpit ou plutôt pas de cockpit visible. "Le cockpit n'est pas posé sur la coque comme habituellement derrière ou devant le mât mais il est dans la coque centrale" décrit Gabart. "C'est assez flagrant au premier coup d'oeil. On verra juste des bulles qui dépasseront du pont. Le but était d'avoir des lignes très épurées. Quasiment rien ne va dépasser sur le pont depuis l'étrave à l'avant jusqu'au bras arrière pour nous permettre d'aller vite car ce bateau a l'ambition de voler très vite. On a vraiment essayé de travailler sur l'aérodynamisme. On espère aller à 40, 45 noeuds voire 50 noeuds en pointe de vitesse". Le bateau se pilotera donc depuis l'intérieur "98% du temps. On sortira de temps en temps pour affaler des voiles mais tout ou presque se fera à l'intérieur de la coque centrale" dans une sorte de grotte de carbone à l'abri du soleil et de l'eau. "C'est sûr qu'il ne faut pas être claustrophobe. On n'est plus dans une capsule spatiale fermé qu'au grand air".

Passer la barre des 40 jours autour du monde

Avec ses innovations, François Gabart détaille ses ambitions. "Sur un Trophée Jules Verne le tour du monde en équipages, passer sous la barre des 40 jours est clairement un objectif et semble envisageable (NDLR: le record est de 40 jours 23 heures 30 minutes établi par Francis Joyon en 2017) et donc cela veut dire aller régulièrement à plus de 40 nœuds. Sur le précédent bateau, j'avais un record à 49,7 noeuds. On n'a jamais dépassé a priori les 50 noeuds. On pense pouvoir les atteindre mais l'objectif est d'aller longtemps à haute vitesse".

Toujours pas de sponsors pour un prix de plus de 10 millions d'euros

Reste à savoir si ce monstre de course pourra naviguer et si oui sous quel nom. Le 10 juin 2020, François Gabart apprenait en effet "brutalement" que son sponsor historique MACIF stoppait son partenariat. MACIF reste malgré tout l'armateur du bateau mais d'un bateau mis en vente.  Le skipper a donc la responsabilité de la construction sans certitude de naviguer avec un jour. "Ce serait le scénario catastrophe. Le bateau ne nous appartient pas. Nous, ce qu'on souhaite bien sûr c'est naviguer dessus donc on cherche des partenaires activement qui pourrait le racheter". A quel prix? "C'est un sujet tabou" botte en touche Gabart. Le prix estimé pour un Ultime dernière génération est d'au moins 10 millions d'euros plus un budget de fonctionnement annuel jusqu'à 4 millions. "Aujourd'hui, je n'ai pas de bonnes nouvelles à annoncer mais il y a des choses qui avancent. C'est plutôt positif mais le timing aussi avance. Il y a des courses qui se rapprochent. On est super serré. On doit mettre le bateau à l'eau dans deux mois et demi. Aujourd'hui on n'a pas de certitudes. Rien n'est signé". François Gabart et son M101 sont préinscrits pour la Transat Jacques Vabre dont le départ sera donné le 7 novembre prochain au Havre. La course contre la montre continue.

Xavier Grimault